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Etude sur le Cantique des Cantiques
5. Cantique des Cantiques : L'origine du Cantique

Auteur :
Type : Enseignement
Thème : Commentaires Bible Annotée Neuchâtel
Source : Theotex   
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Etude sur le Cantique des Cantiques
  2. Cantique des Cantiques : Les systèmes d'interprétation
  3. Cantique des Cantiques : Etude analytique
  4. Cantique des Cantiques : Le sens du poème
  5. Cantique des Cantiques : L'origine du Cantique
  6. Cantique des Cantiques : Conclusion

Deux opinions très différentes se présentent chez ceux des critiques actuels qui s'accordent à rejeter la composition par Salomon affirmée dans le titre :

Celle de M. Renan, qui date cet écrit des premiers temps du royaume des Dix tribus, de 975-923 avant J-C, temps durant lequel Thirza fut la capitale de ce royaume ; et celle de M. Graetz, qui, dans l'ouvrage tout récent que nous venons de citer, place la composition du Cantique longtemps après la captivité, à l'époque de la domination grecque en Palestine.

Il appuie cette date sur certains usages et certains termes du poème, qui paraissent être d'origine grecque.

Ce genre d'arguments est, comme le fait voir M. Renan à l'égard de ces quelques expressions que l'on prétend être tirées du grec, assez précaire.

Longtemps avant Alexandre les communications entre l'Orient et l'Occident étaient tellement considérables qu'il n'est pas admissible que les moeurs et les langues des différents peuples se fussent conservées pures de tout mélange.

Il est prudent de recourir à des critères plus immédiatement certains. Celui qu'allègue de son côté M. Renan, examiné de prés, n'a pas une valeur décisive.

Assurément, comme le dit ce savant, Thirza n'a pu être citée comme elle l'est, après l'époque indiquée, puisque dès ce moment-là elle disparaît de l'histoire; mais elle a parfaitement pu l'être avant ce moment. Car qu'est-ce qui empêche qu'une ville soit citée pour sa beauté, avant de posséder le rang de capitale ?

Et même son élévation à cette dignité ne suppose-t-elle pas naturellement qu'elle se distinguait déjà auparavant par des avantages particuliers ?

Ainsi, lorsque les premiers souverains du royaume du Nord choisirent Thirza pour capitale du nouvel état, rang qu'elle conserva jusqu'aux temps d'Omri où elle fut détrônée par Samarie, il est probable que la raison de ce choix fut sa supériorité sur toutes les autres villes du territoire des Dix tribus.

Cela suffit pour justifier la parole du Cantique qui en fait, sous le rapport de la beauté, la rivale de Jérusalem. Le titre du Cantique, en attribuant cet écrit à Salomon, atteste sa composition à l'époque de ce roi. Et cette date nous paraît confirmée par plusieurs indices tirés du livre lui-même.

Le premier est celui que Delitzsch relève en ces termes : Le Cantique se meut dans les circonstances du temps de Salomon, avec une sûreté de coup d'oeil que l'on ne peut attendre que d'un poète contemporain de cette époque...
La description du palanquin et du lit de Salomon (3 : 6 à 10), celle de la tour de David (4 :4), les images empruntées à la tour d'ivoire et à celle du Liban (7 : 5), tout cela révèle un écrivain qui fut le témoin oculaire de la vie du grand roi.

Si notre interprétation, je ne dis pas des détails du Cantique, mais de l'ensemble du poème, renferme quelque vérité (et il me paraît que l'explication de l'énigme des deux vignes (8 : 11 et 2) peut difficilement permettre un doute à cet égard) la date de cet écrit est fixée par ce fait même.

Il est le monument de la commotion produite dans la conscience israélite par l'établissement de la royauté et par l'inféodation du peuple et de sa terre à ce pouvoir nouveau.

L'oeuvre de Samuel, de Saül et de David est évidemment récente. On l'avait d'abord saluée avec transport; mais, le premier moment passé, on commence à se rendre compte des conséquences de cette révolution et à chercher la solution des graves problèmes qu'elle soulève pour l'avenir de la nation.

Il n'y a aucune grande oeuvre soit lyrique, soit épique, soit dramatique qui ne soit le résultat d'une profonde secousse morale, le monument d'une grave préoccupation du temps. L'auteur crée pour son siècle et son siècle crée par lui.

