Introduction aux Epîtres

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Type : Enseignement
Thème : Commentaires Bible Annotée Neuchâtel
Source : Theotex   
Publié sur Lueur le
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Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché concernant la Parole de la vie (et la vie a été manifestée, et nous l'avons vue, et nous en rendons témoignage, et nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée) : ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que vous aussi, vous ayez communion avec nous, et notre communion est avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ. Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie.

Tel est le témoignage apostolique que nous allons retrouver dans ces épîtres ; tels en sont l'objet, la certitude, le but. Ce qui a été manifesté du ciel à notre humanité perdue dans les ténèbres et dans la mort, c'est plus qu'un système de doctrine, c'est la vie, la vie éternelle, personnifiée dans le Christ, le Fils du Dieu vivant. Cette vie, toute divine et toute humaine, a paru d'abord dans la personne même de Jésus-Christ, et elle nous a été annoncée par le témoignage apostolique dans les quatre Evangiles. Cette vie, déposée dans les premiers croyants, développée et propagée par l'action puissante du Saint-Esprit, a créé sur la terre une Eglise qui la respirait et la manifestait à son tour : nous en avons le témoignage apostolique dans le livre des Actes.

Mais bientôt se firent sentir dans les jeunes Eglises des besoins pressants auxquels les apôtres seuls pouvaient répondre, ici, la vie chrétienne était née au sein d'une grande ignorance, il fallait instruire, éclairer les âmes, en leur exposant plus complètement la vérité, tout le conseil de Dieu pour le salut. Là, l'erreur, propagée par de faux apôtres, était venue promptement obscurcir la lumière du pur Evangile du Crucifié ; il fallait combattre, dissiper ces notions fausses, d'autant plus dangereuses pour la vie, qu'elles émanent du cœur corrompu de l'homme. Ailleurs, l'erreur, portant déjà ses fruits amers produisait, au sein même des Eglises, des péchés honteux qui pouvaient déshonorer la profession du nom de Christ ; il fallait poser les principes d'une sévère et salutaire discipline. Plus loin, les rapports nouveaux des chrétiens avec le monde juif et païen engendraient des conflits et des dangers qui laissaient les âmes mal affermies, dans de périlleuses perplexités : le conseil d'un apôtre leur devenait indispensable. Partout, la haine du monde au dehors, les renoncements et les croix au dedans jetèrent les disciples du Sauveur dans une fournaise d'épreuves, d'où plusieurs ne seraient jamais ressortis vainqueurs, sans les paroles de consolation et d'encouragement qu'ils attendaient des témoins de Jésus-Christ. Ceux-ci, ne pouvant répondre à tous ces appels par leur présence personnelle, eurent recours à la correspondance. Une immense importance dut s'attacher à leurs lettres lues dans les assemblées, copiées et propagées d'Eglise en Eglise, recueillies enfin comme un trésor dont rien n'aurait pu tenir lieu : telle est l'origine du témoignage apostolique dans les épîtres.

Ce n'est pas ici le lieu d'exposer et de prouver l'autorité dont Jésus-Christ a revêtu l'apostolat dans son Eglise, ni le secours spécial du Saint-Esprit qui fut accordé à cette, dignité pour sa haute destination dans tous les âges futurs. Qu'il suffise de rappeler la parfaite certitude de ce témoignage, dans les termes absolus que saint Jean accumule dès les premières lignes de sa lettre, citées en tête de cette introduction. Nous vous écrivons, ces choses, dit-il en parlant de ce témoignage concernant la vie éternelle ; et un autre apôtre accompagne ses instructions écrites de cette solennelle déclaration : Les choses que je vous écris sont des commandements du Seigneur. Absents des Eglises, ces témoins de Jésus-Christ considéraient leurs lettres comme les remplaçant auprès des troupeaux, et ceux-ci les recevaient, les lisaient, les consultaient de la même manière. Tel a été, de tout temps, en tous lieux, le sentiment de l'Eglise entière. Et, grâce à Dieu, on ne lui a fourni jusqu'ici aucune raison d'en juger autrement. L'apostolat existe donc pour nous dans les Epîtres. Quant à ceux qui veulent, en certains cas, en appeler de l'apostolat à Celui qui l'a institué, ils se placent tout simplement dans l'impossible, c'est-à-dire dans l'absurde, puisque nous ne connaissons rien, absolument rien de Jésus-Christ, en dehors de l'apostolat. Les Epîtres renferment, soit pour la doctrine, soit pour la vie chrétienne, la seule interprétation authentique et divine du grand mystère de piété, du fait de la rédemption.

