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Maladie, mort, deuil et amour

Texte
Auteur :
Type de texte : Témoignages
Thème : La mort
Source : Lueur, www.lueur.org

Je m’appelle Chrislaine, j’ai 2 enfants, mon mari est décédé en Avril 1999.
Mon témoignage sera grave, sur la maladie, la mort, le deuil mais aussi c’est un témoignage d’amour, d’espérance au-delà de la souffrance physique et sa décrépitude, au delà de la froide pierre tombale qui n’est pas humaine.

Tout d’abord je voudrais rendre hommage à Keat mon époux.
Voici un portrait brossé non par des pinceaux mais par des mots qu’un collègue de travail a écrit à ceux qui l’ont connu et qui le reconnaîtront.

" Keat, ton sourire légendaire, ta bonne humeur, ta présence et la manière que tu avais de nous aider à prendre de la distance face à nos difficultés passagères. Tu avais toujours une citation peut-être de toi le philosophe et le doux rêveur pour nous montrer que l’on ne doit pas se laisser submerger par des problèmes sans importance car il y a toujours quelque chose de bien plus important, c’est la vie. Tu étais toujours là pour nous dire que malgré les embûches, la vie est belle et qu’il faut la vivre pleinement. Keat, toi le collègue, mais surtout l’ami, ton absence pendant ces 5 mois, ta place vide conduisaient sans cesse nos pensées et nos conversations vers toi, mais ton calme à l’hôpital et la sérénité qui apparaissait sur ton visage nous donnait une vraie leçon de courage"
En 1976, Keat d’origine chinoise, né au Cambodge est arrivé en France comme réfugié politique avec ses 2 valises pour tout héritage de son passé et de sa famille. Il recommençait sa vie à zéro mais dans ses modestes bagages il emmenait un bien précieux : Jésus, car il était devenu chrétien.
Je l’ai rencontré à Paris en 1979. Pendant vingt ans nous avons vécu une vie de famille qui s’est agrandie avec l’arrivée de chacun des deux enfants.

La maladie, on croit toujours que c’est pour les autres mais un jour elle est venue frapper à notre porte. En Octobre 1998, Keat se sentait très fatigué et se plaignait de douleurs dans l’abdomen. Le diagnostic du médecin est tombé comme un couperet : 2 hépatites et le foie très abîmé. Keat s’est fait opéré en Décembre 1998 à Villejuif. L’opération s’est bien passée, malheureusement il y a eu des complications par la suite.
Il a passé sa convalescence à Angers de Janvier à Février et au mois de Mars 1999, il est rentré à la maison.
Pendant ces 6 mois de lutte où le ciel semblait être tombé sur nos têtes, nous vivions hors du temps, de l’espace.
Malgré tout, Dieu était là à nos cotés, nous avons expérimenté sa grâce et sa présence.
Chaque jour nous priions et Keat remerciait Dieu du jour qu’il vivait, sachant bien qu’il arrivait au bout de sa vie.
Nous baignions dans une paix surnaturelle malgré la gravité de la situation comme si Dieu nous disait "ne vous inquiétez pas vous n’êtes pas seuls".
Je voudrais remercier tous les frères et soeurs de cette Eglise d’Angers qui nous ont aidé par la prière, par des témoignages d’amitié. Cela a contribué à nous maintenir debout.
Toutes les prières nous enveloppaient d’un nuage non palpable que j’ai du mal à décrire mais la présence de Dieu nous protégeait quoiqu’il arrive.

Lorsque Keat est arrivé en Mars, il était heureux de se retrouver à la maison, mais bien vite, il était de plus en plus faible. Son dos lui faisait de plus en plus mal mais jamais il n’a gémit ou ne s’est apitoyé sur sa propre souffrance.
Il faisait confiance en ce Dieu qui s’est fait homme, en envoyant son fils bien aimé sur la terre, Jésus qui a connu lui aussi la souffrance sur la croix.
Keat n’avait pas peur de la mort, son esprit était serein, il savait que Jésus l’entourait de ses bras, de son Amour. Jésus a vaincu la mort, Il est ressuscité, Il ne l’abandonnerait pas.
Keat a su accepter avec humilité et foi le choix que Dieu faisait pour Lui.

Pendant ce mois de Mars, j’ai appris beaucoup de choses. Tout d’abord de ne pas vivre dans le passé, c’est le monde des regrets qui ronge, de ne pas vivre non plus dans l’avenir, il ne nous appartient pas. Mais vivre dans le monde présent qui nous appartient.
Les derniers jours, Keat remerciait Dieu du jour qu’il vivait. C’est vrai que c’est un cadeau que l’on oublie souvent. Nous sommes rongés par le lot de soucis, de travail, on a souvent un regard blasé.
Il faut savoir regarder autour de soi, apprécier ceux que l’on aime, son époux, son épouse, ses enfants, ses parents, ses amis, ses collègues, les regarder d’un autre oeil, les apprécier pour leur qualité, leur façon d’être, la voix, le visage qui sont uniques mais pas immortels.
Pendant ce mois de Mars, mes enfants et moi nous avons regardé vivre Keat, nous avons appris à vivre au présent.

