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L’accompagnement spirituel

Texte
Auteur :
Type de texte : Etudes Bibliques
Thème : Vie Spirituelle
Source : Construire Ensemble, www.lueur.org

Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Cette Parole du créateur (Gn 2.18) n’exprime pas seulement le bien-fondé du couple. Elle dit aussi la nécessité pour tout être humain de vivre en relation avec d’autres. Nous en avons besoin pour vivre. C’est tout à la fois le témoignage de note richesse et de notre fragilité. Les chrétiens, pasteurs y compris, n’échappent pas à cette règle. C’est sans doute la raison pour laquelle Dieu a donné à ses enfants le privilège de la famille chrétienne. Encore faut-il donner à la communion fraternelle toutes ses possibilités. L’accompagnement spirituel en fait partie.

Il arrive que des pratiques très anciennes doivent, dans certains milieux, être remises au jour après avoir été oubliées. Nous pouvons, sans crainte de nous tromper, constater que c’est effectivement le cas de l’accompagnement spirituel.
Il s’agit d’une pratique qui, sous des formes et des noms divers, a toujours existé dans les Églises. On a longtemps parlé de « direction spirituelle », voire de « paternité spirituelle », surtout dans l’Église catholique, et les protestants ont assez vivement pris leurs distances d’avec ce qui leur apparaissait comme une prise de pouvoir sur la conscience d’une personne. Réagissant contre ce qui a pu donner effectivement lieu à des excès, nous avons sans doute « jeté le bébé avec l’eau du bain ».

On peut cependant remarquer qu’en bien des lieux, les milieux évangéliques - et le protestantisme en général - s’intéressent à nouveau à cette question. Des livres sortent, des sessions de formation existent et si, en France, nous nous servons la plupart du temps du terme d’accompagnement, les évangéliques anglo-saxons n’hésitent pas à parler de direction spirituelle pour dire la même chose.

De quoi s’agit-il ?

Il s’agit au fond d’une réalité assez simple : la prise de conscience du besoin que nous avons les uns des autres dans notre marche avec Dieu. Bien sûr, nous lisons la Bible, participons au culte, entendons des prédications et des études bibliques et nous en recevons bien des choses. Mais ne nous arrive-t-il pas de ressentir la nécessité de quelque chose de plus précis ? N’ai-je pas besoin d’une écoute qui soit attentive à mes questions et à mes fardeaux, d’une parole qui s’adresse à moi dans la spécificité de ma situation ? Il y a bien des choses qui ne se transmettent que de personne à personne. Il arrive souvent que nous recevions, sans l’avoir attendu, une aide, un encouragement de quelqu’un qui ne pensait pas nous aider. Dieu peut se servir de mille moyens involontaires pour nous faire avancer. Mais il trouve, dans cette petite partie de sa création que sont les protestants français, des blocages tout particuliers. Nous sommes d’abord des individualistes forcenés. Comme si tout se jouait entre Dieu et moi, dans une glorieuse rencontre solitaire. Nous disons souvent, pour accompagner le cheminement spirituel des chrétiens : lis ta Bible et prie ! On ne saurait mieux dire et ces deux disciplines sont aussi saines qu’indispensables, mais elles soulèvent bien des problèmes. Il faut reconnaître que cette situation convient peut-être à de fortes personnalités qui trouvent ainsi (oh combien !) toute liberté de s’épanouir. Mais pour les gens « normaux » qui auraient besoin d’aide, de soutien, il peut y avoir un manque véritable et il est tentant de s’installer alors dans une médiocrité bienheureuse ou souffrante. Alors que l’attente était là et qu’il aurait suffi de peu de choses...

Une si longue tradition

Le christianisme a pratiqué l’accompagnement depuis toujours. Certaines lettres de Paul sont des lettres d’accompagnement spirituel (on pourrait même parler de direction) adressées à tel ou tel de ceux qu’il a formés. Plus tard, les chrétiens venaient de loin rencontrer les pères du désert pour recevoir d’eux une parole vivifiante et nourrissante. Et depuis, que ce soit parmi les moines ou plus largement dans l’Église, cette pratique a continué.

L’époque de la Réforme a été, dans ce domaine, riche tant du côté protestant que du côté catholique. Un des éléments essentiels du mouvement réformateur a été l’accent mis sur le fait que tout chrétien était appelé, selon sa vocation, à vivre la plénitude de la vie chrétienne. On n’est pas seulement fidèle à l’appel de Dieu en devenant religieux, mais en vivant pleinement l’Évangile dans la condition qui est la nôtre. Être accompagné spirituellement devient alors d’autant plus important que l’on est sorti de l’image classique de la fidélité monastique. Les protestants connaissent donc, à leur manière la direction et on a pu écrire un livre sur « Calvin, directeur d’âmes[1] », mais la Réforme catholique va connaître une immense richesse en la matière. Il suffit de mentionner les deux grands courants spirituels qui ont dominé l’époque, la réforme du Carmel d’une part, avec Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, et les jésuites fondés par cet étonnant pédagogue que fut Ignace de Loyola dont les « exercices spirituels » ont pour but le discernement de la volonté de Dieu. François de Sales, à la même époque, a été un directeur spirituel plein d’attention et de sensibilité.

