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Quelques réflexions sur Satan à partir de Job 1-2

Auteur :
Type : Enseignement
Thème : Satan
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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Le livre de Job est un passage obligé pour chercher à mieux percevoir ce que la Bible dit du diable, même si (et il faut le rappeler) le but de ce monument de la littérature biblique n'est pas de donner un enseignement sur Satan mais de faire réfléchir sur la souffrance humaine. Ce n'est qu'en lien avec la souffrance injuste que Satan est évoqué. Qui est ce satan qui apparaît tout d'un coup pour disparaître aussi vite? Vient-il régulièrement rencontrer Dieu dans le ciel pour «parier» sur notre fidélité humaine? Comment se fait-il que Dieu accepte d'entrer dans un tel pari?

Un intrus

Les premiers versets du prologue (Job 1.1-5) décrivent la situation idéale d'un homme, richement béni et désireux de maintenir une relation sans entrave avec Dieu. L'épilogue (Job 42) parle de la restauration, en mieux (Job 42.12), de cette situation. Entre les deux, Satan est apparu comme l'intrus, le grain de sable, qui cherche à détruire la relation harmonieuse entre Job et Dieu (Job 1.9-11; Job 2.4-5).
Ainsi considéré, le livre de Job peut apparaître comme une parabole de l'histoire biblique de l'humanité. Le prologue de la Bible évoque les origines extraordinaires dans le jardin d'Eden (Genèse 1-2). Son épilogue annonce la restauration en mieux des conditions originelles (Apocalypse 21-22). Entre les deux, l'intrusion de Satan (Genèse 3) qui, jusqu'à sa disparition (Apocalypse 20.7-14), cherche à briser les relations entre l'homme de son Dieu.
Satan est donc l'intrus, le grain de sable qui tente d'anéantir les relations entre le Créateur et ses créatures.

Accusateur et adversaire

Le mot hébreu « satan » signifie: accusateur, adversaire. C'est d'abord l'accusateur (Job 1.9-11; Job 2.4-5) qui s'en prend à Job: Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? (Job 1.9). On notera que l'accusation a lieu devant Dieu et non devant l'intéressé. C'est ensuite l'adversaire farouche du bien être de Job qui entre en scène: l'accumulation des quatre premiers malheurs (Job 1.13-19), comme la terrible maladie depuis la plante des pieds jusqu'au sommet du crâne (Job 2.7, BFC), fait ressortir la méchanceté de Satan qui ne connaît comme limite que celle que Dieu lui impose.
Satan est-il encore aujourd'hui celui qui accuse devant Dieu ? Apocalypse 12.10 affirme qu'il a été précipité hors du ciel, celui qui accusait jour et nuit devant Dieu. Cette «éjection» hors du ciel n'est-elle pas liée au fait que, depuis la résurrection, nous avons auprès du Père un avocat, Jésus-Christ, le Juste (1 Jean 2.1)? En effet, qui accusera les élus de Dieu? Rien, pas même Satan, ne peut pas nous séparer de son amour (Romains 8.33-39). Mais si Satan ne peut plus accuser, il peut encore nuire comme adversaire (Apocalypse 12.13). C'est pourquoi Pierre l'appelle votre adversaire (1 Pierre 5.8).

Limité dans son action

Si Satan accuse Job devant Dieu c'est parce qu'il sait que sans la permission divine il ne peut rien faire. L'idée de dualisme (le bien et le mal éternellement opposés dans un combat sans merci dont l'issue demeure incertaine) est totalement étrangère à la pensée biblique. La souveraineté de Dieu est clairement affirmée. Satan ne peut agir hors des limites que Dieu lui fixe. Certes, dans ces limites, sa capacité de nuisance est énorme. Mais il se heurtera toujours à la souveraineté de Dieu, incapable par nature de l'outrepasser.
C'est parce que la Bible affirme la souveraineté incontestable de Dieu que la défaite de Satan peut être annoncée avec certitude.

