Insécurité dans la famille et avortement

2. violence conjuguale et avortement

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Type : Dossier
Thème : Avortement
Source : Aimer & Servir   
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Insécurité dans la famille et avortement
  2. violence conjuguale et avortement
  3. Avortement : Survivants, doutes existentiels
  4. Avortement : conseils pratiques. Besoin d'aimer. Conclusion

J'étais co-responsable d'un foyer pour jeunes mères en difficulté en Suisse. Actuellement, je suis membre d'une association qui vise à multiplier de petites unités d'accueil pour jeunes mères en détresse.

Récemment, j'ai travaillé dans un foyer chrétien, ouvert il y a cinq ans dans un cadre magnifique à la campagne. Il a été créé pour accueillir des jeunes filles en difficulté en cours de grossesse. Pendant cinq ans, ce foyer, d'une capacité de cinq à six chambres, a accueilli environ quarante jeunes femmes, mais une seule était enceinte ! Les vraies attentes de la femme enceinte en difficulté, ne sont pas tellement sur l'aide offerte en cours de grossesse, mais plutôt sur quoi elle pourra compter après l'arrivée de l'enfant. Les trois dénominateurs communs des jeunes mamans accueillies dans ce foyer sont : la violence conjugale, la blessure d'un ou de multiples avortements et de sévères difficultés relationnelles avec leurs enfants nés vivants.

La violence conjugale, en Suisse, devient une préoccupation politique, c'est un problème d'insécurité publique et les chiffres le montrent. Chaque jour, en Suisse, 125 femmes demandent un hébergement d'urgence suite à la violence conjugale.

J'ai suivi un séminaire en novembre 2001, le premier du genre en Suisse, sur le thème de la violence conjugale. Une centaine de professionnels, des juges, des assistants sociaux, des services de protection de la jeunesse se sont rassemblés. Ils m'ont paru particulièrement désarmés face au phénomène. J'ai noté quelques points qui me paraissent intéressants à mettre en rapport avec le thème.

Une première évidence statistique : il y a beaucoup plus de violence conjugale pendant la grossesse. J'ai également eu l'occasion de faire un stage dans un foyer public pour femmes battues. Ce foyer est une référence du genre à Lausanne. J'ai été accueilli comme observateur pendant un mois. C'était une sorte de première, parce qu'un homme dans un foyer pour femmes battues, c'est plutôt rare. En général, ce sont des fiefs ultra-féministes. On peut le comprendre. Mais une nouvelle directrice a ouvert la porte à des collaborateurs masculins. Elle fut d'accord pour que je passe quelque temps dans ce foyer. La durée d'engagement « ou de survie » des professionnels dans ce type de foyer est de dix-huit mois en moyenne.

Lors de ce séminaire sur la violence conjugale un des collaborateurs de ce foyer est intervenu en faisant remarquer que son travail d'accompagnement consiste essentiellement à développer avec les résidentes leur capacité de faire leurs propres choix. C'est très laborieux pour une femme battue de recouvrer l'estime de soi. Le plus souvent, elle n'est plus capable de faire des choix, parce qu'elle ne sait même plus ce qui est bon pour elle. Durant ce séminaire, il fut question du « syndrome de Stockholm », en référence à l'histoire d'une prise d'otages célèbre de passagers d'un train près de Stockholm. Les conditions étaient épouvantables et cela a duré plusieurs semaines. Au moment de leur délivrance, on s'est aperçu que les otages avaient pris parti pour leurs agresseurs.

La victime de violence
finit par s'associer
ou s'identifier
aux attentes de
son agresseur.

Ceci pour expliquer que les femmes victimes de violence conjugale, à un certain degré de violence et surtout sur la durée, ne savent plus choisir pour elles-mêmes. Elles voient au travers du regard de leur agresseur. C'est cela, la perte de l'estime de soi. Les symptômes, c'est qu'elles n'arrivent plus à reconnaître leurs propres besoins, leurs propres attentes. La victime de violence finit par s'associer, ou s'identifier aux attentes de son agresseur. Elle devient une victime consentante. Ces éléments soulignent le lien entre la violence conjugale et l'avortement. Statistiquement, il y a 125 demandes d'hébergement en urgence et simultanément 70 avortements, chaque jour en Suisse. On continue de nous parler de la libéralisation de la femme par l'accès facilité à l'avortement. C'est vraiment un aveuglement. En France, 700 000 naissances, 230 000 à 250 000 avortements par année, soit environ 700 par jour. En plus, aujourd'hui encore, les conséquences de l'avortement sont largement niées. Or, si l'on associe les problématiques d'insécurité et de la violence dans le couple, on est bien obligé d'admettre qu'au moins certaines des femmes ont vécu l'avortement comme un événement intégré dans un contexte d'oppression et de violence.

Il y a très peu de professionnels qui font le lien entre violence conjugale et avortement. En tous cas, je n'en connais pas qui en parlent ouvertement, parce que beaucoup tentent de se persuader que l'avortement est une intervention « douce » qui va soulager. Ils disent que l'avortement est thérapeutique, alors que toutes les maladies psychiatriques, tous les traumatismes sont aggravés par l'avortement. Lorsque l'on aborde l'avortement par le biais de la violence conjugale, sujet actuel et politiquement correct, il devient possible de rouvrir le dialogue. Toutes ces données attestent que de nombreuses femmes avortent parce qu'elles n'ont absolument pas le choix, ou parce qu'elles sont sous une oppression telle qu'elles sont devenues incapables de dire non ! Dans ces cas-là, l'avortement s'ajoute au contentieux des abus subis souvent depuis l'enfance et constitue un facteur aggravant. L'accès facilité à l'avortement va-t-il lui rendre service ?

C'est une solide entrée en matière pour parler aux autorités médicales et politiques. Il est légitime et urgent de leur dire : « Attention, dans un certain nombre de cas, l'avortement est vécu dans un contexte d'oppression et de violence qui va aggraver la situation de la femme. » Dans ces cas, cela ne peut être vécu comme un soulagement. Comment prévenir de telles tragédies ? Comment identifier le risque d'un syndrome post-avortement ? Ne faut-il pas proposer des alternatives ? Cette approche ébranle toute législation visant à la libéralisation et à la banalisation de l'avortement. Si les femmes enceintes sont dans une telle insécurité, qui sera en sécurité ?

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