Vivre 20 ans ensemble, ce n’est pas toujours facile. Parfois il y a des conflits comme dans tous les couples.
Pendant ce mois de Mars, j’ai appris l’importance du pardon, j’ai demandé pardon à Keat des offenses que j’ai pu lui faire et il m’a demandé la réciprocité. Le pardon c’est quelque chose de surnaturel qui coupe les tensions, des liens, des cordes disparaissent. L’Amour de Dieu envahit les rancoeurs, les vengeances, la culpabilité et rétablit la sérénité.
S’il vous plaît si vous avez nuit à quelqu’un, allez lui dire pardon tout de suite, n’attendez pas que la personne soit disparue, c’est trop tard.

Début Avril, Keat a éteint ses yeux sur ce monde. Je me suis retrouvé seule avec mes deux fils. Comment ont-ils réagis ?
J’ai été étonné par l’attitude des deux. Il n’y a pas eu de révolte, il y a eu évidemment beaucoup de chagrin mais pas un épuisement à chercher pourquoi ?
La force et la foi de leur père ont été un exemple pour eux. Dieu était présent là aussi. Ils ont expérimenté la paix qui surpasse toute intelligence décrite dans la Bible dans Ph 4.7. Si notre intelligence est dépassée par le malheur qui nous frappe, la paix de Dieu surpasse même cette incompréhension.
A cette époque, Jonathan était en terminale, en Avril son papa n’était plus là et en Juin il y avait le Baccalauréat. Il l’a eu avec la mention très bien ce qui lui a permis d’entrer directement à Sciences politiques à Rennes. Il a retenu les leçons de son père qui était un battant : il faut aller de l’avant. Spirituellement il a vu que Dieu l’a aidé et lui a ouvert des portes qu’il ne pensait pas voir s’ouvrir.
Un de nos fils, du haut de ses 7 ans, a montré un grand courage et une grande sagesse. Il a vu son papa très malade mais toujours digne, il a compris qu’un jour chacun doit mourir. Ce qui était important c’était de faire confiance en Dieu qui nous aide et qui nous apporte la consolation. Son papa a déménagé, il est au ciel dans la demeure de Jésus.

J’étais devenue veuve. Il faut s’habituer à cela et vivre différemment, trouver de nouveaux points de repères.
Il faut faire face à beaucoup de choses, tous les papiers administratifs, tous les dossiers à remplir.
Il faut faire face au chagrin, au vide dans la tête, aux souvenirs qui reviennent à la surface. Lorsque je passais dans un endroit qui me rappelait Keat, c’était comme l’air d’une boite à musique que l’on a aimé lorsqu’on était enfant mais la boite à musique est détraquée. La musique si douce devient entêtante, omniprésente, occupe les moindres recoins de la pensée.
Le deuil, c’est prendre conscience du jamais plus, l’impossibilité de revenir en arrière après le départ d’un être aimé.
Le mot pourquoi ? avec un grand point d’interrogation veut être prioritaire de tous les autres. C’est là qu’il faut se souvenir que Dieu est présent. Il nous donne des armes, il faut oser s’en saisir.

La première arme, c’est la prière.

La prière c’est ne pas s’enfermer à double tour dans sa révolte, ne regarder que son nombril et porter tout le poids sur ses épaules.
La prière c’est lever les yeux au ciel vers un Dieu qui n’est pas de pierre, qui ne demande qu’à entrer dans notre coeur.
La prière c’est lever les mains vers ce Dieu qui a voulu se rapprocher des hommes. Il n’a pas hésité à donner son fils bien aimé Jésus jusqu’au sacrifice sur la croix. Par cet acte Il a vaincu la souffrance, la mort, Il est ressuscité. Cela je le crois. Jésus peut comprendre la souffrance, la détresse, Il veut porter tous nos fardeaux.
La prière, c’est laisser agir Jésus en soi, ce n’est pas compter sur ces propres forces.
La prière c’est savoir que :
- Je suis fini, mais Jésus est infini
- Je suis mortel mais Il est immortel
- Je suis rempli d’impossibilité, Il est rempli de possibilité.
La prière c’est faire silence dans sa chambre.
Même si on a froid partout, même si on n'a plus de force, c’est murmurer : "Je suis fatiguée, tout me dépasse, je n’en peux plus, j’arrive devant Toi pour Te rencontrer".
Dans ce silence qui était glacial auparavant, il se passe quelque chose, l’instant devient lumineux, la grande paix de Dieu arrive avec sa chaleur, les idées qui couraient dans tous les sens se calment, Dieu arrive, me comble de son Amour, de sa Paix. Il m’aide à supporter le vide, la solitude, les soucis. Cette consolation surnaturelle vient de Dieu le Père, de Jésus la résurrection et la vie.
Cet amour me construit, donne un sens à ce qui s’est passé. C’est comme ci Dieu me disait : "ne crains rien, Je tiens en main les événements".
Je suis prête à retourner dans le monde avec un capital d’énergie qui vient de Dieu.
Par ma foi, Dieu va construire sa vie en moi. Je sais qu’il sera prés de moi tout au long de la journée. Chaque rencontre, chaque moment, Il les oriente, les dynamise.

