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Le chrétien et la musique

Auteur :
Type : Réflexion
Thème : La louange
Source : Construire Ensemble
Réf./Date source : 55  
Publié sur Lueur le
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Dieu, dans sa grâce souveraine et son infinie prodigalité, a pourvu l'homme d'une panoplie de moyens d'expression, de stimuli de sa sensation, de son émotion, dont la musique demeure l'un des privilégiés.
Vocale, rudimentaire et individuelle -du domaine privé- ou instrumentale, très technologisée, support d'un texte, d'un spectacle, d'images ou valable pour elle-même ; imposée, subie, perçue à notre insu, ou au contraire désirée, produite ou consommée, la musique exerce aujourd'hui encore sur notre intellect, nos sens et, finalement, tout notre être, une action spécifique, intense, quelquefois durable, et de toute façon non négligeable.

Jamais auparavant dans l'histoire, l'homme n'avait domestiqué le son et ne s'était de la sorte approprié les musiques du monde et ce, grâce à des outils technologiques encore inimaginables il y a un siècle.
Avec Internet, le téléphone mobile, le lecteur MP3, le monde musical d'aujourd'hui et d'hier (grâce aux travaux d'exhumation et de reconstitution des pratiques d'antan) est à la portée, pour ainsi dire instantanément, de tous.
La musique actuelle jouit de potentialités techniques, d'un champ de possibles vertigineux qu'il s'avère donc nécessaire d'aborder avec une certaine réflexion distanciée.

« Ma musique » m'affirme, me raconte, m'intègre, me distingue

Tout d'abord, il nous faut insister sur la composante culturelle, la portée de sociabilité structurante que revêt la pratique musicale quotidienne de tout un chacun.
Nos choix musicaux, l'écoute préférentielle de tel programme sur telle radio ou telle émission musicale de télévision, par exemple, l'élaboration de notre discothèque, son recours plus ou moins régulier, la fréquentation des concerts, tout cela traduit non seulement nos goûts, mais toute notre histoire sociale, familiale, ecclésiale, spirituelle, voire professionnelle : le tronc commun de l'éducation, l'héritage musical transmis par les parents, les grands-parents, oncles, tantes, cousins, les camarades de classe, fratries estudiantines, cercles d'amis, le conjoint, même les enfants, les petits-enfants grandissant ; les objets admis dans la communauté de valeurs référentielles que l'on partage avec ces différents cercles de connivence culturelle, les productions artistiques distinguées parmi toutes, celles auxquelles nous tenons tout particulièrement parce qu'elles se sont révélées comme dans une illumination de notre entendement sensible ; enfin, les oeuvres ou productions musicales accueillies et élevées au sein du panthéon personnel, par provocation, transgression ou débordement du goût commun, qui constituent autant de points de cristallisation de la volonté de distinction qui pousse chacun à sortir ou à élargir le cadre proposé par les filiations plus ou moins consenties.

En faveur d'une hygiène de vie musicale

Tout m'est permis, mais tout n'est pas utile; tout m'est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit. (1 Co 6.12).

Combien l'affirmation de l'Apôtre peut faire l'objet de notre méditation et de son application à notre vie. Or, si l'on n'y prend garde, l'intrusion latente des médias dans notre quotidien (radio, télévision, recours constant au balladeur pour une grande partie de la jeunesse -alors comme sous « perfusion » sonore) peut exercer sur nous une pression permanente de consommation musicale, un habitus d'écoute semi-consciente qui envahit nos activités de loisir, et même de travail (du moins pour certains types de professions), peuplant notre activité cérébrale de bribes mélodico-rythmiques, court-circuitant nos idées, parasitant notre prière.
D'ailleurs, la notion même de rythme (le rythme correspondant en fait à une réalité humaine bien plus vaste et diversifiée que ce que l'acception sous-entend généralement ; une pièce musicale communément reconnue comme « rythmée » n'est souvent que martelée par une empreinte rythmique très répétitive), sa puissance intrinsèque et sa très forte action psycho-physiologique sur le comportement humain, individuel et collectif (souvent au détriment de l'attention portée au texte), d'une part ; l'influence de l'insinuation en nous des paroles chantées, la trace laissée par les chaînes de mots soutenues par la mélodie, d'autre part, feraient l'objet d'analyses dont l'ampleur déborde considérablement le cadre imparti à cette bien modeste contribution.

La question de l'humeur induite par l'écoute de la musique « pure » ou indépendante de tout texte, est si vaste et s'appuie sur une conjonction de facteurs si variés interagissant subtilement entre eux, que nous ne l'aborderons pas ici, sinon en rappelant qu'une introspection (pas toujours évidente à mener à bien) peut révéler s'il y a bienfait ou, au contraire, retentissement néfaste de telle musique à tel moment de notre vie spirituelle. A la suite de l'audition musicale, ce questionnement peut m'aider à en déterminer l'influence: suis-je ému, « entamé », ragaillardi, rasséréné, consolé, plus joyeux, ou bien nostalgique, languissant, « dés-espéré », etc.

