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A l'aube du prochain millénaire
3. Que penser de 2000 ans de christianisme ?

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Type : Dossier
Thème : Religions et Croyances
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. A l'aube du prochain millénaire
  2. Entretiens sur la fin des temps
  3. Que penser de 2000 ans de christianisme ?
  4. Les baptistes français et le millénarisme

Reconnaissons que l'on ne fête pas tous les jours ses 2000 ans. Peu d'institutions, de convictions, de philosophies durent d'ailleurs aussi longtemps ; nous n'échapperons donc pas à la célébration, même s'il nous faut bien reconnaître que cette date n'est, pour le moins, pas très sure. Il est plus qu'improbable que Jésus soit né en l'an 0, pour ne rien dire de la controverse sur la date du début du prochain millénaire. Mais enfin, il convient de se retourner sur son passé en de telles occasions. Une fois tous les 1000 ans me semble un bon rythme !

Une histoire où il y a " à boire et à manger "

Avez-vous remarqué que selon le regard que l'on porte sur l'histoire, notre passé chrétien nous semble noir ou blanc ?

Commençons par le regard positif. On peut avancer que bien des choses qui font la richesse de notre civilisation viennent essentiellement de la tradition judéo-chrétienne : le sens de la justice, la dignité de chaque personne humaine, le souci des petits et les droits de l'homme. Il faut également reconnaître que ce sont souvent des chrétiens ou des groupes de chrétiens qui ont été à l'origine d'institutions ou de mouvements qui sont l'honneur de notre histoire. Les hôpitaux furent tenus par des gens d'Eglise avant que l'état ou le privé ne prennent le relais. Plus récemment la Croix Rouge, l'abolition de l'esclavage, la lutte contre le racisme et pour l'égalité des droits sont eux aussi le fait de chrétiens et souvent de protestants engagés. Et bien d'autres courants qui n'étaient pas explicitement chrétiens ont été les rejetons parfois inconscients de la semence biblique : ainsi la démarche scientifique qui présuppose un monde que l'on peut étudier parce qu'il n'est pas divin, comme le montre bien la Genèse, ou la démocratie qui repose sur l'égale dignité des personnes. Dans cette perspective, ce que notre culture a de meilleur viendrait souvent de l'Evangile, pour ne rien dire de l'art qui est pétri de christianisme, au point que ne pas connaître la Bible, c'est se condamner à ne rien comprendre à la signification profonde de quantité de romans et d'oeuvres d'art.

Mais, pour d'autres, ce regard est pour le moins optimiste et rapide. L'Eglise n'a-t-elle pas été aussi largement compromise dans les luttes de pouvoir ? Les croisades, l'inquisition, les guerres de religion ne sont certainement pas à la gloire du christianisme. La majorité des chrétiens s'est souvent très bien accommodée de l'oppression, des conquêtes, de la colonisation et de l'esclavage quand ils étaient du bon côté. Le monothéisme chrétien n'a-t-il pas tenu, parmi les autres, une place de choix dans la montée de l'intolérance et n'est-ce pas surtout depuis qu'elles sont minoritaires que les Eglises prônent bien haut la liberté de conscience ?

Certains chrétiens évangéliques préciseront sans doute qu'il y a Eglises et Eglises et qu'il ne faut pas confondre celles qui ont été la fonction religieuse de la société et le bras religieux de l'Etat et celles qui se voulaient seulement des communautés de disciples de Jésus. Il est vrai que la différence est grande, mais cela ne résout pas notre problème. Car lorsque les évangéliques ont été majoritaires, ils n'ont pas toujours été aussi respectueux des autres qu'on aurait pu le souhaiter. Allons jusqu'à reconnaître que les baptistes eux-mêmes n'ont pas toujours été des modèles de mise en pratique de l'Evangile.

En même temps, les chrétiens ont été témoins de l'Evangile à travers l'histoire. Car si le message a été transmis, c'est bien aussi parce que les Eglises, dans leurs faiblesses, l'ont proclamé et qu'il a, de siècle en siècle, transformé des vies.

Il y a donc dans l'histoire des chrétiens, de tous les chrétiens, des espaces de lumière et de grandes zones d'ombre. Quant à la vie de nos Eglises, et même de nos Eglises baptistes françaises, elle fut remplie de luttes et de scissions, de dévouements et de fidélité, de faiblesses et de courage.

