Lueur.org - Un éclairage sur la foi

Faire un don Facebook Twitter RSS

Science et foi : de la guerre au dialogue

Auteur :
Type : Dossier
Thème : Théologie
Source : Aimer & Servir
Réf./Date source : 113  
Publié sur Lueur le
Partager

Les rayons des librairies évangéliques voient fleurir périodiquement des ouvrages visant à montrer qu'il est possible de confirmer des affirmations bibliques par la science.

La qualité de l'information et du raisonnement est variable. Et le meilleur sort qu'on peut souhaiter à certains ouvrages est de surtout ne jamais sortir du cercle des initiés tout acquis aux arguments de l'auteur, sous peine de le ridiculiser, ce qui ne serait pas trop grave, mais surtout de porter préjudice à la crédibilité de la foi, ce qui, évidemment, l'est beaucoup plus !

Au Moyen-Age la science était soumise à l'Eglise et pouvait payer cher toute tentative d'indépendance. Au XIXe le positivisme scientifique pensait tout expliquer et se passer totalement de Dieu. Il était donc perçu comme ennemi de la foi. Cette démarche, au-delà de la valeur propre des réflexions qu'elle inspire, essaie de donner une réponse dite "concordiste" au problème séculaire des relations entre science et foi.

Relations se faisant sur le mode de la rivalité : tantôt la foi dominait la science et "contrôlait" ses découvertes, tantôt la science domine la foi et ambitionne de la remplacer.

La science

Il est important, de prime abord, de rappeler comment fonctionne et progresse la science. Elle n'est généralement pas capable de voir les phénomènes qu'elle veut expliquer et comprendre : le paléontologue n'a jamais vu et ne verra jamais de dinosaure, le chimiste n'a jamais vu deux atomes d'hydrogène se lier à un atome d'oxygène pour produire de l'eau.

Le scientifique possède le plus souvent des données d'observation à partir desquelles, il construit un schéma, une représentation de la réalité qui prend en compte les faits observés.

Dans un troisième temps, il essaie, si possible de confirmer ces hypothèses par de nouvelles observations ou données expérimentales. C'est dire que la notion de vérité scientifique est très relative, de nouvelles observations ou de nouveaux moyens d'observation peuvent donner lieu à de nouveaux schémas et renverser des pans entiers de la "connaissance". Ce fut par exemple le cas avec la théorie de la relativité.

La démarche scientifique consiste donc à observer, modéliser et vérifier. Les vérités sont continuellement réfutées. De plus, de nombreux éléments viennent faire obstacle à l'approche de la vérité : l'objectivité dans la collecte et l'interprétation des observations reste toujours relative, les interférences entre l'observateur et l'objet observé sont possibles et peuvent fausser les données, les observations sont obligatoirement incomplètes.

Par ailleurs, après le scientisme positiviste triomphant du XIXe siècle qui pensait pouvoir tout expliquer, la science et notamment la physique a dû intégrer deux concepts tout à fait nouveaux et troublants sur le plan de la raison pure :
     • Un même phénomène peut être décrit par deux propositions différentes voire contradictoires : si on veut expliquer, par exemple, les propriétés de la lumière, il faut lui reconnaître à la fois une nature ondulatoire et une nature corpusculaire. Et l'on ne sait pas actuellement proposer un modèle unique qui rende compte de ces deux natures. Encore plus surprenant sur le plan logique, la coexistence de A et non -A n'est plus absolument improbable.
     • Certains phénomènes physiques corpusculaires ne peuvent être décrits qu'en termes de probabilité. La physique classique prédisait des événements, la mécanique dite quantique prédit, seulement des probabilités d'événements ! Et elle sait qu'elle ne pourra jamais faire mieux, dans l'état actuel des connaissances.

Science et foi : Divergences...