Mais, nous dit-on, les Epîtres ont toutes été écrites pour répondre à des besoins occasionnels, locaux, temporaires ; d'où leur viendrait ce caractère d'universalité et de perpétuité ? comment une lettre, adressée à l'Eglise de Rome, ou de Corinthe, ou de Philippe, se trouverait-elle applicable à une Eglise de France, d'Angleterre, d'Allemagne, au 19° siècle ? Il faut n'avoir pas réfléchi pour faire cette objection ; c'est précisément cette actualité des épîtres qui en explique la perpétuité. L'âme humaine, avec son péché et les erreurs et les souffrances qu'il enfante, n'est-elle pas toujours et partout identique à elle-même ? Et le remède divin qui la guérit et la sanctifie une fois, perdrait-il quelque chose de son efficace selon les variations du calendrier ou des climats ? Ce qui est humain en un temps, en un lieu, l'est toujours et partout, et ce qui est divin ne change jamais. Ce qui est pris dans la vie se retrouve toujours dans la vie. Les systèmes seuls varient, parce que les systèmes se soucient peu de la vie, et encore leurs variations portent beaucoup plus sur la forme que sur le fond. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil. D'ailleurs, ce qui fait la perpétuité des enseignements apostoliques, aussi bien qu'une des démonstrations éclatantes de l'Esprit éternel dont ils émanent, c'est que toujours ils se fondent sur les grandes et immuables vérités de la révélation et de la rédemption, alors même qu'ils n'exposent pas ex professo ces vérités. Qu'un apôtre exhorte à la pratique du moindre devoir moral, voyez-le puisant ses motifs dans l'immuable sainteté de Dieu, dans sa miséricorde éternelle, dans le grand sacrifice du Calvaire ! Paul recommande-t-il aux chrétiens de Rome de s'abstenir de certains aliments, donne-t-il à ceux de Corinthe des instructions toutes temporaires relatives aux choses sacrifiées aux idoles, les exhorte-t-il à prendre part à une collecte pour leurs frères pauvres de la Judée, prie-t-il humblement son ami Philémon de recevoir son esclave et de lui pardonner ; lisez attentivement et vous retrouverez, en chacun de ces fragments de lettres, toutes les vérités de la foi, tous les principes de la morale chrétienne, tout l'Evangile.

Supposez qu'au lieu de notre recueil d'épîtres adressées à des Eglises et à des individus pour leurs besoins actuels, avec cette diversité infinie d'applications qui en fait une image si fidèle de la vie, nous eussions un livre écrit dans la généralité abstraite d'un compendium ; un tel livre ne répondrait aux besoins d'aucun temps, d'aucune Eglise, d'aucune âme, parce qu'il n'individualiserait aucune partie de la vérité. Oui, la Bible entière est histoire, parce que tout entière elle est la vie ; livre divin, livre humain, dont chaque page pourrait porter cette inscription : La Parole a été faite chair !

Enfin, ce qui assure pour tous les temps au recueil des épîtres ce double caractère d'autorité et de perpétuité, c'est l'unité profonde des enseignements qui y sont renfermés. Cette unité n'est que plus évidente pour nous apparaître au travers de la diversité des individualités et des formes. Pour ne parler ici que de Paul et de Jean, que l'on a voulu opposer l'un à l'autre, il est certain que les formes dont ils revêtent leur pensée sont aussi différentes que cette pensée elle-même est harmonique au fond. La vérité chrétienne est, pour l'un comme pour l'autre, une vie divine, découlant de la même source, reposant sur des faits identiques. Mais tandis que Jean contemple avec amour cette vérité et la reflète comme le miroir le plus pur, Paul la conçoit avec force, se l'approprie avec un sentiment non moins profond, la systématise et la prouve par une dialectique pleine de lucidité et d'énergie. L'un est tout prophétie intuitive, l'autre tout action, même par le moyen de la parole ; l'un se meut avec délices sur les hauteurs d'une gnose divine, s'attache au côté objectif, idéal des révélations, représente en un mot l'esprit oriental dans l'Eglise ; l'autre a été le père de la théologie chrétienne, il en précise les rapports nécessaires avec la nature humaine, représente l'esprit occidental avec ses idées vivement accusées et ses tendances pratiques. Mais si l'on prend une à une dans leurs écrits les vérités qui constituent le christianisme, on les trouvera identiques au fond, malgré la diversité de l'exposition. Nous repoussons donc avec conviction l'invention moderne d'une doctrine de Paul, d'une doctrine de Jean ou de Pierre ou de Jacques, pour autant qu'une exégèse sans profondeur et sans spiritualité transforme la diversité en opposition. Mais nous ne pouvons pas davantage nous approprier les vues de ceux qui, ne tenant aucun compte des individualités, ni de leur caractère, ni de leurs besoins, ne reconnaissent, dans le Nouveau Testament comme dans l'Eglise, qu'une seule conception de l'Evangile éternel. Dieu est plus grand que notre cœur, et Dieu a voulu que, dès les temps apostoliques, toutes les diverses faces de la vérité révélée fussent mises au grand jour par des hommes divers dont aucun ne pouvait embrasser cette vérité tout entière, mais dont chacun avait pour mission d'apporter sa pierre à la structure du majestueux édifice dans lequel viennent, depuis dix-neuf siècles, se réfugier les âmes altérées de paix et de vie. Jean n'aurait jamais écrit l'épître aux Romains, Paul n'eut pas doté l'Eglise du quatrième Evangile : Grâces à Dieu de ce que ni l'un ni l'autre de ces livres ne nous manque !

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