Accompagner spirituellement le Grand Âge

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Type : Réflexion
Thème : Santé & Psychologie
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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Christine Durand-Leis est aumônier en maison de retraite et dans un hôpital ayant un service de gérontologie d'environ 200 lits. Elle circule parmi les ouvriers de la ruche hospitalière, étrangement disponible quand tout le monde se dépêche!

Lors de la vieillesse, l'organisme fragilisé connaît bien des difficultés: les 5 sens s'affaiblissent, la marche devient plus difficile, la mémoire fait défaut… Et il faut faire le deuil de ses proches, de ses aimés de la même génération qui vous précèdent dans la mort.

L'allongement de l'espérance de vie donne aux diverses pathologies, naguère interrompues par le décès, le temps de se développer, parfois jusqu'à l'extrême. Alors, quelle P(p)arole pour accompagner la vieillesse? Et surtout, que faire, que dire face aux malades d'Alzheimer lorsque toute communication semble impossible?

De la confiance à la confidence

Il faut du temps pour permettre d'abord un bon contact, puis une confiance qui laissera filtrer la confidence: car les personnes âgées sont d'une grande pudeur. Encore coquettes, elles ne disent pas si vite leurs fragilités! Qu'il soit malade ou en assez bonne santé, le vieillard perd peu à peu ses facultés: vision, ouie, marche et la dépendance s'installe, le plus souvent vécue comme une humiliation. Quel tact ne faut-il pas aux soignants pour des soins si délicats! Cette période de petits et de grands renoncements successifs, l'aumônier l'accompagne d'abord avec cette écoute respectueuse qui ne fait fi d'aucun détour: il faut parfois parler longuement de la pluie et du beau temps pour en arriver au point douloureux…

Un long cheminement

Seule cette écoute peut déboucher sur une annonce authentique de l'Évangile: rien ne saurait être plaqué ni préparé d'avance; il faut tout entendre, même la révolte, et la Parole est au service de la parole. Face aux deuils de ce qu'on a été, face à cette forme de mal qu'est le vieillissement, je crois qu'il faut redire avec force que la souffrance n'est pas voulue par Dieu; qu'il y a là un mystère, contenu par exemple dans cette question si souvent entendue: «Pourquoi ne me reprend-il pas tout de suite?» Face à la dépendance humiliante, même si ce mot est parfois trop sollicité, l'amour reste, sinon la réponse, mais le «contre-feu». Face à une société de l'apparence et de la compétence, la force de la foi est cet accueil de la faiblesse et cette assurance que l'on peut laisser aller entre les mains de Dieu. Les personnes âgées sont en long séjour: c'est une chance de cheminer dans le temps, doucement, patiemment, pour peut-être transformer l'humiliation en humilité, et la dépendance en liberté intérieure…

Simplement, être là…

Mais en cas de maladies -type Alzheimer- avancées, la communication n'est plus possible: comment dire alors cet amour, cette promesse? À nous si actifs, si performants, souvent si bavards, l'effort de nous mettre au diapason des plus faibles: donner la main pour une promenade, chanter une chanson, un vieux cantique qui, souvent, fait encore briller les yeux en réveillant des souvenirs, lire quelques versets, dire une prière dans la foi que cet esprit apparemment perdu s'y associe… En gardant un immense respect pour ces malades qui sont comme des enfants, mais n'en sont justement pas! Et puis apprendre, sans le redouter, la vertu du silence, d'une présence muette, comme celle des amis de Job, assis près de lui, attentifs, disponibles…

Bible et vieillesse

Peu de passages bibliques parlent de la réalité de la vieillesse. Le chapitre 12 de l'Ecclésiaste, sous une forme allégorique, et quelques versets du Psaumes 90 la décrivent comme une fragilité. Mais en général, vieillir est une bénédiction et le juste «rassasié de jours» «se couche avec ses pères», sans qu'il soit question de déclin ou d'agonie. Le vieux patriarche s'en va entouré de sa famille, des ses fils et de ses filles: contraste frappant avec les personnes qui se retrouvent en institution, souvent bien isolées… On rappelle avec une émotion reconnaissante que Jésus a connu les contingences difficiles de la nature humaine: faim, soif, fatigue… et que son agonie le fait proche de tous les douloureux. Mais il meurt à la fleur de l'âge. Il n'y a pas de Jésus grabataire, dément, dépendant au sens médical du terme. Cependant, on ne peut pas en rester à cette comparaison au premier degré, et c'est le message de l'Évangile qui reste la meilleure ressource pour accompagner le grand âge de façon authentique.

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