La psychothérapie et la personne

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Type : Dossier
Thème : Santé & Psychologie
Source : Aimer & Servir   
Publié sur Lueur le
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L'évocation du passé

Quelques psychologues et certains chrétiens sont opposés aux concepts et à la démarche psychanalytique. Ils pensent par exemple que "si Dieu n'a pas révélé à Paul le travail de l'inconscient c'est que ce n'était pas nécessaire, bien que la Bible n'ignore pas l'inconscient; mais elle ne dit jamais qu'il faille le faire remonter à la conscience". La recherche des souvenirs est considérée comme un exercice malsain qui occuperait l'esprit de choses honteuses et de soi même.

Qu'apporte donc l'investigation des choses cachées, oubliées, refoulées comme on dit ? C'est en fait dévoiler les attitudes de mauvaise foi qui feignent d'ignorer les pulsions dangereuses et ferment les yeux sur les fantasmes interdits... pour mieux les garder intacts peut-être ? Ne pas voir ne suffit pas à annuler le problème : le refus de savoir pour ne pas changer.

Par une parabole, Nathan montre à David ce qu'il se cache, ou ne veut pas s'avouer avec la clarté voulue. David connaît les faits, le meurtre indirect et camouflé d'Urie dont il s'approprie la femme, mais il refuse la culpabilité de l'acte (refoulée) qu'il perçoit comme un malaise diffus et lancinant, malgré le secret presque complet qui a entouré l'affaire. L'intervention de Nathan le conduit à l'aveu, c'est à dire à une prise de conscience puis à la repentance et au pardon (Psaumes 32 et 51). Tout un cheminement a été nécessaire. Avant le 'je t'ai fait connaître mon péché" (Psaume 32/5), il y a eu un travail de dévoilement après le malaise physique et moral, symptôme de ce qui était caché et en partie refoulé.

Il ne peut pas y avoir de guérison sans repentance, de repentance sans aveu, pas d'aveu sans prise de conscience de la chose cachée avec l'aide d'un tiers, ici, Nathan. Le moyen utilisé par ce dernier, une parabole, n'a été possible que parce qu'il avait eu connaissance de la situation. Ce moyen détourné permet à David de revivre toutes les émotions liées à son acte auto accusation, culpabilité et angoisse, de les exprimer en paroles pour enfin se les réapproprier de façon consciente. Dans un second temps, la présence, la fonction et le discours de Nathan permettent de placer l'affaire dans un autre contexte, le domaine spirituel c'est à dire la présence de Dieu où repentance et pardon prennent un sens. Il est clair que la confession en vue de la repentance nécessite un retour au passé et surtout une élucidation des désirs et des choix qui fondent le moi responsable. Il y a en effet une différence considérable entre la simple énumération de ses propres actes, tels que la mémoire en garde le souvenir et l'aveu du moi responsable. "J'ai péché contre le ciel et contre toi" comme dira le fils prodigue.

Le pénitent revit non seulement l'acte mais aussi les désirs, les choix et les émotions qui ont abouti à l'acte indésirable. Il y a comme une reviviscence du passé avec la totalité et la complexité des images et des émotions qu'il recèle. A ce prix le moi retrouve son unité et sa dignité. La vraie confession nécessite donc un retour en arrière et une évocation du passé.

Avec quelqu'un...

Le rôle du témoin, ou conseiller, ou thérapeute, est important car il est ce personnage impartial que le pénitent ne peut plus être. Mais objecte-t-on parfois, de quel droit ces personnages peuvent ils s'immiscer dans l'intimité d'un individu ? C'est une question souvent posée par les adversaires de la psychothérapie. En effet ces derniers imaginent le travail de psychothérapie comme une investigation policière empressée de démasquer un coupable. Le thérapeute serait un accusateur impitoyable et importun à moins que, trahissant la "loi" il n'incite le patient à assouvir ses instincts (ce qui hélas peut se produire, lorsque le thérapeute, par négligence ou incompétence sort de son rôle de neutralité). Accusateur, ou bien tentateur et complice, on voit quelles intentions sont assez souvent prêtées au thérapeute et de quelles alliances il est soupçonn'.

Il va sans dire que la règle de libre association chère aux psychanalystes, protège déjà d'une investigation systématique. Même quand il y a questionnement, c'est en général pour amener la personne à préciser certains aspects de son propre récit et l'aider à vaincre les hésitations à achever l'aveu qu'elle a de son plein gré entrepris. Disons enfin que le thérapeute s'interdit tout jugement et l'annonce au début des entretiens. Cette, précaution, si elle est respectée permet ensuite de montrer de quel côté se situe le jugement lorsqu'une atmosphère d'accusation apparaît. A tort ou à raison le patient se juge lui même.

