L’humour de la Bible

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Type : Réflexion
Thème : La Bible
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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L'humour passe aujourd'hui pour l'un des signes privilégiés de l'équilibre psychique, pour un trait incontestable d'humanité. Des religions, on craint souvent qu'elles en manquent et il faut bien avouer que ce soupçon se trouve parfois cruellement confirmé. La Bible, qui fustige si souvent le rire des moqueurs, ne manque cependant pas de traits d'humour. Faute de place, on se contentera d'un seul exemple tiré de l'Ancien Testament.

Les récits offrent l'occasion de décrire des situations plus ou moins cocasses. Dans une société patriarcale comme celle de l'Orient ancien, où l'homme se juge de fait et de droit bien plus avisé que son épouse, l'histoire de la femme plus fine que son mari est un classique du genre. On en trouve plusieurs exemples dans l'Ancien Testament: Abigaïl et Nabal, Jézabel et Achab (sur un mode beaucoup plus tragique).

L'exemple le plus savoureux est certainement celui des parents de Samson (Juges 13). Un ange annonce à la femme, stérile jusqu'alors, qu'elle va donner naissance à un garçon et lui donne des instructions particulières à respecter avant et après la naissance de l'enfant. Le mari, à l'ouïe de cette bonne nouvelle, se montre plutôt méfiant. Il prie pour que «l'homme de Dieu» revienne donner ses directives. Manoah, à l'évidence, ne fait confiance à son épouse ni pour identifier le visiteur qui, disait-elle, «ressemblait à un ange», ni pour restituer les consignes reçues: il lui faut voir et entendre tout par lui-même.

Dieu ne lui en tient pas rigueur. L'ange revient, mais, comme par hasard, c'est encore à la femme qu'il se présente et alors qu'elle est encore seule. Heureusement, son mari n'est pas trop loin. Elle court le prévenir et le voici qui s'adresse directement à l'ange pour lui poser ses questions. La première confirme l'épaisseur du personnage, il interpelle le messager céleste comme s'il avait affaire à un simple quidam: «Est-ce bien toi qui a parlé l'autre jour à cette femme?» Il lui demande ensuite quelles seront les règles à observer. L'ange lui répète mot pour mot ce qu'il avait dit précédemment à la femme et il conclut, pince sans rire: «elle devra faire tout ce que je lui ai dit», ce qui rappelle discrètement que les consignes ont déjà été données et confirme que la démarche de Manoah était superflue.

La fin de la visite de l'ange donnera encore l'occasion de vérifier que le mari est décidément beaucoup moins futé qu'il ne le croit. Alors que Manoah offre en holocauste le chevreau dont il pensait d'abord pouvoir régaler son bienfaiteur, celui-ci disparaît dans la flamme qui monte vers le ciel. Enfin convaincu par ce miracle impressionnant qu'il avait affaire à un messager céleste - ce que sa femme lui laissait entendre dès le début - Manoah est proprement terrorisé, convaincu qu'il va mourir parce qu'il a vu Dieu. C'est sa femme qui doit le ramener à la raison par cette déduction fort simple et rassurante: Si Dieu avait voulu les faire mourir, aurait-il accepté leur offrande? Et surtout leur aurait-il annoncé la naissance d'un enfant?

L'humour qui se dégage du récit est discret, à la différence de l'analyse trop explicite que l'on vient d'en faire. L'auteur ne prive pas le lecteur du plaisir de la découverte. Discret, cet humour est aussi bienveillant. C'est une forme de tendresse qu'il respire et inspire envers ce pauvre Manoah. Il est vrai qu'en d'autres occasions, les auteurs bibliques se montrent capables d'un humour plus mordant. Qu'on ne prenne donc pas ce seul exemple comme résumé de la riche diversité de l'humour biblique! Qu'il donne au moins au lecteur le goût d'en découvrir davantage!

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