La pesanteur et la grâce

Pouvons-nous essayer de comprendre au moins un peu ce qui s'est passé ?

Avez-vous remarqué que la plupart du temps, ce ne sont pas les Eglises qui ont été courageuses ou qui ont donné les témoignages décisifs, mais des chrétiens ? Là où l'institution ou le grand nombre ont été conformistes, ce sont des voix individuelles, des consciences qui se sont élevées et qui ont parlé assez fort pour être entendues. Elles l'ont souvent fait à leurs risques et périls et les Eglises n'ont pas été les dernières à les condamner. Ces personnes ont été attentives à l'appel que Dieu leur adressait et aux conséquences concrètes impliquées par la décision de suivre Jésus-Christ . Loin de moi l'idée de dénigrer l'institution ; c'est une critique trop courante pour ne pas être suspecte. L'Eglise est aussi une institution, même si elle n'est pas que cela et, pour exister dans l'histoire, il n'y a pas d'autres moyens. L'Eglise du Nouveau Testament est déjà elle-même une institution. C'est pourquoi, institution humaine bien qu'également animée par l'Esprit elle peut avoir les problèmes et les travers de toutes les institutions humaines. Autant le savoir et s'y attendre.

Dans toute institution, petite ou grande, il y a des jeux de pouvoir. C'est vrai de la puissante Eglise dans l'empire romain ou de la papauté quand elle fera jeu égal avec les rois et les empereurs comme de chaque petite communauté partout dans le monde. Les tentations du pouvoir existent et existeront toujours.

A côté de la pesanteur des institutions humaines, il faut également mentionner les faiblesses et les erreurs des chrétiens de tous les temps. Ils ont pu par faiblesse se laisser aller aux conformismes de leur temps, ne pas oser s'opposer aux puissants, surtout lorsque ceux-ci étaient assis sur les bancs des mêmes Eglises. Il nous est sans doute (trop) facile de discerner aujourd'hui certaines erreurs qu'ils ont commises de bonne foi. Jusqu'où peut aller l'inconséquence des chrétiens sincères, nous ne le saurons jamais, car si certaines choses nous semblent claires aujourd'hui, que savons nous de nos propres aveuglements ?

Attention cependant à ce que les errements de certains ne cachent pas non plus le travail humble et patient de ceux dont la fidélité quotidienne à empêché la société de basculer dans le chaos, a conservé l'héritage au milieu des tempêtes et a soigné ceux qui étaient abandonnés sur le bord de la route.

Et Dieu dans tout ça ?

Quelle leçon pouvons-nous tirer de tout cela pour demain matin et pour les 1000 ans qui viennent ?

Nous ne sommes pas supérieurs à ceux qui nous ont devancés. Nous vivrons donc toujours dans les ambiguïtés de l'histoire. C'est là que Dieu agit, que le Christ a vécu et que l'Esprit appelle et entraîne. Nous resterons toujours tiraillés entre le conformisme à l'air du temps ou à la pensée dominante et la fidélité coûteuse à l'Evangile.

Les choses ne seront pas demain plus faciles qu'hier, mais Dieu sera aussi présent, prêt à montrer la route et à donner la force. L'Eglise restera faible et sujette à l'erreur, mais porteuse d'espérance et de cette étonnante capacité de se relever et de susciter dans le monde des hommes et des femmes qui sont des signes du Royaume, des manifestations de l'amour de Dieu.

La vraie question demeure de savoir quelle est notre situation dans tout cela, quelle est notre fidélité et notre disponibilité à suivre le Seigneur quand il nous fait sortir des chemins balisés. Les regards en arrière nous rappellent les grandeurs et les vicissitudes de la " pauvrette Eglise " comme disait Calvin, mais ils nous disent aussi que Dieu est fidèle et ne manque jamais de susciter des témoins. A nous d'être aujourd'hui attentifs à l'Ecriture sainte et aux attentes de l'Esprit si nous ne voulons pas, lors du prochain anniversaire, tomber sous les critiques d'un article dans le n° 11019 de Construire Ensemble si le Seigneur tardait encore.

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