Agissant avec l'aval de Dieu

Néanmoins, s'il est limité dans son action, Satan n'en agit pas moins avec l'aval de Dieu. À la proposition Étends ta main sur ses biens (Job 1.11), le Seigneur répond: Tout ce qui lui appartient est entre tes mains (Job 1.12). Dieu met dans les mains de Satan (c'est-à-dire en son pouvoir) ce qui était dans ses mains à lui. Il livre aux mains nuisibles de l'adversaire ce que, jusqu'alors, il protégeait de sa main bienfaisante. Pourquoi?
La proposition de Walter Vogels de faire du satan de Job « le côté obscur ou sombre de Dieu », sa « main gauche par laquelle il punit » alors que sa main droite sert à bénir ne me semble pas satisfaisante 1. Placé parmi les fils de Dieu (= les anges), Satan est du côté des créatures et non du Créateur. Impossible de les assimiler.
En fait le livre de Job ne répond pas à cette question douloureuse. En affirmant haut et fort la souveraineté de Dieu, il affirme aussi sa liberté d'action au point de nous laisser totalement déroutés, comme le fut Job au sein de la souffrance. La question du mal ne peut trouver de réponse toute simple, pour nous qui ne percevons qu'un très léger écho (Job 26.14) du sens des actions de Dieu.

Tout au plus peut-on rappeler que Dieu aime Job et que Job l'aime aussi de tout son être. On ne peut en douter quand on lit le début du chapitre 1 et la fin du chapitre 42. Dieu aime Job, au point même de se laisser injustement accuser d'une trop grande bonté (v.10). Dieu aime Job au point de lui manifester une confiance inconditionnelle: c'est en effet au patriarche qu'il revient de manifester que son amour pour le Seigneur demeure, même quand la bonté divine semble s'éloigner de lui 2. Et Job ne s'en sortira pas si mal que cela.

Historicité

Le mot hébreu satan (qui signifie accusateur, adversaire) apparaît presque toujours comme un nom commun, précédé de l'article: le satan. Il peut désigner un homme (1 Samuel 29.4 Psaumes 109.6, Marc 8.33) ou un être céleste (Job 1-2; Zacharie 3.1...). 1 Chroniques 21.1 est le seul texte de l'Ancien Testament à utiliser le mot comme un nom propre. Cet usage se généralisera dans le judaïsme et dans le Nouveau Testament. Cela traduit certainement une évolution dans la compréhension de l'identité de celui qui se cache derrière le terme.

Le livre de Job doit-il être lu comme l'histoire malheureuse d'un personnage réel ou bien comme un récit parabolique? Du côté évangélique, Jules Marcel Nicole jugeait qu'il était possible de le considérer comme une parabole (même s'il optait pour l'historicité) 3. Plus récemment, dans l'introduction à la Bible du Semeur, Sylvain Romerowsky semble considérer la non historicité comme probable 4.
Mon point de vue est que le récit ne parle pas d'une situation réelle. Il faut le lire comme un récit fictif 5. En effet ce livre n'a jamais été classé parmi les ouvrages historiques de la Bible mais parmi les livres de sagesse. Les chiffres semblent avoir été choisis pour leur valeur symbolique (7 fils, 3 filles, 7000 têtes de bétail, 3000 chameaux..., bref la situation parfaite). La description du « conseil céleste » reproduit simplement un conseil royal tel qu'en parle 2 Rois 22 (ce qui signifie qu'il n'y a pas, dans le ciel, un « conseil céleste » auquel Satan pourrait s'inviter). La manière dont est raconté l'enchaînement des premières épreuves de Job (Job 1.13-19) paraît tout à fait improbable historiquement (même les pires scénarios catastrophes n'imagineraient pas cela; le but est de faire ressortir la méchanceté de Satan). Enfin il semble peu probable que Job et ses amis ait pu prononcer des discours poétiques aussi raffinés en pareilles circonstances.

Toutes choses étant possibles, surtout quand des faits surnaturels sont permis par Dieu, l'historicité du récit est possible, arrangé ou "romancé" par l'auteur (ndlr).



1. Walter Vogels, Job. L'homme qui a bien parlé de Dieu, Paris, Cerf, 1995, p 45. En revanche les pages 59 à 71, qui parlent de la réaction de Job, sont particulièrement intéressantes.
2. Voir les remarques d'A. Maillot, Pour rien... Job, Lyon, 1966, p.19
3. Jules Marcel Nicole, Le livre de Job, tome 1, Édifac, Vaux-sur-Seine, 1986, p.21
4. Sylvain Romerowsky, «Introduction au livre de Job» dans La Bible d'étude, Semeur 2000, p.695
5. Hors de la Bible, mais dans un genre comparable, le livre de C.S. Lewis, La tactique du diable, mérite d'être recommandé.

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