Le loup séjournera avec l’agneau : Le réalisme et la prophétie

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Type : Réflexion
Thème : Divers
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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Le message qui suit, inspiré d'Ésaïe 11, a été prononcé devant l'assemblée de la Cimade, par son président, le pasteur Jacques Stewart, ancien président de la Fédération Protestante de France.

Je voudrais évoquer les images insolites utilisées par le prophète Ésaïe sans doute dans les années 700 - 701 avant notre ère, dans une actualité particulièrement tourmentée : menaces des armées assyriennes aux portes de Jérusalem, politique de peur et d'urgence à l'intérieur...

Esaïe annonce, dans ce contexte, la venue d'un roi particulier. Il annonce le règne de l'homme sur qui reposera le souffle de Dieu, l'esprit de sagesse, d'intelligence, de courage. Ésaïe annonce le règne et le service de l'homme-roi qui ne jugera pas à partir de ce qu'il aurait seulement vu de ses yeux, qui n'arbitrera pas à partir du seul discours que ses oreilles auraient retenu, mais qui rendra justice aux plus faibles et tranchera en faveur des courbés de la terre ; l'homme dont la parole défera les fatalismes et désarmera les violences.

Et le prophète commente cette annonce par des images, par la vision d'une création réconciliée, d'un monde où les différences n'auraient pas disparu mais auraient cessé d'être tabou, sources de haine et de mort :
Le loup séjournera avec l'agneau, la panthère se couchera avec le chevreau, le veau et le lionceau iront ensemble, un jeune garçon les conduira... La vache et l'ourse auront un même pâturage, leurs petits une même litière... le petit enfant jouera près du trou de la vipère... (Es 11.6-8)

Les propos d'Ésaïe ont certainement dû paraître aussi décalés par rapport à l'actualité de son époque qu'ils peuvent l'être par rapport à celle d'aujourd'hui.
C'est la fuite dans le rêve, dans le merveilleux, dans la légende et le mythe pour conjurer les peurs, dira-t-on.
Mais Ésaïe n'incitait et n'incite encore à aucune évasion par le merveilleux ou le mythe.

La légende ou le mythe sont ailleurs et tout autres : c'est Héraclès pour les Grecs ou Hercule pour les Romains, le héros qui, à peine né, se dresse dans son berceau pour étrangler de ses bras hypermusclés deux énormes serpents. La légende, le mythe, c'est le champion solitaire qui lance et relève tous les défis, multiplie les exploits terrifiants, atteint et terrasse n'importe quel adversaire, se charge de toutes les croisades purificatrices.

Paradoxalement, ce sont les figures mythiques diverses du justicier ou celles du pouvoir absolu qui imposerait le bien par la force, éliminerait le mal à sa guise et chasserait tout ce qui menace ou dérange l'ordre qu'il s'est fixé et qu'il sacralise, ce sont ces figures qui entretiennent l'illusion du réalisme, du nécessaire, du souhaitable, bien que n'ayant finalement conduit qu'à des catastrophes humanitaires et à des impasses au cours de l'histoire, à l'aggravation des problèmes et à l'empêchement de la réconciliation.

Le réalisme est ailleurs. Je crois qu'il est vraiment du côté de la vision d'Ésaïe, du côté de l'annonce du service et du règne de l'homme animé du Souffle qui l'entraîne à ne pas juger à partir de ce qu'il aurait vu, à ne pas arbitrer seulement à partir de ce qu'il aurait entendu, mais à manifester la sagesse, l'intelligence, le courage, en rendant justice aux pauvres et en faisant les choix décisifs en faveur des courbés de la terre. Le réalisme et l'espérance sont du côté de la parole de l'homme-roi, qui défait le mensonge des soi-disant fatalismes et désarme les violences.

Je souhaite que ce souffle nous oriente, nous accompagne encore et toujours, à travers notre diversité, qu'il inspire notre service solidaire et nous donne la joie d'être témoins et acteurs, avec d'autres, de paix et de réconciliation.

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