Le risque du « trop plein » (notamment sonore, musical) fait partie de la réalité de notre existence elle-même trop ou mal « remplie » et est à prendre en considération. A nous, disciples du Seigneur soucieux de maîtriser toujours mieux avec son aide les éléments qui nous incombent, à nous donc de rejeter délibérément le carcan que nous nous laisserions si facilement imposer par l'habitude des gestes quotidiens, par une attitude finalement résignée, passive, fataliste, qui réduirait notre vie, pour partie, à une succession d'actes par négligence obligés, loin de la richesse de la vie spirituelle intense et variée que le Seigneur veut nous faire et nous voir vivre.
Pour la plupart d'entre nous, des expressions musicales extrêmes, tel le hard rock, le punk ou, plus actuelle, la musique techno génèrent des signaux négatifs, répulsifs, qui nous maintiennent au seuil de leur univers propre, peu engageant : trop bruyant, trop hargneux, trop arrogant, trop différent, trop inhumain. Mais des attaches plus subtiles, des liens plus intimes jouant de ressorts notamment affectifs, sont à passer au crible de notre discernement.

Je suis plus libre que je ne le vis : la musique de fond "chrétienne ou pas", vous savez, l'omniprésente, qui finit par être une coutume incontournable, n'est pas aussi indispensable que je le pense ; la façon qu'a le rap de prendre en bouche le texte, l'attitude et la gestique qui accompagnent le discours codifié (pour les initiés auxquels je suis heureux, au moins partiellement et momentanément, d'appartenir), et, avant tout, la prépondérance rythmique absolue qui évacue tout un pan expressif incompatible, n'est pas, loin s'en faut, la seule manière d'être au monde musicalement, à l'exclusion de toutes les autres ; la fascination audio-visuelle pour les clips – qui charrient hélas si souvent un flot d'images lascives, de sous-entendus trompeurs, de connivences malsaines- dont je peux être le spectateur plus ou moins assidu, ne représente guère un rendez-vous à ne pas manquer ; mon amour pour l'Opéra,la magnificence des voix, le pathos déployé au fil des actes, le fatum qui dirige fréquemment la trame des livrets, bref ce monde parallèle dans lequel le flot d'émotions paroxystiques coule abondamment, n'est pas nécessairement l'exutoire aux difficultés – ou à la platitude – du monde réel.

Il est beau de chanter en l'honneur de Ton nom.

La « musique chrétienne » – c'est-à-dire celle à qui nous reconnaissons (a priori ou a posteriori) un degré de familiarité assez poussé avec notre intimité spirituelle et l'expression de notre foi – familière, celle-là même avec qui j'entretiens une relation encore plus intime et peut-être plus fréquente – comme une part de moi-même ou une extension de moi –, dont j'use sans modération puisque son label l'affranchit tout naturellement à mes yeux des soupçons pesant éventuellement sur le reste de la musique, quels reflets de la nature divine renvoie-t-elle ? De quelle envergure spirituelle se fait-elle l'écho dans mon coeur ? Quelle image de Dieu et de ma relation au Père projette-t-elle, jour après jour, en moi ? Par ailleurs, quelle est la part du silence dans nos vies ? Silence recueilli, silence tranquille, silence de la réflexion, de la prière, de l'écoute attentive ?

Plus généralement, j'en appelle à une remise en question de notre attitude de consommation musicale, insistant sur les bienfaits d'une pratique plus personnelle et plus productive de la louange, par exemple par la mise en chant spontanée des textes bibliques ou des paroles de louange qui nous viennent à la bouche.
Cette cantillation personnelle, que notre culture chrétienne peut avoir évacuée, est un moyen simple et naturel de s'approprier paroles bibliques et chant, de les mélanger au gré de notre inspiration pour en former une louange immédiate à offrir au Seigneur dans l'intimité. Gageons que cette pratique improvisatoire qui nous est quelque peu éloignée débouche sur une meilleure appropriation du texte. J'y vois au moins deux avantages : une expression personnelle chantée plus libre et la prise de conscience de la difficulté de l'exercice, pour apprécier plus finement (et moins subir) les chants proposés dans le cadre ecclésial.
Tous ces points méritent, ce me semble, un temps de réflexion, une analyse éclairée d'en haut, en vue d'une amélioration délibérée de notre qualité de vie au profit d'une écoute spirituelle mûrie, plus consciente et volontairement investie, dans laquelle la musique prendra une place de choix, en connaissance de cause.

Un mot, pour conclure, sur l'exercice du discernement -à tous les niveaux- dans la pratique musicale, au sens large. La musique, sous toutes ses formes, ne doit pas prendre la première place dans notre vie, ni même dans notre louange au Seigneur, cela évoqué lapidairement, mais qui peut entraîner une réévaluation de l'ensemble de notre hymnodie et de notre attitude, à l'aune de cette exigence qui ne va pas de soi. Elle ne doit pas non plus prendre la place de la Parole, dont elle demeure en fin de compte la servante dévouée, ni même l'utiliser, la déformer, la tordre pour la rendre peu ou prou adéquate à une forme musicale prédéterminée. Ceci dit pour (nous) les auteurs ou adaptateurs de chants... Tout un chacun doit donc exercer son discernement dans le choix qu'il est amené à faire à tous les niveaux : élaboration, pratique, écoute.

Que le Saint Esprit du Seigneur de l'Univers, notre Dieu infiniment élevé, nous guide dans nos choix musicaux quotidiens, à la maison, au travail, pendant nos loisirs, à l'Eglise ; que l'exercice de notre liberté ne soit pas in fine un asservissement, mais qu'il nous conduise à une vie spirituelle pleine, intense, mais aussi plus joyeuse, plus reconnaissante, notamment grâce à la mise en oeuvre de notre salut par une louange renouvelée.

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