Une autre image de Dieu

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Type : Réflexion
Thème : Dieu
Source : Croire & Servir   
Publié sur Lueur le
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J'ai une amie, dans le Nord, qui s'appelle Micheline. Elle est soldat de l'Armée du Salut, au poste de Lille. Elle a récemment perdu ses parents, et, comme aînée de sept enfants, elle s'est chargée de distribuer à ses frères et soeurs les objets familiers des parents. Elle a donné la Bible de leur Père à son second frère, qui avait toujours eu une vie difficile, et qui ne croyait en rien. Quelques jours plus tard, son frère lui dit:"J'ai lu les versets qui sont soulignés. C'était une découverte extraordinaire. Je te remercie: tu m'as donné une autre image de Dieu". Voilà peut-être une nouvelle vie qui commence.

J'ajoute une chose que Micheline s'est bien gardée de me dire, mais que je peux deviner: elle aurait aimé avoir cette Bible de leur Père pour elle même. Mais quand on est soldat... L'apôtre Paul dit ainsi à Timothée : Souffre avec moi comme un bon soldat de Jésus-Christ. Quand un homme part pour la guerre, il ne s'embarrasse pas des affaires de cette vie, et par là, il plaît à celui qui l'a enrôlé (2 Tm 2.3-4).

Donner une autre image de Dieu, voilà l'un des cadeaux les plus précieux que l'on puisse faire. Paul, annonçant l'Évangile aux habitants de Lystre (Ac 14.16), leur dit d'abord, sur le contenu de la foi des différents peuples : Dieu, dans les siècles passés, a laissé les nations(c'est-à-dire les non-Juifs) suivre leur propre voie. L'être humain, partout sur la terre, se fait une idée de la divinité à travers les notions de sacrifice, de prière, d'obéissance, de reconnaissance pour les bienfaits reçus. Mais à partir de là, on aboutit à un Dieu-gendarme, qui brandit une loi et suscite la peur, ou à un Dieu-providence, qui accorde des bienfaits, parfois dans l'indifférence, parfois à la condition que l'on exécute quelques rites.

Annoncer l'Évangile, c'est donner une autre image de Dieu. mais ces images sont tellement ancrées que souvent, les gens ne comprennent même pas ce qu'on leur dit. Ils comprennent le service du prochain, par exemple les marmites de Noël de l'Armée du Salut, ou la soupe servie aux sans-logis, encore qu'ils n'apprécient pas l'idée que l'on aime les plus faibles au nom du Seigneur qui les aime: cette relation triangulaire ne plaît pas. Mais ce qui ne va pas du tout, c'est l'histoire du salut, et la grâce. C'est là une image de Dieu qui déroute, et paraît inacceptable. Que Dieu soit un Dieu Sauveur, qu'il fasse lui-même tout le chemin jusqu'à nous pour nous rejoindre, qu'il cherche chacun de nous jusqu'à ce qu'il nous trouve, qu'il ne nous contraigne pas, qu'il n'y ait aucun prix à payer, sauf celui qu'il a payé lui-même, voilà une image de Dieu tellement "autre" qu'on ne peut pas la comprendre, se la représenter. Encore moins y croire.

À la radio, le présentateur d'une émission de musique classique annonçait une cantate de Bach pour le Vendredi Saint. Il a traduit le début des paroles : "Aujourd'hui mon coeur se réjouit, parce que la mort de mon Seigneur me sauve". Il a ajouté ce commentaire : "J'avoue que je ne comprends pas: c'est lui qui meurt, et ce sont les autres qui sont sauvés. C'est bizarre". En somme, il pensait que Dieu demande à chacun de se racheter lui-même. Il ne comprenait pas l'image tout autre que lui offrait Jean-Sébastien Bach.

Un degré au-dessus, il y a des gens qui disent : "Je ne crois pas en un Dieu Sauveur: de quoi serions-nous sauvés?". En effet, ce sont des gens qui mènent une vie droite, honnête, disponible aux autres. Mais pourquoi donc font-ils cette profession de foi à l'envers, alors qu'on ne leur a rien demandé ? Parce qu'il y a en eux un manque, une âme qui a soif, mais qui trouve que l'image de Dieu offerte par la foi chrétienne est trop grande. Nous avons besoin d'être sauvés, justement, de tout ce qui nous sépare de Dieu. Que ce soit lui qui fasse tout et se charge de tout, voilà encore quelque chose qui est trop étranger, trop différent de ce que "les nations" ont trouvé en "Suivant leur propre voie".

Mais pour certains, ce sont là des étapes. Il arrive que l'on ouvre la Bible de son père disparu, que l'on lise les paroles que sa main a soulignées, que l'on découvre une autre image de Dieu, qu'on la comprenne et la prenne pour soi, enfin. On va d'abord remercier sa grande soeur, fidèle soldat. Puis on se met en route. Bonne route Marc!

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