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La solitude : définition et voie de sortie

Auteur :
Type : Réflexion
Thème : La solitude
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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Les sciences sociales s'occupent de ceux qui habitent seuls et qu'elles nomment des solitaires. Ils sont très nombreux en France, mais ne souffrent pas nécessairement de solitude. Leur situation ne correspond pas à l'image tragique qu'en proposent les médias. En effet, bien qu'elle ne fasse pas à proprement parler l'objet d'études sociologiques, la solitude, est autre chose qu'un sentiment , c'est un mode de vie.
Depuis vingt ans on assiste à une croissance rapide de ce groupe que l'INSEE appelle les solitaires. Ils représentent aujourd'hui plus de 28 % des ménages français et la situation dans les Églises est proche de la moyenne nationale puisque environ 23% des membres de nos Églises sont des personnes vivant seules.

Derrière ce label de solitaires se trouvent des catégories matrimoniales très diverses :

  • des célibataires (célibat volontaire des religieux, célibat pacsé, célibat solidariste selon le terme de la sociologue Evelyne Sullerot, célibat parental et le vrai célibat : c'est à dire, celui de toute personne en âge d'être mariée mais qui ne l'est pas, qui n'a pas d'enfant, qui ne vit pas en concubinage, qui n'est ni solidariste, ni pacsé.)
  • des veufs ou des veuves
  • des personnes divorcées.
La montée statistique des ménages à une personne s'accompagne de mises en scène médiatiques et toutes sortes de guides et modes d'emploi sont proposés pour affronter la solitude. En effet, même si on veut souligner la modernité de ce mode de vie et tout faire pour dédramatiser la situation, les médias montrent globalement que pour eux une solitude affective est difficile à vivre.

Le mot rencontre devient alors le mot incontournable, LA bouée de secours.

La solitude est généralement définie, comme l'état de celui qui vit seul de façon momentanée ou durable. Elle est souvent synonyme d'isolement mais aussi d'abandon et d'exclusion. En effet, on peut être seul au milieu de la foule, et se sentir isolé, esseulé dans sa propre famille, au travail voir dans l'Église. De façon un peu schématique, je définirai deux, voire trois sortes de solitudes :

  1. Celle commune à tous, celle des deux pôles de l'expérience humaine que sont la naissance et la mort et à laquelle j'ajouterai la solitude de l'homme sans Dieu.
  2. Celle que l'on recherche. Parce que c'est aussi dans la solitude que l'on se rencontre soi-même, que l'on se retrouve, que l'on se renouvelle, que l'on reprend des forces et surtout que l'on rencontre Dieu. "Venez à l'écart..." dit-Jésus (Mc 6.31).
  3. Celle où l'on souffre. Dieu a créé l'homme être de communication, être de relation. Communion avec lui certes, mais aussi avec ses semblables. "Il n'est pas bon que l'homme soit seul..." (Gn 2.18).
Pourquoi cette solitude souffrance, ce sentiment profond d'isolement, d'abandon, d'exclusion qui selon plusieurs sondages, chrétiens ou non, reste le plus grand mal de notre société contemporaine ?

Si je devais tenter une définition j'adopterais volontiers celle que j'ai trouvée un jour dans un ouvrage sur le sujet : "Le sentiment profond de solitude arrive lorsqu'une personne ne peut satisfaire ses besoins les plus élémentaires, les plus simples, les plus nécessaires, que sont la communication, l'attachement et l'affection". C'est n'être rien pour autrui et poussé à l'extrême, c'est ne plus exister. Et parce qu'il faut du courage pour examiner ce sentiment dans notre vie, c'est trop souvent un sentiment que nous passons sous silence, un compagnon que nous ignorons ou du moins que nous voulons ignorer, que nous réprimons et que nous cherchons à transformer par tous les moyens.

