
| Lire |
|
 |
| Outils |
|
 |
| Se détendre |
|
 |
| Découvrir |
|
 |
| Le site |
|
 |
|
|
|
Commentaires Bibliques La Bible Annotée Neuchâtel
INTRODUCTION GÉNÉRALE AUX ÉPÎTRES
PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION
J'avais pensé d'abord qu'une révision approfondie suffirait pour une seconde édition de cet ouvrage ; mais une fois à l'uvre, et entraîné par de nouvelles études sur des travaux exégétiques récente, j'ai vu la révision projetée se transformer en une refonte de tout le livre. Je ne regrette en cela que le retard abondamment expliqué par un long travail accompli au milieu d'occupations multipliées, car j'ai la confiance que l'ouvrage y a gagné assez pour compenser l'inconvénient d'un délai prolongé.
Il peut être utile de rendre un compte succinct de cette publication sous sa forme nouvelle, afin que le lecteur soit averti dès l'abord de ce qu'il y trouvera et de ce qui n'y est pas.
Le but de ce livre n'est point de donner sur le texte sacré des réflexions pratiques, ni les applications diverses dont il est susceptible, ni, en un mot, les éléments de ce qu'on appelle, souvent improprement, l'édification. Ce qu'il se propose, c'est purement l'explication et l'exposition de la parole apostolique, ce que, dans le langage de l'école, on appelle l'exégèse.
Nous professons hautement le grand principe de la réformation que l'Ecriture est intelligible et suffisante pour tous ceux qui y cherchent d'un cur droit une réponse à la grave question du salut de l'âme. Mais les lecteurs sérieux, pressés du besoin de l'étudier, de la comprendre dans son ensemble et ses détails, afin de s'en approprier les richesses, sont fréquemment arrêtés par des difficultés ou des obscurités inhérentes à des livres écrits dans une langue morte, en des temps, des murs, des circonstances historiques dont notre époque ne peut acquérir l'intelligence que par l'étude. Et que sera-ce si l'on considère que ces mêmes livres traitent des sujets les plus profonds, les plus sublimes, en un mot, des plus grands problèmes quipuissent occuper la pensée humaine ! Pour arriver à connaître, à posséder la vérité renfermée dans ces écrits si divins à la fois et si humains, il ne faut rien moins, comme dans toute la grande question du salut, que l'uvre de Dieu et l'uvre de l'homme. Ici, Dieu fait son uvre pur Bon Esprit ; l'homme fait la sienne par l'étude, uvre très secondaire, bien modeste, et pourtant nécessaire et difficile. C'est dans l'accomplissement de cette tâche que ce livre vient offrir à quelques esprits sérieux son faible secoursPour tendre à ce but, voici les moyens qui ont été mis en uvre :
1°) Tout, dans l'interprétation d'un ouvrage ancien, doit commencer par la critique du texte original. Pendant quatorze siècles (jusqu'à l'invention de l'imprimerie), nos livres saints, aussi bien que toutes les productions littéraires de l'antiquité, ont été copiés et recopiés pour l'usage de l'Eglise. Or, quelque soin qu'on pût apporter à un tel travail il en est toujours résulté un nombre infini de variantes, entre lesquelles il faut choisir par l'étude comparée des manuscrits, des versions anciennes, des écrits des Pères, le tout éclairé par l'exégèse elle-même. De là, les immenses travaux d'une science assez récente, la critique des documents anciens de l'Ecriture, science dont les efforts tendent à fixer le texte original le plus pur possible, et dont les résultats restent encore approximatifs. Il est une foule de variantes sur lesquelles les critiques les plus éminents diffèrent d'opinion, mais il y a aussi des résultats importants définitivement acquis. Or, ces résultats, il est impossible aujourd'hui, de n'en pas tenir compte dans une interprétation sérieuse de la Bible. Aussi, l'auteur de ce livre n'a-t-il point cru pouvoir se soustraire A cette partie délicate de sa tâche. Il y a procédé avec prudence, ne s'écartant du texte reçu que lorsque les autorités les plus décisives de la critique l'y obligeaient, et il a indiqué dans les notes tous les changements les plus importants adoptés dans le teste de la traduction française.
2° Quant à cette traduction, notre première édition était la version d'Ostervald modifiée de manière à reproduire aussi fidèlement que possible le texte original. Dans l'édition actuelle, cette version a subi un remaniement plus complet encore, de sorte que les hommes compétents y reconnaîtront à peu peu prés une traduction nouvelle. Si l'on demande pourquoi l'auteur n'a pas plutôt tenté une version tout à fait indépendante et originale, il répond que c'est parce qu'il est convaincu qu'à moins d'être un Luther, secondé par un Mélanchton, la tâche de traduire l'Ecriture dépasse les forces d'un seul homme. Aussi voyons-nous que les meilleures versions, en langues modernes, celles qui ont acquis droit de cité dans les Eglises, sont le fruit mûr des travaux réunis de plusieurs théologiens. Une étude comparée de ces versions, soit en français soit en langues étrangères, nous a été d'ailleurs d'un précieux secours.
3° Dans les introductions, on s'est efforcé de fournir aux lecteurs les données historiques, biographiques ou archéologiques nécessaires à l'intelligence de chaque livre ; les témoignages patriotiques propres à éclairer la question d'authenticité, et surtout les lumières qui ressortent de l'étude du livre même. Mais c'eût été dépasser les limites de ce travail, que de suivre la critique négative dans ce fouillis de combinaisons et d'hypothèses qui font de cette science, en nos jours, une sorte d'art divinatoire, au moyen duquel on peut tout affirmer ou tout nier, et dont les résultats sont plus que problématiques. Le but le plus utile qu'ait à poursuivre ]'introduction est plutôt de faire converger vers le livre qu'il s'agit d'étudier tous les rayons de lumière qu'y projettent les documents de son histoire, combinés avec ceux dont il s'éclaire lui-même : de là jaillît la vérité et se forme la conviction. Après cela, l'introduction peut contribuer encore à l'intelligence d'un écrit, en en retraçant avec clarté le but, la marche, le contenu, dans son ensemble et ses parties ; et enfin ici encore son uvre ne s'achève que comme résultat de l'exégèse elle-même. Tels sont les principes qu'on s'est efforcé de suivre dans cette partie de la tâche à remplir.