La thérapie oeuvre à amener un patient à s'assumer comme responsable de ses désirs et de ses choix, bref de sa vie. Le jugement qu'il portera dès lors sur lui même sera celui du système de valeurs qu'il connaît et qu'il accepte ou éventuellement un autre qu'il recherche plus ou moins confusément. Les questions adressées à Adam dans la Genèse ne sont pas autre chose. Elles n'ont pas d'autre but que de conduire l'homme à devenir sujet, c'est à dire responsable de ses désirs, de ses choix et de ses engagements.

Reprocher à un thérapeute normal de s'immiscer dans l'intimité d'une personne suggère à la fois une méconnaissance des buts et des méthodes utilisées. C'est aussi, mais bien plus inconsciemment, partager avec le patient la crainte de découvrir la vérité intérieure cause d'humiliation ou de honte. En outre la lumière et le dévoilement sont souvent perçus comme une agression ou un viol. Effectivement un psychothérapeute inexpérimenté peut faire preuve d'impatience ou de curiosité inopportune qui peuvent être ressenties comme une menace. A l'inverse, une crainte trop évidente de savoir, une pudeur excessive, peuvent être ressenties comme une censure ou comme le rejet de choses trop honteuses ou trop scandaleuses pour être dites. C'est comme si le thérapeute incitait le patient à s'identifier à Adam et l'encourageait implicitement à se cacher. Le processus de guérison peut évidemment s'en trouver retardé ou compromis.

De l'utilité de la souffrance.

Une autre objection souvent entendue est que la psychothérapie procurerait un allègement de la souffrance alors que l'homme ne devrait la trouver qu'en Dieu, dans la rédemption et le pardon des péchés. La souffrance serait alors un chemin nécessaire à la rencontre de Dieu. La chose est bien possible dans certains cas. La souffrance du chrétien peut être effectivement une école de soumission et de foi. Mais ce ne saurait être une règle. Cette crainte s'accompagne d'une autre objection, celle de contrecarrer le travail de l'Esprit et de proposer une guérison humaine à la place d'une guérison divine, qui est une guérison totale de la personne. Ou bien conversion ou bien rien. Une telle perspective peut avoir une apparence de vertu dans son exigence absolue. Elle ne correspond pas toutefois à l'enseignement de l'Ecriture qui n'offre pas de doctrine radicale de ce genre. Il s'agit d'une reconstruction. Bien des gens se sont convertis sans traverser de souffrance particulière. Les apôtres par exemple ont été appelés au sein d'une vie ordinaire, apparemment réussie, qu'ils fussent pêcheurs ou banquier percepteur. Ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient au fond parfaitement heureux de leur sort, sinon ils n'auraient pas si spontanément répondu à l'appel.

Si la souffrance psychique était la voie royale de la rencontre de Dieu, les hôpitaux psychiatriques serait des pépinières d'élus, ce qui n'est pas le cas. Le plus souvent les chrétiens atteints de troubles psychiques se servent de leurs misères pour éluder leur responsabilité, ce qui entrave une meilleure appropriation de la foi. Enfin Jésus a tout à fait accepté de guérir des corps et des âmes sans qu'il y ait en échange un engagement à le suivre. Neuf lépreux sur dix semblent avoir reçu la guérison sans davantage d'interrogation. Un seul a voulu aller plus loin et lier sa guérison à une rencontre avec son guérisseur encore inconnu.

Il n'y a donc qu'une toute petite part de vérité dans la nécessité de la souffrance et dans l'idée de considérer son soulagement comme une entrave au travail de l'Esprit. Par contre, n'y aurait il pas dans cette attitude un discret manque d'amour, peut être même de la cruauté (inconsciente bien sûr !), ou plus exactement une méconnaissance de la grâce, ce qui est habituel à l'esprit humain ?

Les ambiguïtés du moi.

Une autre réserve parfois exprimée est que la psychothérapie renforcerait le moi, l'ego, au sens banal du terme, alors que la démarche spirituelle viserait à l'abandon du moi, "crucifié avec Christ". Là encore, il y a une confusion dans les termes et concernant la démarche psychothérapique. Le "moi" que souhaite renforcer la psychothérapie n'est pas le moi personne, tel qu'habituellement l'entend la pensée commune. Ce que les psychothérapeutes désignent par "moi", c'est la partie responsable du moi personne. Le moi personne inclut beaucoup de choses : toute la famille des instincts agressifs, désirants et jouisseurs de même que la panoplie des modèles et des interdictions que chacun s'est fabriqué à partir des normes familiales et sociales. Au milieu de tout cela se trouve le moi fonction, ou moi instance, sorte d'arbitre bien ballotté entre des tendances contradictoires. Comme un chef d'Etat contesté par ses sujets il fait souvent piètre figure, en sorte que le moi personne porte les couleurs de la faction dominante, que ce soit les débordements de l'instinct ou au contraire la tyrannie d'interdictions tatillonnes.

