Faut-il avoir peur de la psychanalyse ?

2. Freud, la psychanalyse et les idées reçues

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Type : Dossier
Thème : Santé & Psychologie
Source : Aimer & Servir   
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Faut-il avoir peur de la psychanalyse ?
  2. Freud, la psychanalyse et les idées reçues
  3. Limites pratiques de la psychanalyse classique et solutions de rechange
  4. Le corps, la médecine et le sens, une rencontre nécessaire : l'anorexie mentale

L'inconscient

La psychanalyse inquiète par la prétention qui lui est prêtée, de révéler certaines réalités cachées de l'être humain et par là d'expliquer les différents aspects de la civilisation.

Avant Freud, bien des philosophes ou des moralistes avaient eu l'intuition d'un inconscient, c'est à dire d'une partie de l'âme obscure à elle-même. Ainsi La Rochefoucault dénonçait notre aveuglement à percevoir les véritables mobiles de nos actions.

Des philosophes plus optimistes ont pensé qu'à force d'application, par l'introspection par exemple, il était possible d'éclairer ces régions sombres de l'âme. Ensuite, avec un effort de volonté, il devenait possible d'agir de façon honnête si on le souhaitait. C'était sous-estimer la force du désir et surestimer les possibilités d'accéder à l'inconscient .

Bien longtemps auparavant, l'apôtre Paul avait constaté qu'une force en lui le poussait à agir contrairement à son désir de bien faire. "Je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas"... (Romains 7/19). Des forces cachées en lui se substituaient à sa volonté. Il ne pouvait qu'en constater les effets déplorables. Mais il avait compris que cet aspect de sa nature (la loi du péché) ne lui était plus imputé (Romains 8,1-2) et que des désirs nouveaux pouvaient se substituer aux anciens afin que l'être régénéré produise de meilleurs fruits (la vie de l'Esprit : Romains 8,14), non sans lutte. Il n'en reste pas moins que les "désirs de la chair" opèrent dans l'ombre et doivent être repérés pour éviter les surprises. Il y a donc là un aspect constitutif de la nature humaine, source d'illusions et de conflits. Conflits entre le vouloir et le faire, illusions sur le rôle de la volonté et de la transparence à soi-même.

Parler de l'inconscient n'est donc pas spécialement original. Mais Freud a pu établir trois choses :

La première c'est que l'inconscient est bel et bien inconscient, c'est à dire inaccessible à tout effort direct d'introspection.

La seconde constatation c'est que l'inconscient joue un rôle actif et incontrôlé dans le comportement quotidien. L'étiologie des psychonévroses autrefois incompréhensible, s'expliquerait de cette façon.

La troisième constatation c'est qu'une partie de l'inconscient, celle qui intéresse la pathologie, est constituée d'images et de sentiments remisés là, parce qu'ils ont été jugés indésirables à certaines époques précoces de la vie. Cette réclusion inconsciente ne relève pas de la notion de "bien" et de "mal". Il s'agit de mesures opportunistes et personnelles.

La psychanalyse ne s'intéresse donc pas à l'inconscient en tant que tel, mais à cette partie active responsable des comportements bizarres et des actions incontrôlées. Les idées de Freud ont pu paraître choquantes à beaucoup de gens. Cette extrême méfiance, voire le rejet catégorique ou sceptique de certains, peut être expliquée à l'aide de deux facteurs évidents : la crudité apparente des formulations de Freud et assez souvent l'ambition démesurée de la valeur explicative de son système. Ce sont des critiques de portée fort limitée car les descriptions cliniques et le réalisme des représentations mentales exigent autre chose que des termes vagues ou des métaphores convenues pour être intelligibles.

Il paraissait par contre important que l'univers des instincts, la sexualité et la violence puissent être mis en lumière avant d'être contrôlées. Seule la conspiration du silence et de l'ombre entretient leur tyrannie...

Un excès d'optimisme ?

Un peu éblouis par leur découverte, Freud et bon nombre de ses disciples, surtout parmi les premiers, ont pensé tenir enfin une théorie explicative, non seulement des troubles mentaux mais du fonctionnement même de la pensée à travers ses productions culturelles dont la religion est un aspect. Toute pensée, toute expression, toute culture n'étaient que l'expression du désir et de l'imaginaire de l'homme. On voit l'aspect réducteur et purement hypothétique d'une telle position.

Ces tentatives de Freud de reformuler la genèse de la société (Totem et tabou) et de réécrire à sa façon l'histoire du peuple juif (Moïse et le monothéisme) ont fortement contribué dans l'esprit de certains à discréditer la psychanalyse. Mais il faut prendre ces essais pour ce qu'ils sont : une application de la psychanalyse, c'est à dire son utilisation hors du champ où elle s'était définie et qui la légitimait. Le tort, de Freud est de s'être enthousiasmé pour son oeuvre, comme le sculpteur de jadis s'était épris de sa statue, ou comme l'artisan qu'un prophète biblique raillait de s'être taillé un dieu dans son bois de construction voire dans son bois de chauffage.