4°) Afin de tendre à ce même but jusque dans les subdivisions de chaque livre, un élément nouveau a été ajouté à celte édition : les analyses des sections. Un commentaire composé de notes partant du texte, au moyen de renvois, peut quelquefois distraire l'attention de l'ensemble par les détails, faire perdre de vue la pensée générale par ses développements. Une analyse brève et complète de chaque section à étudier, sous un titre qui en indique le contenu, préviendra cet inconvénient et rendra toujours présente la pensée principale de l'auteur sacré. L'expression de cette pensée, ses raisons, ses preuves, ses développements, ses applications, peuvent ainsi être embrassés d'un coup d'il, en chaque section. Ceux de nos lecteurs qui connaissant l'ouvrage biblique, tout analytique, de Lisco, comprendront immédiatement le but poursuivi par cette partie du travail.
5°)Enfin, pénétrer plus avant dans la parole apostolique toujours étudiée dans la langue originale ; en recueillir les éléments en chaque période, chaque phrase, chaque mot ; la saisir et l'exposer sans idées préconçues, tel est le but qu'on s'est efforcé d'atteindre par les notes exégétiques. Les principes qui ont ici dirigé l'auteur sont, d'une part, ceux d'une interprétation historique et grammaticale, c'est-à-dire faite à la lumière des temps apostoliques et selon les lois ordinaires du langage, à l'exclusion de tout système de spiritualisation et d'allégorie ; d'autre part, ceux des révélations divines considérées dans leur ensemble, ce qu'on a appelé, d'après un apôtre l'analogie de la foi ; en d'autres termes, l'Ecriture expliquée par elle-même. Les lecteurs entreront dans cette pensée en lisant eux-mêmes dans leur Bible les nombreuses citations indiquées par les notes.
Dans les passages si fréquents et souvent si difficiles qui sont susceptibles d'interprétations différentes, nous ne nous sommes point proposé de citer et de discuter toutes celles qui se produisent dans les commentaires ; il en est tant dont la fausseté se juge d'elle-même ! Mais toutes les fois que deux ou plusieurs opinions admissibles se présentent, elles ont été indiquées et appréciées avec déférence, mises sous les yeux du lecteur, à qui il incombe de se former sa propre conviction. En recherchant consciencieusement la pensée de l'auteur sacré, ce qu'on s'est forcé d'éviter, c'est l'influence du parti pris, la tyrannie des idées traditionnelles, à quelque école qu'elles appartiennent. Les uns jugeront ce livre trop orthodoxe, les autres trop libre dans sa marche ; jamais cette question n'a préoccupé l'auteur ; ceux qui la posent montrent par là même qu'ils se font une idée fausse de toute saine exégèse.
Il serait inutile d'indiquer ici les ouvrages qui ont le plus servi à l'auteur. Ceux qui connaissent un peu les grands travaux exégétiques dont s'enrichit chaque année la littérature théologique en Allemagne, savent quelles précieuses ressources ils offrent aux études bibliques. Le but de ce livre n'est point d'ailleurs d'en transplanter une faible partie dans les Eglises de langue française, mais simplement d'en offrir à un petit nombre de lecteurs sérieux de l'Ecriture, les résultats les plus essentiels, dépouillés de tout appareil philologique. La plupart ne se douteront même pas que telle note, qui se lit en quelques minutes, a coûté des heures ou des jours d'étude. Qu'importe, pourvu que Dieu veuille faire parvenir jusqu'à leur âme, au sein de nos obscurités, quelques rayons de sa vérité, qui les encouragent à marcher vers le but, où resplendira la pleine et pure lumière ! Tous, nous connaissons en partie et prophétisons en partie ; nous voyons comme par un miroir obscur ; alors, quand la perfection sera venue, nous verrons face à face.
Louis Bonnet Francfort, septembre 1875.
PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION
C'est toujours pour un auteur une satisfaction légitime quand son éditeur l'avertit qu'un de ses livres est épuisé et qu'il faut songer à en préparer une réédition nouvelle. Mais si ce livre est un gros volume rempli d'études patientes il approfondies sur toutes les épîtres du grand apôtre Paul, il en résulte un sujet de joie bien supérieur : c'est la pensée qu'il se trouve en nos jours, souvent décriés, un si grand nombre d'esprits assez sérieux pour refaire, avec l'auteur, cette étude de la Parole divine.
En offrant pour la troisième fois ce volume au public religieux, nous ne le lui présentons pas tel qu'il a pu le lire dans la seconde édition. Dès lors, en effet, ont paru sur ce même sujet des travaux très importants, que nous nous sommes fait un devoir de consulter et d'utiliser afin d'enrichir le nôtre. Pour nous en tenir ici aux publications en langue française, il en est deux surtout auxquelles nous nous reconnaissons redevables de bien des emprunts ce sont les commentaires de M. le professeur Frédéric Godet sur l'épître aux Romains et la première épître aux Corinthiens. Quiconque a lu ces beaux volumes reste tout pénétré des richesses de sciences philologiques et exégétiques qu'ils renferment. Les connaissances théologiques les plus étendues mises au service d'une brillante imagination, font de ces travaux un trésor dont nos Eglises de langue française n'ont pas été seules à bénéficier, puisque ces commentaires ont été traduits dans les principales langues de l'Europe.
Mais l'auteur se hâte d'ajouter que, vu son âge avancé et sa faiblesse, les améliorations considérables apportées à cette nouvelle édition n'auraient pu être réalisées sans le concours d'un aide jeune et capable. Ce collaborateur, il l'a trouvé en la personne de son cher petit-fils, M. Alfred Schrder, pasteur de l'Eglise libre de Lausanne. Celui-ci a apporté à ce travail considérable une exactitude scientifique et des connaissances exégétiques et critiques, dont cette nouvelle édition a largement profité.