C'est dire la fragilité des confirmations "scientifiques" qu'on va chercher à la Bible. Dire "les dernières découvertes de la science confirment tel ou tel point de la Bible" est très dangereux. En effet, les dernières découvertes ne sont que celles qui précèdent les suivantes, et il n'est pas certain que ces suivantes aillent dans le même sens ! Ou alors il faut sélectionner les découvertes qui vont dans le "bon sens" et ignorer les autres ! Ou encore soupçonner les "mauvais découvreurs" d'être malhonnêtes !

Le Big-Bang semble en accord avec le concept de création. Soit mais, dans dix ans, peut-être, cette théorie sera battue en brèche ; d'ailleurs, elle l'est déjà maintenant. La science n'a pas peur de se contredire, de changer d'avis ; c'est de cette manière qu'elle progresse ; l'utiliser dans un but apologétique même louable expose à de cruelles déconvenues... Tout aussi dangereuse serait une relecture chrétienne de l'interprétation mythique du monde. Les Anciens construisaient toute une mythologie où les dieux intervenaient directement sur les phénomènes naturels, ce qui permettait de les expliquer ! Evidemment les chrétiens ne tombent pas dans un piège aussi grossier. Mais ils ont eu parfois tendance à mettre Dieu là où ils ne voyaient pas d'explication. Hélas, le jour où l'explication arrive, le champ d'intervention de Dieu s'en trouve réduit d'autant ce qui peut laisser penser que la science travaille contre Dieu et finalement peut le remplacer.

Inversement et pour les mêmes raisons, le scientifique ne peut pas affirmer : "nous avons démontré que la Bible n'est qu'un tissu de légendes". Jacques Monod, du haut de son prix Nobel (collectif) affirmait que l'homme était seul dans l'univers, que Dieu n'existait pas. Il pouvait exprimer là une conviction personnelle ; il n'avait pas le droit d'utiliser son prestige pour présenter comme scientifique une affirmation qui assurément ne l'était pas. On raconte que Youri Gagarine, revenant du premier voyage spatial humain, déclara que, n'ayant pas vu Dieu dans l'espace, Il n'existait pas ! Prétendre démontrer par la science que Dieu n'existe pas relève, au mieux, d'une naïveté comparable, au pire, d'une malhonnêteté intellectuelle.

On a trop souvent donné à la connaissance scientifique une valeur "quasi-religieuse", on a trop souvent mis la science et la foi sur un même plan, ce qui ne pouvait qu'entraîner cette rivalité séculaire. En fait, la science et la foi ne devraient pas être mises en rapport, positivement ou négativement. Leur domaine est différent, leur mode d'approche de la vérité est différent, le concept même de vérité est différent.

La foi part
d'une vérité
révélée
et s'applique
aux choses
spirituelles.

Le scientifique cherche à cerner la vérité dans le domaine matériel à partir de l'observation et du raisonnement. Il devra être capable de mettre en doute en permanence ce qu'il croit être vrai.

La foi part d'une vérité révélée et s'applique aux choses spirituelles. Révélée au sens où l'entendait Pierre Chaunu, c'est-à-dire que, lisant la Bible, on n'apprend pas tout sur Dieu, ce serait impossible, mais ce qui est nécessaire au salut. On retrouve la même idée dans Jean 20.30-31 : Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d'autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. Le but des trois premiers chapitres de la Genèse n'est pas de décrire rigoureusement la création, c'est de faire comprendre aux hommes le sens de l'univers, leur place dans cet univers et l'origine du péché. Le chrétien connaît donc partiellement, de manière confuse (1 Co 13.12) et reste toute sa vie un chercheur de vérité. Mais, à la différence du scientifique, cette quête ne progresse pas par le doute et la remise en question permanents, mais de progrès en progrès (1 Th 4.1) Le seul doute que le chrétien peut et doit avoir ne concerne pas la nature de la vérité mais la manière dont il la vit et l'usage qu'il en fait !

