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Evangéliser les fêtes

Auteur :
Type : Enseignement
Thème : Les fêtes
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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L'Église a christianisé les fêtes païennes. Elle a laissé paganiser les fêtes chrétiennes. Il nous appartient maintenant de les évangéliser.

En étudiant les fêtes d'Israël dans l'Ancien Testament et en les comparant aux fêtes païennes on constate à la fois des ressemblances qui disent l'emprunt et en même temps des différences qui soulignent le caractère radicalement nouveau du message que ces fêtes célèbrent. Si on regarde les évangiles, on voit que les fêtes jouent un rôle important dans la pratique et les discours de Jésus. Il participe à des fêtes. Il en utilise le symbolisme pour annoncer le royaume de Dieu. Il guérit pendant la fête et la conteste quand elle a perdu son sens libérateur. Il en transgresse alors le rituel et les interdits au nom de l'amour du prochain (Mc 3.1-6, Lc 13.10-17). Notons toutefois que le Nouveau Testament ne connaît aucune fête « chrétienne ».

Le mot lui-même semble n'avoir jamais fait partie des expressions de la foi primitive. Les fêtes chrétiennes sont apparues au terme d'un processus relativement lent et tardif. Ce que Dieu avait accompli d'unique en Jésus-Christ ne rendait pas nécessaire des célébrations répétitives pour en marquer le souvenir. Toutefois, lorsque les fêtes peu à peu s'installèrent ce fut pour le christianisme, sortant de sa clandestinité, une façon de s'inscrire dans l'histoire et la culture de son temps, de prendre au sérieux le monde et la société dans laquelle les chrétiens vivaient leur foi et y témoignaient.

D'un point de vue théologique, pour nous garder de toute crispation ou rigidité, sous couvert de fidélité évangélique, on peut rappeler les reproches de Luther à ceux qui avaient renversé, brisé ou brûlé les « images » dans les églises :

« Nous devons user de notre liberté en temps opportun, afin qu'il ne soit porté aucun préjudice à la liberté chrétienne et qu'il ne soit donné aucune occasion de scandale à nos frères et à nos soeurs qui sont encore faibles et qui ignorent cette liberté (…). Vous devez retenir qu'aucune chose extérieure ne peut nuire à la foi ni lui causer quelque dommage ; on doit seulement veiller à ce que le coeur ne s'attache pas à des choses extérieures et ne se confie pas en elles. » (Luther)
Les fêtes font partie de ces « choses extérieures » nullement décisives pour ce qui est de la foi mais qui remplissent néanmoins des fonctions importantes. On peut en noter quelques unes.

D'abord leur portée pédagogique. Leurs célébrations permettent en effet aux enfants, mais aussi aux adultes de découvrir et mémoriser le message de l'Évangile, de manière familiale ou communautaire. La fête c'est la possibilité d'un autre langage, d'autres symboles qui donnent autant à voir, à ressentir qu'à entendre, mettant en jeu le corps, les émotions et les sensations. Elles ouvrent concrètement au bonheur et à la joie si présents dans la Bible.

Les fêtes ont aussi une dimension communautaire. Elles témoignent de l'universalité de l'Église lorsque toutes les confessions célèbrent ensemble (quand la date est commune !) le même événement du salut. Mais elles sont aussi des occasions de rassemblement de la communauté locale, des temps forts d'autant plus nécessaires et riches que l'Église vit une situation de dispersion. Elles répondent à la demande de lien, de convivialité, de communication, de communion.

La fête peut également avoir, une dimension missionnaire. En effet, ce sont souvent des événements de la vie de l'Église auxquels sont particulièrement attachés ceux qui se situent à sa périphérie, les distancés, les croyants non-pratiquants, celles et ceux qui choisissent certaines occasions pour vivre quelque chose dans la communauté ecclésiale ou qui expriment ainsi une recherche spirituelle. Il faut prendre au sérieux cette demande « populaire ». Certes elle prend des formes parfois bien ambiguës, mais elle traduit une quête de sens, d'appartenance, d'identité dans un monde où les repères se sont effacés.

Enfin nos fêtes sont des manières de dire l'Évangile au coeur de la culture et l'histoire, comme ce fut le cas dans le judaïsme et l'Église primitive, de les prendre au sérieux telles qu'elles sont, en utilisant et subvertissant leurs langages et leurs symboles. Cela est, bien sûr, particulièrement vrai pour Noël où la pression, la récupération sociales sont les plus fortes et où nous serions tentés de nous replier dans une réprobation moralisatrice. Certains prédicateurs d'ailleurs ne s'en privent pas, avant d'aller réveillonner !

Ainsi nous ne devons pas envisager les fêtes à partir de principes théologiques rigides et abstraits qui protègeraient la pureté de notre foi des manoeuvres de la religion. Nous sommes appelés à accueillir et aimer les êtres humains tels qu'ils sont et à cheminer avec eux. Il ne s'agit pas de répondre en coïncidence avec leurs attentes, mais de les déplacer pour leur désigner le Christ. C'est pourquoi, il est nécessaire de passer par la critique radicale des fêtes et de leurs dérives pour en retrouver une vraie et joyeuse célébration.

Ainsi, on ne saurait faire de la fête un temps sacré permettant d'échapper au « malheur de l'histoire », une évasion cyclique qui enferme dans la nostalgie répétitive d'un passé immuable. Elle ne consiste pas à introduire du « même », en marge d'une histoire où tout est risqué, inattendu, changeant. Elle est une célébration de l'avenir manifestant dans ce monde qui passe, l'irruption du monde qui vient. La fête n'est pas oubli du présent, évasion, démobilisation mais provocation « évangélique » au bonheur et à la liberté, pour signifier la libération et l'espérance au coeur des peines du quotidien.

Pour cela, il faut que le centre de la fête soit la proclamation de l'Évangile du Christ, qui seul peut nous protéger de toute banalisation. Aussi importe-t-il d'introduire dans la fête elle-même, l'élément de rupture et de contestation qui annonce la nouveauté du message et le caractère unique de l'événement célébré. Ce qui implique de lui garder sa dimension polémique à l'égard de tous les conformismes sociaux ou ecclésiaux. L'Église a christianisé les fêtes païennes. Elle a laissé paganiser les fêtes chrétiennes. Il nous appartient maintenant de les évangéliser.

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