Voici en quoi consistent les modifications opérées dans ce travail, avec Tas-sentiment de l'auteur. D'abord, dans la traduction du texte (qui n'était à l'origine qu'une revision d'Ostervald est qui est devenue d'édition en édition un travail toujours plus original), on a adopté bon nombre d'expressions nouvelles et de tournures de phrases propres à rendre la pensée apostolique plus exactement ou plus clairement Ensuite, les introductions ont été révisées avec soin et en plusieurs parties notablement complétées.
Enfin, et surtout, les notes exégétiques ont été enrichies de diverses additions et de maintes explications nouvelles, qui rendent l'étude de cet ouvrage plus utile pour ses lecteurs actuels.
Il ne nous reste qu'à faire monter vers Dieu les vux les plus ardents pour que sa bénédiction repose sur cette publication et surtout pour qu'il daigne accorder à tous ceux qui en feront usage le secours de son Saint-Esprit par lequel seul nous comprenons les Ecritures.
Louis Bonnet Montpellier,
novembre 1891.
(Dieu n'a pas accordé à son serviteur de voir paraître cette nouvelle édition dont l'annonce lui avait causé tant de joie. Il l'a rappelé à Lui pendant que le premier fascicule s'imprimait. M. Bonnet a pu présider encore à la révision de toutes les Introductions et des notes exégétiques de l'épître aux Romains et des deux épîtres aux Corinthiens, qui forment plus de la moitié du volume. Toutes les modifications faites dans cette partie de l'ouvrage l'ont été avec son approbation et sous sa responsabilité. Son collaborateur s'est efforcé de poursuivre ce travail dans le même esprit et en se conformant à ce qu'il savait être les intentions et la pensée de l'auteur. Celui-ci lui avait laissé quelques indications sommaires. Il avait tenu à revoir lui-même, et sans attendre que le travail général de révision fût parvenu à ce point, le passage Philippiens 2.5-11 et à en fixer la traduction et le commentaire.)
INTRODUCTION GÉNÉRALE AUX ÉPÎTRES
Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché concernant la Parole de la vie (et la vie a été manifestée, et nous l'avons vue, et nous en rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée) : ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi, vous ayez communion avec nous, et notre communion est avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ. Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie.
Tel est le témoignage apostolique que nous allons retrouver dans ces épîtres ; tels en sont l'objet, la certitude, le but. Ce qui a été manifesté du ciel à notre humanité perdue dans les ténèbres et dans la mort, c'est plus qu'un système de doctrine, c'est la vie, la vie éternelle, personnifiée dans le Christ, le Fils du Dieu vivant. Cette vie, toute divine et toute humaine, a paru d'abord dans la personne même de Jésus-Christ, et elle nous a été annoncée par le témoignage apostolique dans les quatre Evangiles. Cette vie, déposée dans les premiers croyants, développée et propagée par l'action puissante du Saint-Esprit, a créé sur la terre une Eglise qui la respirait et la manifestait à son tour : nous en avons le témoignage apostolique dans le livre des Actes.
Mais bientôt se firent sentir dans les jeunes Eglises des besoins pressants auxquels les apôtres seuls pouvaient répondre, ici, la vie chrétienne était née au sein d'une grande ignorance, il fallait instruire, éclairer les âmes, en leur exposant plus complètement la vérité, tout le conseil de Dieu pour le salut. Là, l'erreur, propagée par de faux apôtres, était venue promptement obscurcir la lumière du pur Evangile du Crucifié ; il fallait combattre, dissiper ces notions fausses, d'autant plus dangereuses pour la vie, qu'elles émanent du cur corrompu de l'homme. Ailleurs, l'erreur, portant déjà ses fruits amers produisait, au sein même des Eglises, des péchés honteux qui pouvaient déshonorer la profession du nom de Christ ; il fallait poser les principes d'une sévère et salutaire discipline. Plus loin, les rapports nouveaux des chrétiens avec le monde juif et païen engendraient des conflits et des dangers qui laissaient les âmes mal affermies, dans de périlleuses perplexités : le conseil d'un apôtre leur devenait indispensable. Partout, la haine du monde au dehors, les renoncements et les croix au dedans jetèrent les disciples du Sauveur dans une fournaise d'épreuves, d'où plusieurs ne seraient jamais ressortis vainqueurs, sans les paroles de consolation et d'encouragement qu'ils attendaient des témoins de Jésus-Christ. Ceux-ci, ne pouvant répondre à tous ces appels par leur présence personnelle, eurent recours à la correspondance. Une immense importance dut s'attacher à leurs lettres lues dans les assemblées, copiées et propagées d'Eglise en Eglise, recueillies enfin comme un trésor dont rien n'aurait pu tenir lieu : telle est l'origine du témoignage apostolique dans les épîtres.
Ce n'est pas ici le lieu d'exposer et de prouver l'autorité dont Jésus-Christ a revêtu l'apostolat dans son Eglise, ni le secours spécial du Saint-Esprit qui fut accordé à cette, dignité pour sa haute destination dans tous les âges futurs. Qu'il suffise de rappeler la parfaite certitude de ce témoignage, dans les termes absolus que saint Jean accumule dès les premières lignes de sa lettre, citées en tête de cette introduction. Nous vous écrivons, ces choses, dit-il en parlant de ce témoignage concernant la vie éternelle ; et un autre apôtre accompagne ses instructions écrites de cette solennelle déclaration : Les choses que je vous écris sont des commandements du Seigneur. Absents des Eglises, ces témoins de Jésus-Christ considéraient leurs lettres comme les remplaçant auprès des troupeaux, et ceux-ci les recevaient, les lisaient, les consultaient de la même manière. Tel a été, de tout temps, en tous lieux, le sentiment de l'Eglise entière. Et, grâce à Dieu, on ne lui a fourni jusqu'ici aucune raison d'en juger autrement. L'apostolat existe donc pour nous dans les Epîtres. Quant à ceux qui veulent, en certains cas, en appeler de l'apostolat à Celui qui l'a institué, ils se placent tout simplement dans l'impossible, c'est-à-dire dans l'absurde, puisque nous ne connaissons rien, absolument rien de Jésus-Christ, en dehors de l'apostolat. Les Epîtres renferment, soit pour la doctrine, soit pour la vie chrétienne, la seule interprétation authentique et divine du grand mystère de piété, du fait de la rédemption.