Quant à l'auteur, ce ne saurait être sans raisons sérieuses que les vieux savants juifs, ces hommes érudits, qui, dans des questions relatives aux Ecritures canoniques surtout, n'agissaient pas étourdiment, ont attribué le Cantique à Salomon lui-même.

Cantique des cantiques, lequel est de Salomon : ce titre est d'autant plus remarquable qu'il semble jeter le défi au contenu du poème (surtout si l'interprétation d'Ewald ou la nôtre est la vraie).

Et néanmoins le fait est, que s'il y a un écrivain israélite auquel il appartint de mettre le grand roi en scène sous le jour sous lequel il apparaît dans ce drame, ce ne pouvait être que ce roi lui-même.

L'idée d'un opéra bouffon ou satirique, composé dans le royaume du Nord dans le but de stigmatiser Salomon et sa vie dissolue, tombe d'elle-même si notre explication de l'énigme des deux vignes et du Cantique en général a la moindre vérité.

D'autre part, un citoyen du royaume de Juda, ne se fût certes pas permis de donner à ce roi le rôle humiliant de rival malheureux. Les prophètes, malgré leur franc parler, entourent la grande figure de Salomon d'un respectueux silence.

Il ne reste donc qu'une supposition : Salomon, à l'apogée de son éclat, s'est contemplé lui-même du regard de cette sagesse supérieure dont il avait été rempli ; il a compris le piège qu'une royauté telle que la sienne allait tendre à la conscience israélite; et se plaçant en dehors et au-dessus de lui-même, avec cette objectivité qui est le trait des génies de premier ordre, il a présenté à Israël, dans ce tableau énigmatique, d'une part, l'image de ses relations normales avec Jéhovah, son roi invisible, de l'autre, celle des rapports critiques qu'il allait soutenir désormais avec la royauté visible si magnifiquement réalisée en sa personne.

La forme adoptée tient du jeu ; elle est conforme au tour d'esprit que nous avons constatée chez ce roi.

Le fond lui était fourni par la position d'Israël à ce moment décisif.

L'éveil fut sans doute donné à sa pensée par l'aventure amoureuse dont l'oeil d'un critique sagace a récemment discerné le fil presque imperceptible caché sous le riche feuillage du poème.

Nous savons deux choses de la jeunesse de Salomon ; l'une : que l'Eternel l'aima, ce qui lui fit donner par le prophète Nathan le nom de Jedidiah (de Jadid, bien-aimé, et Jah, abréviation de Jéhovah, 2 Samuel 12 : 25) ; l'autre : que Salomon aima l'Eternel (1 Rois 3 : 3).

Ces deux expressions sont tout à fait exceptionnelles dans l'Ancien Testament ; celui à qui elles s'appliquaient connut aussi malheureusement, d'une manière non moins exceptionnelle, le feu des passions terrestres.

Nul en Israël, par conséquent, ne fut plus propre que lui à décrire à la fois l'ardeur du sentiment religieux et la flamme de l'amour terrestre.

Il est remarquable encore que Salomon reçut deux fois en songe les communications immédiates de Jéhovah, exactement comme c'est dans le sommeil extatique que Sulamith possède à deux reprises la présence de son bien-aimé.

Les expressions par lesquelles Salomon invite dans le Cantique ses amis à prendre part au bonheur qu'il se promet : Mes amis, mangez, buvez; faites bonne chère, mes bien-aimés, ont un singulier rapport avec la description de l'état du peuple d'Israël sous le règne de Salomon dans les livres historiques : Et le peuple était en grand nombre comme le sable de la mer; et il mangeait et buvait et se réjouissait. (1 Rois 4 : 20)

Rappelons enfin une remarque très juste de Delitszch. Nul écrivain de l'Ancien Testament ne révèle une aussi fine observation et une connaissance aussi complète, que notre poète, de tous les objets de la nature, qu'il s'agisse des métaux, des plantes ou des animaux.

Ses comparaisons, empruntées à ces différents domaines, sont d'une justesse et d'une abondance extraordinaires. Ce genre de supériorité a toujours été rare en Israël.