Du côté protestant, ce sont les réveils qui ont toujours remis en valeur cette dimension. Le piétisme allemand comme le réveil méthodiste ont compris l’importance des petits groupes de partage. C’est que tout réveil s’accompagne du désir intense de beaucoup de vivre en communion avec Dieu. Il faut alors prendre en compte la réalité du vécu de chacun et ne plus se contenter de ce qui est universellement vrai, mais parfois difficilement applicable.

L’écoute et la parole

Pour accompagner, il faut d’abord apprendre à se taire et à écouter. C’est peut-être cela qui rend cet exercice si rare en nos milieux… Il faut écouter car beaucoup sont découragés et écrasés par les fardeaux qu’ils portent, les questions ou les doutes qui les travaillent, sans pouvoir les partager. Écouter avec amour, c’est déjà aider, permettre à l’autre de se dire et, par là, de prendre peut-être conscience de bien des choses. Mais il arrive un moment, où accompagner, c’est aussi parler, répondre à la parole entendue et reçue. Nous sommes là dans l’ordre de l’échange. L’accompagné comme l’accompagnateur sont ensemble à l’écoute de Dieu, et l’accompagnateur est là pour aider et non pour être un intermédiaire entre Dieu et la personne. Les paroles qu’il apportera ne seront donc que proposées. Elles n’auront pas d’autre poids que celui que l’accompagné leur reconnaîtra car elle ne sont pas l’expression d’une autorité, mais le fruit d’une écoute de l’autre et de Dieu et de l’écho que cela a suscité dans le cœur.

On comprend aisément que les dangers sont nombreux. Celui, d’abord, de parler trop vite et de plaquer sur l’interlocuteur tel verset biblique ou telle solution toute faite qu’il n’est pas prêt à recevoir. Le conseil peut être judicieux, il n’en est pas moins inutile, car inadapté ou prématuré. La tentation est grande - et c’est peut-être le danger principal - d’exercer un pouvoir sur l’autre, de devenir un « maître » ou un « père » (Mt 23.8-12) et d’oublier que nous ne sommes que frères et compagnons de route. Cela va souvent de paire avec l’oubli des différences de nos cheminements. Ce qui a été vrai et bon pour moi, ne l’est pas nécessairement pour toi, car nous ne sommes pas identiques. Encore faut-il comprendre et percevoir la diversité des chemins.

Comment pratiquer ?

L’accompagnement spontané vient simplement du souci de l’autre et de l’amitié. Il est fait de partage, d’écoute et d’encouragement. Et heureuse est la communauté où il existe tout naturellement. Il est des gens vers qui les autres se tournent naturellement pour demander conseil. Certains peuvent ainsi exercer dans l’Église un véritable ministère. C’est bien sûr le rôle normal des pasteurs. Mais tous ne sont pas motivés de la même manière et un seul pasteur ne suffirait sans doute pas à la tâche dans une Église d’une certaine importance. D’autres pourront accompagner, mais il sera important d’être attentif aux personnes qui souhaiteraient le faire. Ont-elles déjà eu l’occasion de la faire spontanément ? Il est bon qu’elles aient une certaine expérience, une maturité spirituelle et humaine ainsi qu’une base biblique et théologique assez solides. Et peut-être profiteraient-elles d’une formation qui les aide dans ce service.

L’accompagnement spirituel repose sur la prise au sérieux de chaque chrétien et de l’appel qu’il a reçu à vivre en communion avec Dieu. Accompagner, c’est prendre soin de chacun et tout particulièrement de ceux qui en ressentent le besoin. Certains resteront sans doute étrangers à ces possibilités offertes, mais il ne faudrait pas que d’autres abandonnent la route ou quittent l’Église pour n’avoir pas trouvé d’oreille attentive et pour avoir en vain cherché aides et conseils alors qu’ils étaient dans le besoin. Il en est Un qui nous accompagne sur nos chemins, mais il nous est souvent utile qu’un frère ou qu’une sœur soient également là pour nous manifester que nous faisons bien parie d’un corps, le Corps du Christ.



  • [1] Jean-Daniel Benoit, Calvin directeur d’âmes, Strasbourg, éd. Oberlin, 1947.

Commentaires (1)

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par judith
27/12/2013 06:39 (UTC)

Oui je suis d'accord avec vous mais il y a trop d'églises ou règne l'individualisme et le chacun pour soi sous le regard du Seigneur. Notre attitude et nos actes sont souvent un devoir et non un acte d'amour. Expérience vécue Amitiés fraternelles Judith

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