Mais, nous dit-on, les Epîtres ont toutes été écrites pour répondre à des besoins occasionnels, locaux, temporaires ; d'où leur viendrait ce caractère d'universalité et de perpétuité ? comment une lettre, adressée à l'Eglise de Rome, ou de Corinthe, ou de Philippe, se trouverait-elle applicable à une Eglise de France, d'Angleterre, d'Allemagne, au 19° siècle ? Il faut n'avoir pas réfléchi pour faire cette objection ; c'est précisément cette actualité des épîtres qui en explique la perpétuité. L'âme humaine, avec son péché et les erreurs et les souffrances qu'il enfante, n'est-elle pas toujours et partout identique à elle-même ? Et le remède divin qui la guérit et la sanctifie une fois, perdrait-il quelque chose de son efficace selon les variations du calendrier ou des climats ? Ce qui est humain en un temps, en un lieu, l'est toujours et partout, et ce qui est divin ne change jamais. Ce qui est pris dans la vie se retrouve toujours dans la vie. Les systèmes seuls varient, parce que les systèmes se soucient peu de la vie, et encore leurs variations portent beaucoup plus sur la forme que sur le fond. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. D'ailleurs, ce qui fait la perpétuité des enseignements apostoliques, aussi bien qu'une des démonstrations éclatantes de l'Esprit éternel dont ils émanent, c'est que toujours ils se fondent sur les grandes et immuables vérités de la révélation et de la rédemption, alors même qu'ils n'exposent pas ex professo ces vérités. Qu'un apôtre exhorte à la pratique du moindre devoir moral, voyez-le puisant ses motifs dans l'immuable sainteté de Dieu, dans sa miséricorde éternelle, dans le grand sacrifice du Calvaire ! Paul recommande-t-il aux chrétiens de Rome de s'abstenir de certains aliments, donne-t-il à ceux de Corinthe des instructions toutes temporaires relatives aux choses sacrifiées aux idoles, les exhorte-t-il à prendre part à une collecte pour leurs frères pauvres de la Judée, prie-t-il humblement son ami Philémon de recevoir son esclave et de lui pardonner ; lisez attentivement et vous retrouverez, en chacun de ces fragments de lettres, toutes les vérités de la foi, tous les principes de la morale chrétienne, tout l'Evangile.
Supposez qu'au lieu de notre recueil d'épîtres adressées à des Eglises et à des individus pour leurs besoins actuels, avec cette diversité infinie d'applications qui en fait une image si fidèle de la vie, nous eussions un livre écrit dans la généralité abstraite d'un compendium ; un tel livre ne répondrait aux besoins d'aucun temps, d'aucune Eglise, d'aucune âme, parce qu'il n'individualiserait aucune partie de la vérité. Oui, la Bible entière est histoire, parce que tout entière elle est la vie ; livre divin, livre humain, dont chaque page pourrait porter cette inscription : La Parole a été faite chair !
Enfin, ce qui assure pour tous les temps au recueil des épîtres ce double caractère d'autorité et de perpétuité, c'est l'unité profonde des enseignements qui y sont renfermés. Cette unité n'est que plus évidente pour nous apparaître au travers de la diversité des individualités et des formes. Pour ne parler ici que de Paul et de Jean, que l'on a voulu opposer l'un à l'autre, il est certain que les formes dont ils revêtent leur pensée sont aussi différentes que cette pensée elle-même est harmonique au fond. La vérité chrétienne est, pour l'un comme pour l'autre, une vie divine, découlant de la même source, reposant sur des faits identiques. Mais tandis que Jean contemple avec amour cette vérité et la reflète comme le miroir le plus pur, Paul la conçoit avec force, se l'approprie avec un sentiment non moins profond, la systématise et la prouve par une dialectique pleine de lucidité et d'énergie. L'un est tout prophétie intuitive, l'autre tout action, même par le moyen de la parole ; l'un se meut avec délices sur les hauteurs d'une gnose divine, s'attache au côté objectif, idéal des révélations, représente en un mot l'esprit oriental dans l'Eglise ; l'autre a été le père de la théologie chrétienne, il en précise les rapports nécessaires avec la nature humaine, représente l'esprit occidental avec ses idées vivement accusées et ses tendances pratiques. Mais si l'on prend une à une dans leurs écrits les vérités qui constituent le christianisme, on les trouvera identiques au fond, malgré la diversité de l'exposition. Nous repoussons donc avec conviction l'invention moderne d'une doctrine de Paul, d'une doctrine de Jean ou de Pierre ou de Jacques, pour autant qu'une exégèse sans profondeur et sans spiritualité transforme la diversité en opposition. Mais nous ne pouvons pas davantage nous approprier les vues de ceux qui, ne tenant aucun compte des individualités, ni de leur caractère, ni de leurs besoins, ne reconnaissent, dans le Nouveau Testament comme dans l'Eglise, qu'une seule conception de l'Evangile éternel. Dieu est plus grand que notre cur, et Dieu a voulu que, dès les temps apostoliques, toutes les diverses faces de la vérité révélée fussent mises au grand jour par des hommes divers dont aucun ne pouvait embrasser cette vérité tout entière, mais dont chacun avait pour mission d'apporter sa pierre à la structure du majestueux édifice dans lequel viennent, depuis dix-neuf siècles, se réfugier les âmes altérées de paix et de vie. Jean n'aurait jamais écrit l'épître aux Romains, Paul n'eut pas doté l'Eglise du quatrième Evangile : Grâces à Dieu de ce que ni l'un ni l'autre de ces livres ne nous manque !