Il n'y a alors aucune réelle liberté de choix ni vraie responsabilité, le moi instance malmené sollicite alors le secours d'une aide extérieure qu'apporte la psychothérapie, afin d'améliorer son assise et de favoriser au delà des conflits intérieurs, une meilleure organisation du moi personne. Il est évident que cet humble travail de construction du moi fonction qui permet ensuite la restauration de l'équilibre, ne répond aucunement aux grandes interrogations sur le sens de la vie, son origine et sa finalité. Interrogations qui expriment "la pensée d'éternité inscrite au coeur de l'homme" (cf Ecclésiaste 3/11) et auxquelles s'adresse l'annonce de l'Evangile.

La psychothérapie n'étanche donc aucunement ce besoin. Elle se contente de réparer. C'est une relation d'aide homme à homme, l'aide du Samaritain à l'homme maltraité par la vie. Mais le Samaritain n'est pas l'aubergiste, il n'assure aucunement la suite sinon l'essentiel et l'urgent seulement pendant une courte période. Osons une autre image. Le psychothérapeute oeuvre un peu comme le mécanicien qui répare la voiture mais n'assure pas la qualité des destinations et des voyages qu'elle entreprendra dans la suite. Tout au plus peut il donner des conseils sur la façon de la conduire et les soins à lui prodiguer.

De quelques a priori de la connaissance.

La position des détracteurs de la psychothérapie est parfois difficile à comprendre quand ils insistent à la fois sur la puissance thérapeutique de l'Esprit et sur la menace ou la concurrence que lui opposeraient des techniques de soins par ailleurs dépourvues de visées philosophiques. C'est vraiment mal connaître les psychothérapies d'inspiration psychanalytique que d'imaginer qu'elles sont concernées par autre chose que de seuls mécanismes psychologiques dûment connus et répertoriés. Il est évident qu'une évaluation dans ce domaine exige une information préalable sérieuse dépassant quelques lectures mal assimilées, sinon les conclusions risquent d'être très fantaisistes. Les théologiens de l'époque de Galilée ne peuvent guère être taxés de malveillance systématique, du moins a priori, ni d'incompétence théologique ou philosophique selon les critères de l'époque, mais il leur manquait une connaissance appropriée à la question d'astronomie qu'ils voulaient juger. Ce fut toujours une tentation des chrétiens de se prononcer sur tous les problèmes de l'univers matériel. Ils se colportent comme si certaines confidences ou révélations de Dieu concernant le genre humain, leur donnait une connaissance universelle immédiate. Ne serait-ce pas encore des traces de l'antique rêve d'Adam "d'être comme Dieu" c'est à dire omniscient ?

Il fit bien dire aussi que les fervents partisans de la pensée scientifique et de la raison, ont tous eu une fâcheuse tendance à réduire l'univers à ce qu'ils pouvaient objectivement et matériellement en connaître. La conviction de posséder la clef de la connaissance semble donc un phénomène équitablement répandu.

Nouvelle arrivée dans la culture, la psychanalyse est encore l'objet de succion tant aux yeux de la science d'obédience positiviste que de pensée théologique du début du Siècle. Pourtant les choses semblent évoluer peu à peu vers plus d'objectivité.

Les difficultés de la psychanalyse vis vis de la théologie du début du siècle ressemblent beaucoup à celles qu'a rencontrées Galilée à son époque. La théologie a sa définition de l'âme comme elle avait autrefois sa conception des mécanismes de l'univers. Dans cette perspective, l'âme est un tout, le psychologique ne se différencie pas de l'esprit, cette partie indistincte de l'être relève exclusivement de la juridiction de Dieu et de ses représentants patentés. Personne ne peut s'en occuper sans porter un grave préjudice à l'âme immortelle et priver Dieu de ses droits. Pire, c'est prendre le risque de la livrer à l'ennemi. Il s'agit là d'une certaine conception philosophique de la personne construite au fil du temps afin de concilier l'Ecriture avec les connaissances d'une certaine période de l'histoire. Mais comme l'avancement de l'astronomie après Galilée a finalement contraint la culture à modifier sa conception de l'univers, aujourd'hui les connaissances psychologiques exigent un affinement de l'anthropologie. La psychologie doit désormais être considérée comme traitant des fonctions pratiques de l'âme (pour conserver une terminologie familière) et non de son essence, préoccupation réservée aux philosophes et aux théologiens. Il reste à adopter des termes qui désignent sans ambiguïté les domaines de recherche et de réflexion de chacun. Nous avons par exemple signalé au passage les différents contenus du concept de "moi" selon qu'il était employé par les psychanalystes ou les philosophes.