Mais ce fut précisément, et au plus haut degré, le caractère distinctif de ce roi dont il est dit 1 Rois 4 :12 : Qu'il connaissait tous les arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope qui sort de la muraille, et qu'il savait discourir des bêtes des champs, des oiseaux, des reptiles et des poissons.

Telles sont quelques-unes des très solides raisons qui ont pu porter les vieux savants juifs à intituler le Cantique comme ils l'ont fait.

Mais est-il bien sûr, d'ailleurs, que le titre émane d'eux, et qu'il ne fit pas partie de l'écrit lui-même ? N'est-ce pas un usage reçu chez les poètes hébreux et arabes d'inscrire leur nom en tête de leurs ouvrages ?

Il est un fait qui me paraît prouver en tout cas l'existence et l'autorité du Cantique dans les temps les plus reculés ; c'est le passage d'Esaïe 5 : 1 et suivants.

Ce morceau commence par ces mots : Je chanterai maintenant pour mon ami le cantique de mon bien-aimé touchant sa vigne.

Cette vigne, chez le prophète, c'est Canaan, comme dans le Cantique. Le bien-aimé du prophète, c'est Jéhovah, comme dans le Cantique.

Il est même désigné par le terme complètement exceptionnel de Dodi, comme dans le Cantique. L'autre expression employée pour : mon ami, est Jedidi, le mot même qui entre dans la composition de Jedidiah, surnom de Salomon.

Enfin le nom de schir (cantique) est un dernier trait de rapprochement, d'autant plus remarquable que ce terme se trouve ici employé extraordinairement au milieu d'un recueil de prophéties.

Ces rapports ne sauraient être accidentels. La date reculée que nous attribuons à la composition du Cantique est donc confirmée par ce passage prophétique. Il est en tout cas antérieur au temps d'Esaïe.

Si ce poème est l'oeuvre de Salomon, quel est le moment de sa vie où il peut l'avoir composé ? Ce ne peut être dans sa première jeunesse.

Il est déjà fait allusion dans le Cantique à sa magnificence, à son luxe, à ses travaux d'art, et même à son sérail. Ce livre ne peut pas non plus appartenir à sa vieillesse.

L'accent en devrait être dans ce cas celui de la pénitence, le cri du Psaume 51 : Aie pitié de moi, ô Dieu des cieux !

C'était plutôt l'époque de sa vie où subsistaient encore en lui, dans toute leur fraîcheur, les ineffables impressions de sa jeunesse où son ardent amour pour Jéhovah se rencontrait avec celui de Jéhovah pour lui et où ce céleste ami lui était apparu dans des visions pleines de suavité et de tendresse.

Mais déjà il s'abandonnait aux voluptés terrestres, tout en conservant le souvenir des jouissances pures qu'il avait goûtées dans la communion de Jéhovah.

Et précisément dans cette position où son coeur balançait encore entre ces attraits contraires, il pouvait mieux que personne apprécier l'intensité de la lutte à laquelle Israël allait se trouver exposé et la lui représenter sous cette forme vivante et dramatique, que nous trouvons dans le Cantique.

On objectera que des vues aussi profondes sur l'avenir d'Israël et sur la personne et le règne du Messie, était chose impossible à l'époque de Salomon.

Mais David, dans ses Psaumes, n'avait-il pas ouvert déjà à la conscience israélite des perspectives analogues ? Et d'ailleurs l'on n'arrive pas à être le personnage le plus célèbre de l'univers, sans posséder en soi quelque chose d'exceptionnel.

Il y a, ce me semble, parmi les écrivains scripturaires, deux Sémites du sang le plus pur et de la trempe la plus prononcée ; coeurs ardents, passionnées, adonnés tout entiers à l'objet de leur amour, intelligences toutes d'intuition, esprits aussi prompts à s'élever du fait particulier à son principe qu'à concentrer l'absolu dans une image où ils l'incarnent, poètes-philosophes, philosophes-poètes.

Ce sont Salomon et Jean, deux âmes royales, deux esprits jumeaux, deux fils privilégiés de la Sagesse, qui, semblables au berger du Cantique, laissent un flot de myrrhe sur tout ce que leur main a touché.

Quand on est doué d'une semblable nature, on écrit l'hymne à la Sagesse (Proverbes 8) ou l'épopée du Verbe (Jean 1); on compose soit un Cantique des cantiques soit une Apocalypse.

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