INTRODUCTION GÉNÉRALE AUX ÉPÎTRES DE PAUL
La critique littéraire a reconnu de nos jours que le moyen le plus sûr de saisir l'ensemble et l'esprit des productions d'un auteur, c'est d'en chercher le commentaire dans la vie de cet auteur lui-même. Si ce principe est incontestable relativement aux écrivains profanes, combien plus quand il s'agit d'hommes en qui jamais il n'y a aucun divorce entre la pensée et l'expérience la plus intime, d'hommes dans lesquels la vérité et la vie sont identifiées en un tout harmonique ! L'étude des épîtres de Paul devrait donc commencer par l'étude de sa vie, depuis le moment où nous le trouvons assistant au martyre d'Etienne (Actes 7), ou même depuis le temps de ses premiers développements dans le pharisaïsme, jusqu'au jour où, parvenu au terme de sa sainte carrière, il annonce à son disciple Timothée qu'il a achevé sa course. (2Timothée 4.7) Pour cela, les matériaux abonderaient dans le livre des Actes (chapitres 9 et 13 à 28) et dons les nombreuses communications que cet apôtre fait sur lui-même dans ses épîtres, avec tout l'abandon d'une âme qui déborde des plus ardentes affections. Cette étude dépasserait les bornes que nous devons nous tracer ici. Nous ne pouvons que jeter un regard sur l'époque qui vit s'accomplir la nouvelle naissance et la consécration à l'apostolat de cet homme de Dieu ; tout le reste découle de ce point de départ comme de sa source. Nous ajouterons à cette esquisse une sorte de tableau chronologique de son ministère, pour y marquer la place de chacune de ses épîtres, autant que cette place peut être déterminée.
Saul, (en hébreu Shaoul, le désiré, demandé par la prière), nommé plus tard Paulos, selon le goût hellénique (Actes 13.9), était né à Tarse, l'Athènes de la Cilicie, dans l'Asie Mineure, de parents juifs, de la tribu de Benjamin (Philippiens 3.5 ; 2Corinthiens 11.22), qui possédaient le droit de citoyens romains. (Actes 16.37 ; 22.25 et suivants) C'est dans sa ville natale qu'il dut recevoir sa première éducation et participer à cette culture hellénique dont on trouve plus d'une trace dans ses écrits. Très jeune encore, il vînt à Jérusalem, pour y étudier sous le célèbre rabbi pharisien Gamaliel. (Actes 5.34 ; 22.3) Selon l'usage des Juifs, il apprit en même temps un métier, celui de faiseur de tentes (Actes 18.3), auquel il s'appliqua réellement dans la suite, afin de conserver à l'égard des Eglises une noble indépendance. (Actes 20.33, 34 ; 1Corinthiens 9.6, 12-15 ; 2Corinthiens 11.7-9 ; 2Thessaloniciens 3.7 et suivants) Les principes de la théologie pharisienne sont connus : ignorance ou négation des plus profonds besoins de l'âme humaine que nous révèle seul le sentiment du péché ; morale superficielle, observances tout extérieures de la loi, qui suffisaient à nourrir une orgueilleuse propre justice ; interprétation littérale, aride, souvent puérile des Ecritures. C'est dans ce milieu que vivait le jeune Saul de Tarse, irréprochable dans sa vie morale, plein de zèle pour la loi qu'il étudiait (Philippiens 3.6), mais ne soupçonnant pas même la sainte et profonde spiritualité de cette loi (Romains 7.9) qui pénètre et juge jusqu'aux pensées et aux plus secrets mouvements du cur.
Il était impossible, toutefois, que cette âme ardente et sincère se trouvât longtemps satisfaite d'une religion qui d'une part, n'atteignait pas la conscience, et de l'autre, ne lui donnait point de force pour lutter victorieusement contre la puissance du mal. Plus il mettait de droiture et d'énergie dans ses efforts pour s'élever vers l'idéal du bien qui lui apparaissait de loin, plus il souffrait du criant désaccord de notre nature morale qu'il a si admirablement décrit dans la suite. (Romains 7) Etre toujours vaincu dans le combat, se sentir esclave et n'apercevoir aucune délivrance, rien n'est plus propre à irriter l'orgueil et à remplir l'âme d'amertume.
Tout Jérusalem s'entretenait alors d'une secte déjà fort nombreuse de Galiléens qui se disait en possession de la vérité et du salut. Mais quoi ? des ignorants qui ne s'enquéraient nullement des hommes de la science et de leurs systèmes ! des fanatiques qui renonçaient à la loi comme moyen de perfectionnement et de salut ! les adeptes d'un homme que le Sanhédrin avait condamné au supplice de la croix ! Saul dut les haïr. Il saisit avec avidité la première occasion d'assouvir sur eu l'irritation de son âme et d'alimenter son zèle pour Dieu et pour sa loi. (Philippiens 3.6 ; Actes 9.1 et suivants ; Galates 1.14) Les premiers persécuteurs le trouvèrent dans leurs rangs ; le voilà associé aux meurtriers d'Etienne ; il garde leurs vêtements, les anime de sa présence, et telle sera la première mention de son nom dans le Nouveau Testament. (Actes 7.58 ; 8.1) Une fois entré dans cette voie, on ne s'y arrête pas ; le zèle devient fanatisme, le malaise intérieur augmente, il faut de nouvelles victimes : Saul ravageait l'Eglise, entrant dans toutes les maisons et traînant par force hommes et femmes, il les mettait en prison. (Actes 8.3) La persécution à Jérusalem ne lui suffit plus. Muni de lettres qu'il a demandées lui-même au souverain sacrificateur, il est en chemin pour Damas, d'où il doit ramener liés les disciples du Nazaréen.... L'heure de la souveraine grâce de Dieu avait sonné ; mais, même après sa conversion et durant toute sa vie, le souvenir d'avoir persécuté l'Eglise de Dieu pesa lourdement sur sa conscience. (1Corinthiens 15.8, 9 ; 1Timothée 1.12, 13)
L'événement qui eut lieu alors sur le chemin de Damas (Actes 9)
est un des plus importants de l'histoire de l'Eglise, pour cette Eglise elle-même, pour la vérité divine dont elle est dépositaire, pour le monde qui devait être sauvé par elle. Aussi ce fait merveilleux a-t-il exercé la sagacité et la spéculation des penseurs, les uns s'évertuant à l'expliquer par des causes naturelles, les autres ne voulant y voir qu'un phénomène intérieur, une sorte de vision dont l'âme de Saul fut seule le théâtre ; d'autres recherchant les causes psychologiques ou les prédispositions morales qui peuvent rendre compte d'un changement si étrange dans la vie d'un homme.