Pratique et théorie.

Il est très malaisé de savoir de l'extérieur en quoi consiste une thérapie car on ne peut y avoir accès qu'à travers deux récits différents, celui du thérapeute et celui du patient. A peine peut on connaître le cadre et le comportement visible des protagonistes. Le sens du discours et l'évolution de la relation échappe à tout observateur potentiel. La démarche et le sens ne peuvent être restitués qu'après coup dans un compte rendu des séances et de la cure. La version que donne le thérapeute reflète la partie de la relation qui implique ses émotions et son observation. Le récit du patient sera plutôt celui de la découverte de ses blocages passés et de ses réactions nouvelles avec l'environnement.

Deux récits se juxtaposent donc reflétant deux points de vue de la même histoire. Il n'est pas possible d'en connaître autre chose outre les comportements nouveaux que peut observer l'entourage du patient, témoignage rarement recueilli puis critiqué. La situation est très embarrassante pour évaluer une méthode thérapeutique avec quelque impartialité. Pourtant il est nécessaire d'avoir une représentation la plus fidèle possible des divers systèmes proposés sur le marché de la culture. De quels moyens disposons nous ?

Dans un premier temps, il convient de s'interroger sur le degré d'adéquation du discours théorique et de la pratique, que ce soit la psychanalyse, la gestalt, le cri primal ou bien d'autres. La définition et la compréhension sont les premières démarches indispensables.

Ensuite il convient de s'assurer que toute la procédure des séances et leur contenu peuvent effectivement être représentés dans le discours paroles, gestes et émotions de même que les hypothèses et les effets. C'est ce que l'on nomme la théorie. Nécessairement la théorie est une transposition plate, linéaire, temporelle d'une praxis beaucoup plus riche et mouvante où surgissent les tensions, les conflits dans l'actualité vivante d'une relation. Le discours ne peut en rendre que des instantanés ou une synthèse. C'est pourquoi sans les faits une théorie reste énigmatique, sans parler de faiblesses conceptuelles évidentes comme il s'en rencontre dans maintes écoles récemment apparues. Le critique a des excuses de parfois manquer sa cible. Il en a moins quand il tente d'expliquer la théorie d'une pratique à l'aide de la personnalité de l'auteur ou de ses options philosophiques. C'est ce qui se passe souvent à propos de psychanalystes connus, comme Jung ou Freud par exemple. Beaucoup de chrétiens ont un petit faible pour Jung car ils ont entendu dire qu'il parlait de Dieu. Par contre Freud est honni parce qu'il se déclarait athée et que, de plus il a cru pouvoir réduire la vie spirituelle à une extrapolation de désirs infantiles ; généralisation qui s'est d'ailleurs avérée hâtive et partiale.

Les convictions de Jung sont plus imprécises mais elles plaisent. Pourtant leur syncrétisme trouve aisément sa place dans ce qu'il est convenu de nommer aujourd'hui le Nouvel Age. Il est donc scabreux de vouloir évaluer un système thérapeutique à partir des positions philosophiques de leur auteur quand ces dernières n'ont pas de liens démontrés avec les observations cliniques et la pratique thérapeutique. L'amalgame est souvent un jugement de paresse ou d'ignorance.

Psychothérapie et foi.

Si telle qu'elle est conçue, la psychothérapie à son terme reste au seuil des grandes questions de l'existence, le thérapeute chrétien peut il évangéliser son patient ? Est ce possible ? Est ce souhaitable ?

La psychanalyse résume ainsi théoriquement son action : elle laisse l'homme nu, libre à lui de se vêtir à son gré, c'est à dire d'adopter le système de pensée et le genre de vie qui lui convient. La seule différence avec le passé est que la personne se trouve moins sous la dépendance des instincts ou, à l'opposé, de systèmes d'interdictions non assimilées. Bref il est un peu plus libre et responsable. Cependant, le thérapeute a acquis par sa présence et son action un ascendant de parent dont justement la fin de la cure va s'employer à sevrer le patient.