Science et foi : convergences

Les domaines de la foi et de la science peuvent néanmoins se recouper. C'est le cas lorsque la Bible décrit des faits ayant une portée historique, ethnologique, ou concernant l'origine des espèces et de l'homme... Il est tout à fait clair que si la Bible n'est pas un manuel scientifique, si son but n'est pas d'apporter des informations scientifiques mais spirituelles, tout ce qui a une portée scientifique dans la Bible doit pouvoir être reçu comme vrai, sinon, sa crédibilité globale est remise en cause. Et la science peut arriver à des conclusions différentes, voire contradictoires. On a vu plus haut le caractère par nature fragile et provisoire de la vérité scientifique. Il est important, également de distinguer un ensemble d'observations de leur interprétation, distinction qui n'est pas toujours faite : l'existence de fossiles est une donnée d'observation irréfutable, la théorie de l'évolution est une interprétation de ces données et ne peut être présentée comme LA vérité absolue. C'est la représentation de la vérité qui apporte probablement à ce jour la meilleure explication au plus grand nombre d'observations, même si subsistent de nombreuses zones d'ombre.

Il faut par ailleurs relativiser l'impact d'une affirmation scientifique sur la Bible et la foi. Les théories de Galilée paraissaient remettre gravement en cause les fondements de la foi, elles ne troublent plus personne aujourd'hui. Enfin, et c'est là une position de foi, si la Bible dit la vérité, il y aura nécessairement convergence un jour ou l'autre entre les faits scientifiques qu'elle rapporte et ceux que la science découvre.

En revanche, la science a parfois besoin de l'homme de foi. C'est le cas pour toutes les avancées scientifiques qui ont une portée éthique. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" disait Rabelais. On se souvient du cas de conscience des physiciens qui mirent au point l'arme nucléaire. Autre exemple, les problèmes de bioéthique posés par les progrès de la biologie. Les réponses vont inévitablement avoir des conséquences sur la suite à donner aux travaux, elles reposeront nécessairement sur des concepts moraux et théologiques.

Par ailleurs le scientifique, et notamment le physicien ne peut échapper au problème du sens de l'univers. Einstein disait : "Le plus incompréhensible, c'est que le monde soit compréhensible". L'outil mathématique qui évolue de manière totalement abstraite et cérébrale est parfaitement adapté à l'analyse du monde physique, lui, tout à fait concret. Le biologiste quant à lui, est confronté à la question de la finalité qui surgit à chaque étape du raisonnement et de la recherche. Dans l'un et l'autre cas, la confrontation entre science et foi est inévitable, mais elle se fait non plus comme recherche du pouvoir et de la suprématie, mais dans une relation de complémentarité, de respect et de dialogue.

Conclusion

"Science
sans conscience
n'est que
ruine de l'âme"

Il faut en finir avec la relation de rivalité et de concurrence qui a existé entre science et foi. Pour ce faire, il faut rebaliser les territoires respectifs de la science et de la foi. Il faut que les chrétiens cessent d'interpréter les affirmations de la science à la lumière de ce qu'ils comprennent de la Bible, avec ce qui ressemble fort à une sorte d'anxiété. Les vérités bibliques transcendent l'espace et le temps et se rient de l'agitation des peuples et des vaines pensées des nations (Ps 2.1), pour paraphraser le Psaume 2, car elles répondent aux besoins profonds du coeur de l'homme.

Les scientifiques doivent accepter que leur champ d'intervention ne s'étende pas à la foi. Cela évitera aux uns et aux autres des déclarations imprudentes dans des domaines qu'ils connaissent mal. Cela permettra la mise en place d'une complémentarité afin que scientifiques et chrétiens puissent comprendre quelles sont les implications éthiques de la recherche et éviter que quelque savant fou ne mette en danger l'intégrité de l'espèce humaine, de la société ou de la planète.

Commentaires (0)

Ajouter un commentaire

Merci de ne mettre que des commentaires cordiaux et constructifs. Tout commentaire abusif sera supprimé et le compte bloqué.
Pour ajouter un commentaire, connectez-vous.
Reste 2000 caractères