Ne serait-il pas plus rationnel, pour ne rien dire de plus, d'écouter attentivement le témoignage de cet homme lui-même, surtout quand cet homme s'appelle saint Paul ? Or, ce grand apôtre, placé en présence de ses Adversaires qui ne comprenaient rien à ce miracle de sa vie spirituelle, se contente de le raconter avec simplicité dans tous ses détails comme un fait accompli en présence de plusieurs témoins (Actes 22.6 et suivants) ; et quand il en parle à des croyants, il leur y fait voir une uvre de la toute-puissance et de l'éternelle miséricorde de Dieu, le saisissant (Philippiens 3.12), lui, le premier des pécheurs, l'éclairant, l'humiliant, renouvelant tout son être. (Galates 1.15, 16 ; 1Corinthiens 9.1 ; 15:8 ; 1Timothée 1.12-16) Sans doute la main de Dieu peut avoir mis en uvre dans cette âme l'incurable malaise qui la rongeait sous la loi, l'exaltation même du persécuteur, peut-être de secrets remords provoqués par les souffrances de ses victimes, peut-être aussi la vue de leur foi, de leur douceur, peut-être enfin le souvenir d'Etienne priant pour ses meurtriers, tout autant d'aiguillons contre lesquels il était dur de regimber. (Actes 9.5 ; comparez Actes 22.20) Mais ces causes, que sont-elles, sinon les moyens de cette grâce souveraine et gratuite, sans laquelle Saul serait resté dans ses ténèbres et son endurcissement ?
Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que le pharisien orgueilleux, dominé par des préjugés étroits, aveugles et charnels, fut préparé à devenir cet apôtre si éclairé, si spirituel, si humble, si aimant. Après comme avant, c'était toujours la même âme ardente, mais elle avait passé par le baptême de feu, le centre de cette vie entière était déplacé. Paul aimait de toutes les puissances de son être ce que Saul avait haï, Paul méprisait ce dont Saul avait fait ses idoles. (Philippiens 3.4-8) Les voies de Dieu pour la conversion des âmes sont infiniment diverses ; mais il est certain que les expériences personnelles de notre apôtre, éclairées par la révélation directe de la vérité divine, étaient merveilleusement propres à rendre lumineuses et vivantes en lui les grandes doctrines fondamentales de l'Evangile qu'il devait répandre dans le monde païen. Plus il avait été sincère et ardent dans ses efforts pour atteindre à la justice de la loi, plus le sentiment de son impuissance morale avait été humiliant (Romains 7.14), plus l'antagonisme de la conscience et de la chair était devenu douloureux et angoissant (Romains 7.24), plus aussi, après sa délivrance, la doctrine de la justification du pécheur devant Dieu par la foi seule dut lui apparaître comme le refuge assuré, mais unique, du salut. Qui ne comprendrait le soin qu'il met à exposer dans tout son jour cette glorieuse vérité, et l'inflexible fermeté avec laquelle il combat toute tendance qui pourrait l'obscurcir, l'affaiblir, en ramenant l'homme affranchi par la grâce sous le joug intolérable d'une servile légalité, et sur le terrain fangeux, de ses propres mérites ! Cette doctrine est l'idée mère de toutes ses épîtres, elle est la vie de ce grand apôtre. Mais, d'un autre côté, comme il savait, par son expérience, que c'est la loi, prise au sérieux, qui donne la connaissance du péché (Romains 3.20 ; 7.7), que cette loi, spirituelle, sainte, bonne (Romains 7.12, 14), avait, comme expression de la sainteté de Dieu, exercé son salutaire ministère de condamnation et de mort dans son âme (Romains 7.9-10), il se garde bien de la déclarer abolie. Tout au contraire, son enseignement affermit la loi (Romains 3.31), parce qu'au lieu de la prendre au rabais comme les pharisiens, il la laisse subsister dans toute son inviolable sainteté, parce qu'il la montre parfaitement accomplie dans l'uvre du Sauveur, parce qu'elle s'accomplit aussi dans le cur et dans la vie du fidèle au moyen de l'amour que lui inspire sa délivrance (Romains 13.8-10), parce qu'enfin la loi qui justifie et qui sauve est un principe de force, de liberté et de vie, qui renouvelle l'homme pécheur tout entier. Paul ne connaît d'antinomisme d'aucune espèce, ni avant, ni après la conversion,
mais un salut parfaitement gratuit, dont l'auteur est Jésus-Christ,
dont le moyen subjectif et unique est la foi, dont le fruit est la sanctification complète de l'homme. Dieu avait choisi un pharisien,
sauvé par pure grâce, pour établir dans son Eglise les vrais rapports de la loi et de l'Evangile.