La deuxième arme, c’est la lecture de la Bible.

La Bible, ce n’est pas seulement une description de faits d’autrefois, c’est la vérité de Dieu qui s’exprime aussi dans les faits de notre temps. Tel fait arrivé hier se reproduit aujourd’hui.
La lecture quotidienne de la Bible est une aide que Dieu nous donne pour résoudre nos problèmes et c’est aussi un pain de vie pour satisfaire la faim que l’on ressent au fond de soi.
Il y a une condition : c’est que Dieu parle par sa parole à ceux qui écoutent avec leur coeur.
Comment cela se passe ? En lisant quotidiennement la Bible, un passage en particulier semble forcer l’attention et correspond à notre situation, à nos préoccupations. Paroles phares qui s’illuminent
Même si on a lu plusieurs fois les mêmes textes, tout d’un coup ils rayonnent d’une signification nouvelle. Je vais vous donner deux exemples :

Le premier :
Lorsque Keat était malade, j’avais très peur de manquer d’argent, je travaille comme animatrice de vente dans les grands magasins mais pas régulièrement. La peur du manque me tenaillait, m’oppressait. En lisant la Bible, un verset s’est mis en relief, évident comme si Dieu me parlait personnellement, c’est dans Lc 12.22-31 : Ne vous inquiétez pas au sujet de la nourriture dont vous avez besoin pour vivre, au sujet des vêtements dont vous avez besoin car la vie est plus importante que la nourriture et le corps plus important que les vêtements ; regardez les fleurs des champs, elles ne travaillent ni ne tissent. Comme votre foi est petite. Ne vous tourmentez pas à chercher ce que vous allez manger et boire. Ce sont les païens de ce monde qui cherchent cela. Mais vous, vous avez un père qui sait ce dont vous avez besoin. Préoccupez-vous plutôt du royaume de Dieu et il vous accordera aussi le reste.
Cela a été une révélation pour moi. Ce verset phare, je l’ai écouté, retourné dans ma tête et accepté.
Je vous l’affirme, jusqu’à maintenant je n’ai manqué de rien. Dieu prends soin de la veuve et des orphelins.

2ème exemple :
Lorsque Keat était malade, un frère est venu prier avec nous et il m’avait donné un verset qu’il avait reçu pour moi. Je l’ai mis de coté. Après le décès de Keat, j’ai utilisé sa Bible. Mon époux avait l’habitude de recopier des versets qu’il trouvait important sur des petits papiers et de les glisser dans sa Bible. J’y ai retrouvé soigneusement plié et souligné le même verset que celui que j’avais reçu. C’était là encore une révélation, une confirmation de ce que je devais faire de ma vie, c’était comme un testament de la part de Keat.
Voici ce verset : Mais je continue à avancer pour m’efforcer de saisir le prix de la course car Jésus m’a déjà saisi, j’oublie ce qui est derrière moi et m’efforce d’atteindre ce qui est devant moi (Ph 3.12).
Je devais continuer à vivre et à avancer.
Regarder toujours en arrière n’est pas la solution. Il faut avancer dans la vie.
J’ignore ce que sera l’avenir mais je fais confiance en Dieu, il connaît le but.

La troisième arme, c’est l’église

La troisième arme que Dieu nous donne c’est d’aller régulièrement dans une église, participer à un groupe de maison.
S’isoler, et rester dans de sombres pensées n’aide pas. Faire partie d’une église, c’est rencontrer des frères et soeurs, c’est prier ensemble, c’est s’aider, se fortifier mutuellement. C’est une grande richesse.

Je voudrais terminer par une image décrite par le pasteur Pujol : Le livre de la vie ressemble à une tapisserie.
Dieu le tapissier y place notre fil à la place et pendant le temps que Lui même déterminera. Chacun est inscrit dans l’histoire de l’humanité, personne ne peut voir cette tapisserie dans sa globalité ce n’est qu’à la fin lorsque celle-ci sera achevée que l’on pourra voir l’ensemble du tapis, la grande fresque de l’humanité et quels rôles y ont joué notre vie, nos souffrances et la vie de nos bien-aimés disparus.

Je me sens bien trop petite pour me permettre de juger Dieu, mon intelligence est limitée, je ne peux pas accéder dans les secrets divins mais je sais que Dieu est grand et puissant, Il prend des décisions qui dépassent ma compréhension mais je lui fais confiance.
Le Dieu auquel je crois est un père plein de tendresse qui a aimé Keat et qui m’aime même si la séparation est difficile à supporter.
Il a été d’un immense réconfort pour mon époux comme pour moi.

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