Il est probable qu'au long des entretiens les positions personnelles du thérapeute soient apparues. D'ailleurs les patients s'arrangent toujours à découvrir les options du thérapeute choisi, ne serait ce qu'à travers le réseau de relations qui a permis la rencontre. Si au début la névrose distord l'information ou l'écarte, peu à peu le patient construit une certaine réalité concernant son vis à vis. Le thérapeute peut il alors se permettre de suggérer des principes de vie ? C'est à dire peut-il évangéliser son patient, dans la mesure où ce dernier y soit prêt ? Il est en effet des situations où évangéliser peut signifier ne pas écouter et abréger une rencontre embarrassante. Pour le thérapeute agir activement de la sorte, c'est de nouveau prendre un ascendant sur le patient, c'est à dire ébranler le travail de responsabilité et d'autonomie laborieusement effectué. Comment sortir de ce dilemme ? Il y a une réponse simple : le thérapeute n'est pas seul, il n'a pas à être tout l'univers de son patient. Tant pis si cette réflexion banale est une atteinte à son vécu de toute puissance et à son narcissisme.

En effet toute relation thérapeutique nourrit ce sentiment de satisfaction secrète tapie sous les meilleures motivations. Le psychothérapeute peut opportunément se rappeler qu'il n'est ni omniscient ni tout puissant, si toutefois il en est capable et n'est pas justement devenu thérapeute pour cultiver doucement ce rêve si anciennement humain. En l'occurrence, la parabole du Samaritain (Luc 10/33) est un. guide utile de relation d'aide. Il y a deux personnes. L'une, le Samaritain donne les soins de première urgence, puis il s'en remet à une autre mieux équipée pour la convalescence et l'autonomie d'une vie normale. Dans cette affaire, chacun joue son rôle, en son temps, le voyageur et l'aubergiste, sans surestimer ses capacités pour le plus grand avantage du blessé.

Voilà sans doute un modèle utilisable pour l'association d'un thérapeute et d'un pasteur chacun exerçant au moment convenable.

Sens du discours religieux (ou philosophique) dans la cure.

Un psychothérapeute délibérément dépouillé de tout désir de domination et d'emprise, quel qu'il soit, gardera sa place d'aide et non de providence. Il ne cherchera pas à combler un désir ou une attente essentiels mais amènera le patient à être plus conscient de ses manques et de ses désirs. Il pourra alors, après avoir reconnu les besoins, l'adresser à la personne la plus apte à y répondre.

Pour l'inconscient, toutes les ruses sont bonnes pour éluder les vrais problèmes. Beaucoup de patients tentent d'utiliser le thérapeute pour penser, choisir ou agir à leur place comme l'enfant se sert d'un parent. Accepter avec trop d'empressement de trancher ou de conseiller, c'est pérenniser l'enfance. Le patient peut aussi étaler ses opinions afin de provoquer un débat d'idées plutôt que d'exposer sa souffrance ou ses difficultés. L'expérience montre qu'un discours religieux peut être une façon de conserver une illusion de maîtrise en embarrassant l'interlocuteur et en l'égarant. On se souvient de l'exemple célèbre de la conversation entre Jésus et la Samaritaine où il est question de controverse théologique au lieu de difficultés familiales plus immédiates. Le thérapeute un peu averti n'entrera pas dans ce débat qui transforme la cure en discussion philosophique ou religieuse. Il se contentera de demander pourquoi le patient préfère parler de sa foi ou de ses convictions plutôt que de lui-même et de la façon dont il conduit sa vie. L'entretien est alors replacé dans le contexte de la souffrance psychique et de son histoire qui est le véritable objet de la rencontre.

On s'aperçoit que la plupart des critiques adressées à la psychothérapie, en particulier à la psychothérapie de type analytique (PTA) car elle est sans doute la plus exigeante, se retrouvent également dans les multiples façons dont un patient tente d'éluder son "face à face" avec lui-même. Dans la cure, c'est un phénomène normal et banal, on l'a nommé résistance, résistance au changement, résistance à la réalité en faveur des rêves et des illusions de l'enfance. Mais est il convenable d'employer aussi ce mot à l'égard des critiques ? Le rejet des thérapies analytiques serait il aussi dû à des "résistances" ? On le voit, de concept opératoire le terme devient aisément anathème, ou peut être entendu comme tel, ce qui n'éclaire pas le débat. Quoi qu'il en soit un débat utile n'exige t il pas d'abord une information honnête et suffisante ?

Aujourd'hui la plupart des universités s'y emploient fort utilement sans toutefois résoudre comme on peut s'y attendre, le délicat problème de l'écart entre le discours inévitablement théorique et la pratique. C'est malgré tout un nouveau pas vers une information plus juste, à défaut d'être une initiation quelconque à la pratique, car là psychothérapie ne s'apprend pas dans les livres.

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