C'est dire que cet apôtre trouvera également dans son expérience et dans la révélation divine les vrais rapports entre cette grâce souveraine de Dieu et la liberté morale de l'homme. Rempli du sentiment douloureux de son impuissance, de son aveuglement naturel, de son péché, arraché à la ruine comme un tison qu'on retire du feu, jamais Paul ne sera tenté d'attribuer à l'homme déchu une force qu'il n'a pas, ni même une volonté tendant vers Dieu et à laquelle il ne manquerait qu'un secours de plus pour parvenir au but de sa destination (Ephésiens 1.18) ; ce n'est pas d'un perfectionnement que l'homme naturel a besoin ; il doit renoncer à lui-même, mourir pour renaître à une vie nouvelle en Jésus-Christ. (Romains 6.1-12 ; Ephésiens 4.22-24 ; Colossiens 3.9, 10) Mais, d'un autre côté, jamais Paul, instruit par les rudes combats de sa conscience sous la loi, ne perdra de vue la responsabilité de l'homme, ni ce degré de liberté morale qui est la condition de sa responsabilité. S'il se perd, il est responsable de sa ruine ; appelé au salut, il est responsable des moyens de grâce qui lui sont offerts ; sauvé, il est responsable de l'emploi qu'il fait de sa vie nouvelle, ou plutôt il y trouvera un mobile assez fort pour glorifier Dieu dans tout son être. (1Corinthiens 6.20) Il n'y a plus dualisme, il y a pleine harmonie entre la grâce de Dieu et la liberté sanctifiée de l'homme. Qui jamais en fournit mieux la preuve que cet apôtre dans sa longue carrière de travaux, de renoncements, de souffrances, offrant mille fois sa vie à Celui qui l'avait racheté, pressé par la charité de Christ et par l'amour des âmes ! La vérité se présenta toujours à saint Paul comme une vie, et c'est pourquoi toutes les doctrines et tous les faits de l'Evangile se sont développés dans son âme et dans son enseignement comme un magnifique ensemble organique et vivant, dont toutes les parties se supposent et se complètent mutuellement. Il n'enseigne pas des vérités, mais la vérité, une comme la vie. C'est ainsi que Dieu l'a préparé à devenir l'apôtre des nations, c'est-à-dire, de l'humanité.
Cette vocation à l'apostolat fut annoncée à Paul dès sa conversion (Actes 9.15, 16 ; 22.14, 15), et, en effet, il rendit immédiatement témoignage à Celui qui venait de l'appeler à la lumière. (Actes 9.20) Toutefois, cette vocation dut s'affermir en lui par degrés, dans le silence d'une retraite qu'il chercha en Arabie (Galates 1.17), et surtout par de nouvelles manifestations de Celui qui lui était apparu une première fois, et sur l'autorité souveraine duquel devait reposer son apostolat. (Actes 22.17-21 ; Galates 1.1) Dès qu'il fut entré dans son ministère, et durant toute sa vie, Paul déploya, tant auprès de ses concitoyens juifs que parmi les païens, dans les circonstances les plus diverses, une force et une dextérité d'esprit, une clarté et une profondeur de pensée, une pureté et une fermeté de volonté, une intimité d'âme, un enthousiasme d'action, une sagesse de conduite, une sûreté de tact, une puissance et une liberté de foi, une chaleur et un art d'éloquence, un courage dans les dangers, un amour du Seigneur et des âmes, un renoncement à lui-même, une patience, une humilité, qui assurent à ce disciple de Jésus la vénération et l'admiration de tous les temps. (Meyer, Commentaire sur le Nouveau Testament. Tome V, page 6.)
Une vue chronologique d'ensemble de cette vie si active fixera,
autant qu'on peut la déterminer, la place de chacune des letttres de
Paul. (Par le manque de certaines données historiques, quelques parties de la vie de Paul restent, malgré toutes les recherches et toutes les combinaisons, entourées d'obscurités et d'incertitudes. Ne pouvant entrer ici dans la discussion des faits exposés, nous renvoyons aux ouvrages spéciaux, en particulier à celui de Néander Histoire de l'établissement et de la direction de l'Eglise chrétienne, traduit par M. Fontanès, à l'Introduction au Commentaire, sur l'Epître aux Romains de M. Godet, et à l'Apôtre Paul par M.Sabatier.
- Nous prenons pour point de départ la conversion de l'apôtre, qu'on place ordinairement, ainsi que son séjour en Arabie (Galates 1.17), vers l'an de J-C
36-37
- De retour à Damas, il prêche quelque temps dans les synagogues, puis il est obligé de s'enfuir de cette ville. (Actes 9.25 ; 2Corinthiens 11.32, 33 ; Galates 1.17, 18)
37-38
- Premier voyage de Paul à Jérusalem (Galates 1.18 ; Actes 9.26) ; il reçoit la révélation du Seigneur rapportée par lui (Actes 22.17-21 ; de là il retourne en Syrie et à Tarse, où Barnabas le retrouve trois ans plus tard. (Actes 9.30 ; Galates 1.21)
39-42
- Paul est amené à Antioche par Barnabas ; son séjour dans cette
ville ; le nom de chrétiens donné aux disciples de Christ. (Actes 11.25-26)
42-43
- Second voyage à Jérusalem ; Paul s'y rend avec Barnabas pour y porter une collecte, puis il revient à Antioche. (Actes 11.27-30 ; 12.25)
44
- Premier voyage missionnaire parmi les païens ; parti d'Antioche, Paul annonce l'Evangile dans l'île de Chypre et dans plusieurs provinces de l'Asie Mineure ; retour et séjour à Antioche. (Actes 13.2 à 14.28)
45-50
- Troisième voyage à Jérusalem (Galates 2.1 et suivants) ; Paul s'y rend d'Antioche avec Barnabas et Tite à l'occasion des différends survenus entre les Juifs et les païens convertis ; concile de Jérusalem ; Paul et ses compagnons de voyage en rapportent la décision à Antioche, où il séjourne quelque temps, prêchant l'Evangile. (Actes 15.1-35)
50-51
- Second voyage missionnaire. Paul, accompagné par Silas, annonce l'Evangile en diverses provinces de l'Asie Mineure ; appelé en Europe par une vision, il s'arrête à Philippes de Macédoine, à Thessalonique, à Bérée, à Athènes, il arrive à Corinthe, où Aquilas et Priscille deviennent ses compagnons d'uvre. (Actes 15.40 à 18.13).
