Quelle Onction ?

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Type : Réflexion
Thème : Questions bibliques
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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Que signifie au juste "avoir de l'onction" ? Qu'est-ce qui fait que l'on en a plus ou moins ?

Avec l'onction, nous avons un exemple frappant de la différence de sens d'un terme dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. D'une manière générale, négliger cette différence entraîne souvent dans des confusions et des développements théologiques hors de propos.

Les rois et les prêtres

Les sacrificateurs, les rois et plus rarement les prophètes étaient consacrés à leur charge par application d'huile. C'est cette application, accomplie par versement ou aspersion, qui constituait la déclaration officielle, souvent publique, de la mise à part d'une personne pour une oeuvre particulière.

Quel que soit le ministère de cette onction, il est entendu que son véritable auteur est l'Eternel (1 Sam 16.13). C'est ce que reconnaît de façon frappante David lorsqu'il refuse de tuer son ennemi, le roi Saül (1 Sam 26.9). Il l'appelle "le messie de l'Eternel" mot qui signifie "celui qui a reçu l'onction" et l'on retrouvera souvent cette désignation pour les rois d'Israël et plus spécialement les rois de Juda de descendance davidique (Lm 4.20, Ps 84.10, etc.).

Il faut dire aussi que l'onction, conformément aux pratiques générales du Moyen Orient ancien, pouvait être appliquée à des lieux (Gn 28.18) et des objets de culte (Ex 30.26, la tente de la Rencontre; Ex 40.10, l'autel et tous ses ustensiles).

Une nouvelle destination

La signification de l'onction était que l'objet, la personne, recevaient une nouvelle destination, une participation plus étroite à la sphère divine. Une personne ointe devenait un "messie" au sens général du terme. L'huile symbolisait son élection, son changement de destinée. L'huile, habituellement celle de l'olivier, associée aux traitements médicaux, utilisée en cuisine, mêlée à du parfum dans les rites sacrificiels, et bien entendu utilisée pour l'éclairage, était à cause de son importance dans des sphères si variées un symbole de paix, de santé et de prospérité (donc de bénédiction divine). De là l'entrée de celui qui est oint dans le cercle de l'activité de Dieu dont il devenait un acteur particulier.

Signalons qu'un roi des nations comme Cyrus a pu être appelé le messie de l'Eternel* (Es 45.1) parce que c'est lui qui devait être l'instrument de Dieu pour libérer les exilés de Juda.

Le nom de Messie (en hébreu) ou Christ (en grec) n'est pas clairement appliqué à celui qui est annoncé dans l'Ancien Testament, le roi de lignée davidique qui établira un royaume l'Eternel (Es 9.6; Es 11.1-5). Ce n'est que dans le judaïsme d'époque pré-chrétienne que ce roi attendu sera appelé Messie dans le sens "l'Oint ultime" qui délivre et restaure Israël.

Voilà la situation dans l'Ancien Testament. Elle nous permettra de mieux comprendre ce que signifie l'onction dans le Nouveau Testament.

La Nouvelle Alliance

Les dispositions de la nouvelle alliance ne laissent aucune place à une onction physique en vue d'une désignation à un service ou dans des buts rituels**. Au départ, seul Christ reçoit l'onction, d'une façon toute spirituelle. C'est lors de son baptême qu'il est oint d'Esprit Saint et de puissance (Ac 10.38). Il est le seul qui ait reçu ce type d'onction: Dieu lui a donné l'Esprit sans mesure (Jn 3.33). Il a reçu cette onction une fois pour toutes.

Après sa résurrection, Christ a envoyé l'Esprit Saint de sorte que, tout comme nous participons au Corps dont Christ est la tête, nous participons également à son onction (1 Co 1.21). Il est bien dans la ligne des nouveautés de la nouvelle alliance que, tout comme nous participons au sacerdoce de Christ, qui est en soit intransmissible (He 7.24), de même, nous prenons part à son onction d'Esprit Saint. Comme ce sacerdoce, elle nous est accordée définitivement quand nous accédons à la position d'enfants de Dieu. De même que dans l'ancienne alliance notre onction signifie que notre existence a reçu une autre destination, que nous entrons de façon intime dans la sphère des projets de Dieu.

Perdre l'onction

Il est vrai que nous pouvons plus ou moins comprendre et plus ou moins mettre en pratique ce que signifie l'exercice de notre sacerdoce en Christ. Mais fondamentalement, ce sacerdoce ne varie pas. Il en est de même de l'onction de l'Esprit que nous recevons en naissant d'Esprit: nous pouvons plus ou moins en vivre les conséquences et le déploiement, mais elle ne varie pas. Cette onction est notre naissance d'Esprit. Elle est notre désignation en tant qu'enfants de Dieu par le ministère de l'Esprit. Cette désignation ne peut pas varier en intensité (c'est binaire, je suis désigné ou non, il n'y a pas d'à peu près). Elle ne pourrait pas non plus disparaître sans que je perde ma qualité d'enfant de Dieu.

C'est pour cette raison que Jean parle de cette onction au passé: "Vous avez reçu une onction de la part de celui qui est saint" (1 Jn 2.20). "L'onction que vous avez reçue de lui demeure en vous" (1 Jn 2.27). Il n'est nulle part question d'augmenter cette onction, de l'accroître, de connaître des moments d'intensité particulière ou de reflux. Par contre, le Nouveau Testament présente notre réceptivité à l'action de l'Esprit (on pourrait tout aussi bien dire: à l'action de Christ en nous par le Saint-Esprit) comme connaissant des fluctuations, des états d'intensités diverses. C'est alors l'expression "être remplis de l'Esprit" qui apparaît (Ac 13.9, Ac 13.52). Ce remplissage est l'objet d'une exhortation: "Soyez remplis de l'Esprit" (Ep 5.18). Notre volonté est en jeu, les fluctuations dépendent de notre fidélité.

Une théologie suspecte

Mais ce n'est nullement le cas en ce qui concerne l'onction. Faire fluctuer cette onction fondamentale du croyant (et il n'y a pas d'autre onction à ce niveau dans le Nouveau Testament), c'est bâtir un système, une théologie étrangère. Cela peut quelquefois être anodin, mais aussi très dangereux parce qu'ayant des répercussions pratiques sur notre vie de foi, sur notre piété, sur le style de vie d'église que nous construisons.

Si nous voulons dire que nous avons été particulièrement bénis au cours d'une réunion, disons-le ainsi, c'est plus clair. Même chose si nous voulons dire qu'un prédicateur nous a particulièrement frappé, que son enseignement nous a été particulièrement précieux. N'oublions pas que c'est notre perception personnelle d'un événement que nous exprimons. Si elle est partagée par d'autres, tant mieux, mais évitons de faire intervenir des concepts que la Bible réserve à d'autres usages.



* Les traducteurs écrivent souvent "l'oint de l'Eternel" par prudence théologiquement injustifiée à l'égard du terme messie.
** Oindre d'huile des objets ou des lieux serait de notre part une incongruité qui marquerait non seulement un retour à l'ancienne alliance, mais aussi une superstition dont le Nouveau Testament veut nous délivrer.

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