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De quelle couleur sont nos mains?

Auteur :
Type : Réflexion
Thème : Vie Chrétienne
Source : Croire & Servir   
Publié sur Lueur le
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La réponse à cette question est facile: le dessus, selon notre origine, est blanc, jaune, ou marron ou brun. Le dessous pour tous est rose.

Mais est-ce si sûr? Nos yeux nous font-ils voir la réalité, ou bien sommes-nous trompés par une bonne dose d'inconscience? Il y a bien des années, j'ai été envoyée par une association, travailler dans un camp de réfugiés. Ils habitaient provisoirement un hameau abandonné dans la montagne. Je passais la journée avec eux; je dînais et dormais chez des familles chrétiennes de la ville voisine. C'était le début de l'hiver, les enfants étaient à peine vêtus. Au moment de mon départ, les quatre familles qui m'avaient reçue ont promis de monter au hameau de temps à autre et d'apporter des vêtements pour les enfants. J'ai transmis ce point, avec d'autres à la responsable de l'association, qui a dit très justement: "C'est bien, nous pourrons envoyer des vêtements à d'autres réfugiés: ceux-là sont pourvus". Cet hiver-là a été très froid. En traversant la Seine, je voyais qu'elle charriait des glaçons, et je pensais aux gens du hameau. Heureusement ils étaient pourvus.

L'été suivant, comme je n'étais pas loin, je suis allée les voir. Le chef du hameau s'est avancé, les enfants sont accourus avec des cris de joie. Mais...je cherchais des yeux cinq ou six d'entre-eux, qui, au début de l'hiver jouaient et couraient si joyeusement dans la neige. Ils n'étaient pas là. Je me suis tournée vers le chef:"Où sont...?", et je les nommais, l'un après l'autre, ceux qui me manquaient. Son visage est devenu très triste:"Hiver très froid. Beaucoup de grippes. Beaucoup de pneumonies. Les enfants, ils sont là". Il montait la vallée en contrebas. Un petit village s'y allongeait. À son extrémité, juste au-dessous de nous, il y avait le cimetière.

Un peu plus tard, je lui ai demandé si des gens de la ville étaient venus pendant l'hiver: non, personne. En redescendant du hameau, je suis allé dire bonjour aux quatre familles de la ville. Je leur ai aussi demandé, sans paraître y attacher d'importance, s'ils étaient montés au hameau: non. Et les vêtements pour les enfants?"Ah! Je n'ai pas eu le temps. Les autres au dû y aller. Ils ont du temps eux". Je n'ai rien dit. À quoi bon? Je revoyais le visage tout triste du chef, j'entendais ses paroles si simples et si définitives:"Les enfants, ils sont là". Ces gens n'ont jamais su. Ils étaient pourtant des chrétiens dévoués, ils avaient tenu beaucoup d'autres promesses. Pour celle-là, chacun s'était fié aux autres, et justement, il y avait des vies en jeu. De toutes petites vies, que la moindre chose pouvait interrompre. Ces gens ne savaient pas, ils n'ont jamais su. Jusqu'au bout, ils ont pu regarder leurs mains et les voir en rose.

Et moi? Pourquoi ai-je cru à des promesses? Pourquoi ai-je laissé dire: "Ceux-là sont pourvus"? J'ai appris à cette occasion qu'une promesse n'est pas une réalisation: ce n'est qu'un signe de bonne volonté, et il faut vérifier qu'elle est tenue. ce jour là, je l'ai appris pour toujours. Mais trop tard. Et puis, cette fois-là, j'ai su ce qui s'était passé: et toutes les autres fois où je n'ai pas su? Nous allons notre chemin, bien tranquillement sans voir les besoins qui nous entourent. Nous ne savons pas les peines que causons, les blessure peut-être définitives. Peut-être même y a-t-il, au bord de notre chemin, quelques tombes. Nous ne le savons pas, ou si nous pouvons en nommer quelques unes, nous sommes inconscients des autres. Je regarde mes mains: de quelle couleur sont-elles. Certainement pas roses.

Bien-sûr, on peut toujours plaider de façon à se justifier. Qu'est-ce qui prouve que ces enfants, s'ils avaient eu des vêtements chauds, ne seraient pas morts quand même? Les microbes et virus ne regardent pas l'épaisseur de vêtements. D'autre part, la société est fondée sur la confiance, et l'Église en particulier: allons-nous nous mettre à tout vérifier, d'un oeil soupçonneux, et au nom de quoi serions-nous impitoyables? Plus encore, c'est vrai que penser et agir prend du temps et des forces: il bien penser d'abord à ses propres affaires, et aux siens. Voilà un raisonnement qui permet de se blanchir.

Il y en a un autre, qui fonctionne par compensation: en ce moment même, j'ai sous les yeux quatre paquets de vêtements d'enfants, qui vont partir pour une île lointaine. Mais un enfant ne remplace pas un autre, et ce n'est pas cela qui fera revivre les enfants du hameau. Si c'était une tentative pour se blanchir, elle serait vouée à l'échec.

Quand nous prenons conscience de notre inconscience, la grâce de Dieu nous offre un tout autre regard. Derrière l'inconscience et la culpabilité, il y a une réalité encore plus vraie et plus importante."... À plus forte raison le sang du Christ, qui, par l'Esprit éternel, s'est offert à Dieu en étant lui-même sans tache, purifiera-t-il votre conscience des oeuvres mortes, afin que vous serviez le Dieu vivant (He 9.14). Un acte a été planté pour toujours dans le passé et nous pouvons nous mettre à son bénéfice. Il concerne tout, ce qui est conscient et ce qui est inconscient, en mémoire ou enfoui dans l'oubli, volonté de nuire ou légèreté. Il concerne tout, même les petites tombes dans la montagne. De quelle couleur sont nos mains? Si nous l'acceptons, elles sont blanches.

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