51-52
- Séjour à Corinthe durant dix-huit mois. C'est de là qu'au milieu de sa grande activité, Paul écrivit à l'Eglise de Thessalonique, qu'il venait de fonder, sa première et sa seconde Epître. (Voir l'introduction à ces épîtres et Actes 18.1-17) De Corinthe, l'apôtre fait par Ephèse et Césarée un quatrième voyage à Jérusalem, d'où il retourne à Antioche. (Actes 18.18-22)
52-54
- Après un séjour de quelque temps à Antioche (Actes 18.23), où eurent lieu entre Paul et Pierre les relations auxquelles le premier fait allusion dans l'épître aux Galates (2.11-14), Paul partit pour un troisième voyage missionnaire, qui le conduisit, par la Galatie par la Phrygie, à Ephèse (Actes 18.23 ; 19.1), où il exerça son apostolat pendant trois ans. (Actes 20.31)
C'est d'Ephèse qu'il écrivit l'Epître aux Galates et la première Epître aux Corinthiens. Voir (les Introductions.)
Après l'émeute suscitée à Ephèse par Démétrius (Actes 19.23-40), Paul passe en Macédoine (Actes 20.1), d'où il écrit la seconde Epître aux Corinthiens ; puis, continuant son voyage vers le sud, il vient en Grèce, y séjourne trois mois (Actes 20.3), et écrit de Corinthe l'Epître aux Romains. 54-58
- De Corinthe, il fait par la Macédoine, l'Asie Mineure (discours aux pasteurs d'Ephèse), la Syrie, son cinquième et dernier voyage à Jérusalem. (Actes 20.3 ; 21.17) Son séjour dans cette ville ; dangers qu'il court de la part des Juifs ; il est mis en prison. (Actes 21.18 ; 23.30)
58
- Paul est conduit prisonnier à Césarée et livré au gouverneur Félix. (Actes 23.31-35) Accusé par les Juifs, il se justifie devant Félix, qui le retient deux ans en prison et le laisse à son successeur Porcius Festus. (Actes 24)
Discours de Paul devant Festus (Actes 25) et devant Hérocle Agrippa II. (Actes 20). 58-60
- Le dernier voyage de l'apôtre que rapporte le livre des Actes est sa périlleuse navigation de Césarée jusqu'en Italie, qui dura de l'automne de l'an 60 au printemps de l'an 61. Sa cause devant être portée devant l'empereur, il fut conduit à Rome, où, bien que prisonnier, il avait assez de liberté pour pouvoir, durant les deux années de sa captivité, se livrer aux travaux de son apostolat. C'est de là qu'il écrivit les Epîtres aux Colossiens, aux Ephésiens, à Philémon et aux Pbilippiens. (Actes 27-28) Selon d'autres, les trois premières de ces épîtres auraient été écrites pendant la captivité de Paul à Césarée. (Voir les Introductions.)
61-63
- Le livre des Actes s'arrête brusquement ici, laissant l'apôtre dans sa captivité. Dès ce moment, nous n'avons plus sur lui que des données contestables tirées des Pères de l'Eglise. Aussi les théologiens modernes se divisent-ils entre deux ; opinions : les uns admettent sans preuves que Paul fut mis à mort à l'issue de la captivité racontée par Luc ; les autres (Néander, par exemple), suivant la tradition, pensent que l'apôtre fut mis en liberté, fit encore divers voyages, écrivit les épîtres pastorales (voir l'Introduction de ces épîtres), puis subit un second emprisonnement à la suite duquel il souffrit le martyre. Si cette seconde opinion est fondée, voici quels seraient, selon toute probabilité, les derniers événements de la vie de Paul.
Le 18 juillet 64 eut lieu le grand incendie de Rome, qui servit à Néron de prétexte pour exercer de cruelles persécutions contre les chrétiens. Si Paul avait encore été à Rome, il n'eût certainement pas été épargné. On peut donc placer sa délivrance vers la fin de l'an 63 ou au commencement de 64 63-64
- Remis en liberté, l'apôtre se rend dans l'Asie Mineure, laisse
Timothée à Ephèse (1Timothée 1.3) et passe en Macédoine où il écrit la première Epître à Timothée. (Voir l'Introduction)
65
- Paul visite ensuite l'île de Crète, y fonde ou y affermit des Eglises, dont il remet la direction à son disciple Tite, comme on le voit par l'Epître à Tite (1.5), écrite bientôt après.
65
- Il est probable que l'apôtre passa un hiver à Nicopolis (Tite 3.12) ; il exécuta peut-être son projet d'un voyage en Espagne
(Romains 15.24, 28), ou en fut empêché par une seconde captivité à
Rome.
66
- C'est de là qu'il écrivit sa seconde Epître à Timothée. (2Timothée 1.16, 17 ; 4.16, 17) C'est là aussi qu'il scella de son sang son apostolique témoignage, probablement vers la fin du règne de Néron.
67
D'après ces données, voici l'ordre dans lequel devraient être placées les treize épîtres de cet apôtre :
I. Avant sa première captivité, entre 52 et 58 -
1. Première aux Thessaloniciens (de Corinthe Actes 18.11).
- 2. Deuxième aux Thessaloniciens (idem).
- 3. Aux Galates (d'Ephèse Actes 19).
- 4. Première aux Corinthiens (idem).
- 5. Deuxième aux Corinthiens (de Macédoine, Actes 20.1).
- 6. Aux Romains (de Corinthe, Actes 20.3).
II. Pendant la première captivité, entre les années 59 et 63 -
7. Aux Colossiens.
- 8. Aux Ephésiens.
- 9. A Philémon.
- 10. Aux Philippiens.
III. Entre la première et la seconde captivité, 64-66
- 11. Première à Timothée.
- 12. A Tite.
IV. Pendant la seconde captivité, 66-67
Lueur - www.lueur.org
|