La solitude nous renvoie à l'appel de Dieu dans le jardin d'Eden et la peur de la solitude à l'appel de la croix Père, pourquoi m'as-tu abandonné... (Mt 27.46). Si la Bible replace l'homme devant ses responsabilités, elle souligne aussi le côté positif de la solitude, lieu de rencontre avec Dieu, lieu où nous remportons des victoires.

Il ne faut pas non plus négliger ce que j'appellerai des facteurs sociologiques aggravants : l'urbanisation, le travail de plus en plus prenant, les familles éclatées, l'individualisme... et le fait que certains aggravent eux-mêmes leur solitude. Ils sont seuls et sans amour parce que si effrayés, si vides, si désespéramment en manque qu'au lieu d'attirer, ils repoussent. Ils deviennent in-portables, in-supportables alors qu'ils ont tant besoin des autres. Certains sont seuls et isolés parce que trop difficiles à aimer.

Tout être humain doit apprendre à exister par lui-même, pas au travers de l'autre, pour l'autre, comme l'autre, par l'autre. C'est le principe même de la maturité, de l'autonomie, c'est devenir adulte. Il s'agit plus d'apprendre à vivre avec la solitude que de la combattre, de l'éliminer. Elle est là et continuera d'exister mais elle ne doit pas dominer, ni gouverner notre vie.

Confrontés à la solitude, trois voies s'ouvrent devant nous :

  • Stagner : c'est à dire vivre dans le passé avec nos souvenirs - souvent plus roses que la réalité ; ou vivre seulement en devenir, "un jour mon prince viendra, un jour il me prendra...". Un jour, oui, mais quel jour ! Mais Dieu veut notre bonheur aujourd'hui.
  • Devenir amer : ce n'est pas juste... c'est vrai et Dieu peut l'entendre, alors dites-le-lui et remettez-lui vos sentiments. L'amertume est destructrice, elle empêche de créer des liens et en crée même de négatifs. Se défaire de l'amertume est indispensable et biblique.
  • Décider de grandir, de devenir adulte : c'est décider de vivre, d'oser.
Ne nous y trompons pas, c'est un long apprentissage, un processus difficile qui je crois, n'est jamais définitivement, ni totalement acquis et que chacun doit faire pour lui-même. Pour y parvenir, certaines étapes seront nécessaires : reconnaître notre situation du moment, peut être rompre avec certains liens qui freinent notre croissance et nous tirent vers le bas, accepter la responsabilité que nous avons envers nous-mêmes (nous sommes responsables de notre bonheur et chaque fois que nous attendons d'autrui qu'il fasse notre bonheur, nous mettons sur lui un fardeau impossible) et identifier nos émotions. Si nous voulons aller quelque part il nous faut premièrement savoir où nous sommes. Tout comme pour fixer un itinéraire, il est nécessaire de connaître le lieu de départ et le lieu d'arrivée, pour grandir, nous avons besoins d'identifier nos émotions, ce que nous ressentons, ce que nous avons ressenti (échec, colère, rejet, amertume, culpabilité...)

Il nous faut apprendre à transcender la solitude, c'est à dire à vivre et analyser notre solitude en la présence de Dieu, dans la relation avec Lui qui nous pousse à aller vers l'autre. Nous devons l'inviter à venir habiter notre solitude, nous appuyer sur lui et cela nous sortira irrémédiablement de l'ennui et de l'apitoiement sur nous-mêmes. C'est une attitude du coeur qui, je crois, nous permettra de ne pas résoudre toutes les contradictions de la vie mais d'apprendre à vivre avec.

Nous choisissons d'être avec les autres parce que nous les aimons et nous choisissons nos amis, pour ce qu'ils sont et non pour le bien qu'il(s) ou qu'elle(s) vont nous apporter ou ce que nous allons pouvoir faire pour eux. Nous avons besoin de l'aide et du discernement du Seigneur pour bien choisir nos amis et de sa sagesse pour savoir que confier, et à qui se confier.

Jésus n'est pas venu supprimer la souffrance, la solitude. Il n'est même pas venu l'expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence.

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