La psychanalyse n'est évidemment pas la réponse à toutes les questions de l'existence, Freud était le premier à l'affirmer en dépit de sa tentation à l'utiliser comme clé de la connaissance. Qu'il suffise donc à sa découverte d'être un bon outil, pour l'heure un outil irremplaçable de déchiffrage des comportements humains.

Une révolution culturelle

Bien souvent on attribue à la psychanalyse une détérioration évidente des moeurs. En fait, les choses sont plus simples et différentes. La désagrégation de l'organisation sociale que nous observons depuis quelques générations est d'abord la conséquence du développement accéléré de la vie urbaine, lui-même produit par le progrès des machines. Il serait ingénu de vouloir attribuer un changement social ou moral aux seules idées. A la limite, celles-ci formalisent les changements intercurrents, même si elles paraissent de temps à autre les provoquer, donnant à l'homme l'illusion éphémère de maîtriser son destin, alors qu'il est déjà depuis longtemps l'esclave de ses choix malheureux. Outre la nouveauté des formulations psychanalytiques, et parfois les ambitions démesurées du système que nous avons évoquées, il y avait, et il s'ajoutait, un rejet en raison des habitudes sociologiques. Jusqu'au début du siècle, il était admis de ne recevoir conseil et aide en cas de difficultés sérieuses que de trois sortes de personnages censés savoir : le prêtre, le maître d'école et le médecin. Le premier était compétent pour l'âme, conception assez vague d'ailleurs, le second pour une vision autorisée et traditionnelle du monde, les deux plus ou moins complices selon les époques. Enfin le médecin avait la haute main sur le corps et ses maladies. S'il arrivait que toutes ces autorités reconnues fussent un peu dépassées, il restait encore la ressource du guérisseur et de l'astrologue. Ces derniers rejetés dans l'ombre par la culture officielle, ne pouvaient être que discrètement consultés.

Or la science et la pensée dite "positive" quasi divinisées avaient en cette fin du 19e siècle fait leur oeuvre de raison et imposé leur loi. Pour certains l'autorité du prêtre était devenue suspecte, le médecin se sentait limité aux affirmations vérifiables par l'expérimentation.

"La psychanalyse n'est évidemment pas la réponse à toutes les questions de l'existence."

Le maître d'école enseignait les lois intangibles de la table de multiplication et les vertus promues par l'ordre républicain ou étatique. Cependant chacun se cramponnait à sa vérité et veillait sur son territoire. Il n'y avait dans tout cela aucune place pour la déraison qui n'intéressait que les philosophes, les poètes ou les fous, car elle échappait aux catégories officielles de la connaissance.

Freud s'est obstiné à vouloir trouver du sens à ce qui semblait le non-sens. Il arrivait à point pour explorer à sa façon un champ que la culture avait d'un commun accord décidé d'ignorer. Aussi était-il conduit à dire des choses qui n'étaient "écrites sur les tablettes" de personne, pour emprunter à Molière, ni du prêtre, ni du médecin, ni du maître d'école. Pourtant l'homme avait un inconscient et il était bien souvent mû par ses instincts, que les interdictions et la raison avaient beaucoup de mal à contenir, ce qui à la limite le rendait fou. Ainsi l'insistance de Freud conduisait, bon gré mal gré, à élaborer une anthropologie plus rigoureuse.

De la connaissance

On peut dire qu'il y a trois niveaux de connaissance de soi-même. Une connaissance intellectuelle sans beaucoup de conséquences sur le comportement. L'épître de Jacques la critique par cette image : "Se regarder dans un miroir et oublier qui on est". Une seconde forme de connaissance consiste à prendre conscience par des moyens appropriés de ce qui a été repoussé dans l'inconscient, ce qui revient à reconnaître et à accepter toute sa personnalité. C'est la démarche psychanalytique. Enfin le troisième niveau de connaissance est d'accepter sa propre réalité comme Dieu la voit et nous la fait voir par son Esprit. Cette dernière étape peut fort bien succéder à la précédente, qui a apporté une plus grande lumière (ou disons moins de mauvaise foi) sur la personnalité naturelle, ou psychique, ou psychologique, selon le contexte de référence.

Il est clair que l'investigation et l'aide psychologique classiques ignorent cette troisième étape que maints psychothérapeutes peuvent considérer comme inutile ou folle, s'ils sont incroyants, et la réduire à la seule dimension psychologique officielle.

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