Une seule chose est nécessaire !

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Type : Enseignement
Thème : Vie Spirituelle
Source : Lueur   
Publié sur Lueur le
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L'histoire de Marthe et Marie se trouve en Luc 10.38-42

Des quatres évangélistes, Luc est le seul à nous transmettre ce récit.

Matthieu et Marc ne nous apprennent rien sur Marthe et Marie. Quant à Jean, il nous rapporte deux autres épisodes où les deux soeurs sont présentes, notamment, au chapitre 11 (Lc 11) de son évangile, avec la résurection de Lazare, leur frère. Lors de cet événement extraordinaire, nous constatons que Marthe et Marie possédaient une foi personnelle en Jésus-Christ. Etait-ce le cas lors la rencontre rapportée par Luc, et qui semble se situer chronologiquement avant ?

Ca paraît être le cas pour Marie, mais c'est moin sûr pour Marthe. Car, même si elle accueille Jésus dans sa maison, il semble qu'elle n'a pas encore pleinement accueilli son message ! Son attitude montre qu'elle ne s'est pas vraiment placé à l'écoute de sa parole.

Marthe se donne tout entière à son rôle de maîtresse de maison ! Elle veut recevoir son hôte de marque comme il se doit ! C'est ainsi qu'elle se retrouve vite "absorbée par les nombreux soucis du service". Elle en vient donc à avoir besoin de sa soeur, Marie. Mais, cette dernière est assise au pied du Maître, inactive. Cette posture n'est pas anodine. En effet, selon la coutume Juive de l'époque, c'est au pied du rabbi qu'on reçoit ses enseignements.

Mais, Marthe n'a pas saisi cela. Elle est trop occupée. Elle est même débordée ! Et quant on se laisse déborder, on est plus apte à voir ce qui se passe autour de nous. C'est ainsi que l'on passe parfois à côté de l'essentiel. Comme Marthe, qui demande à Jésus d'intervenir, en l'acusant, en passant, d'être complice d'une injustice : Seigneur, tu ne te mets pas en peine de ce que ma soeur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de m'aider (Lc 10.40). C'est alors que Jésus a cette réponse surprenante : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Or, une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera pas ôtée (Lc 10.41-42).

Voilà une réponse à laquelle Marthe ne devait pas s'attendre ! Pourquoi Jésus dit-il cela ?

Comme souvent, le contexte dans lequelle l'évangéliste a placé son récit nous aide à comprendre le sens des paroles de Christ.

Quelques versets auparavant, Jésus explique à ses disciples combien est grand leur privilège de le côtoyer : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu" (v 23-24).

Marie est en train de vivre une expérience extraordinaire ! Elle voit et entend Celui que beaucoup d'illustres hommes de Dieu et de grands d'Israël auraient aimé voir et entendre : Le Prophète annoncé par Moïse (Dt 18.15), le Fils de Dieu et Seigneur entrevu par le roi David (Ps 2.110), le Serviteur du Seigneur prophétisé par Esaïe (Es 42.1-9, Es 49.1-13.1, etc), le Fils de l'homme aperçu en vision par Daniel (Dn 7.13), etc. Bref, le Messie annoncé par les prophètes et les sages d'Israël !

Ces moment sont uniques dans l'histoire !

Il y a donc bien plus important que les contingences matérielles ! Ce n'est pas le temps de se préoccuper des choses de la terre. L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt 4.4). Et quand celui qui a les paroles de la vie éternelle (Jn 6.68) parle, il vaut mieux tout laisser de côté pour l'écouter ! Marie, a bien saisi cela. Et elle en profite ! Quant à Marthe, elle n'est physiquement qu'à quelques mètres du Royaume de Dieu, en la personne de Celui qui l'incarne, mais, spirituellement, elle en semble encore loin !

Il peut en être ainsi dans les Eglises et oeuvres chrétiennes. On y rencontre parfois des Marthes qui s'activent, mais qui ne sont pas encore entrés dans le Royaume de Dieu. Ces personnes ne se sont pas assises au pied du Maître. Elle ne l'on pas reçu comme leur Seigneur, leur Sauveur.

Cependant, le "syndrome de Marthe" peut aussi toucher les vrais disciples de Christ ! Nous pouvons nous retrouver à ce point "absorbés par les nombreux soucis du service" que nous en perdons de vue l'essentiel : le Maître, source et raison d'être de notre service. Notre travail pour lui n'a de sens que dans la dynamique d'une relation avec lui.

A ce sujet, le témoignage d'un serviteur de Dieu, aujourd'hui décédé est particulièrement intéressant. Il s'agit de Marcel Tabaillou. Alors qu'il était en pleine activité, il fit un infarctus où il faillit décéder Il raconte qu'à ce moment, sa vie défila rapidement sous ses yeux. Il s'était beaucoup dépenser au service de Dieu. Mais, ce qui le frappa fut, non son travail accompli pour son Seigneur, mais le peu de temps qu'il lui avait accordé dans le tête à tête. Non, qu'il n'ait pas connu de moment précieux d'intimité au pied du maître. Mais, il prit conscience qu'il n'avait été que trop rare, par rapport à ce qu'attendait son Seigneur. Il fut ainsi offert à ce serviteur de Dieu l'occasion de revoir ses priorités, en accordant plus de temps au tête à tête avec son Père céleste.

Saisissons-donc que "la bonne part, celle qui ne lui sera pas ôtée", est le temps que nous arrachons à notre quotidien, à notre hebdomadaire (le sens du sabbat ! ) pour nous tenir aux pieds de Jésus, aujourd'hui invisible à nos yeux, mais présent par son Esprit ; pour écouter, méditer sa parole ; pour la laisser nous parler, nous consoler, nous reprendre, nous façonner, nous saisir !

Dans une société où tout est fait pour nous pousser à courir à droite, à gauche, à nous agiter, souvent pour ce qui ne rassasit pas, voilà "la bonne part", celle "qui ne" nous "sera pas ôté", parce qu'elle construit et édifie notre vie intérieure. Dans un monde où l'on est souvent en train de dire : "je n'ai pas le temps ! ", nous sommes invités à nager à contre-courant, en prenant du temps pour l'essentiel. Dans une société où l'on n'existe par ce que l'on fait, par ce que l'on produit, apprenons à ne rien faire, sinon écouter le maître. Car ces moments sont vitaux pour notre ressourcement, pour la guérison, pour la reconstruction de notre personnalité, souvent abîmée par le péché, le notre et celui des autres. Ces moments d'intimité avec le Seigneur alimentent "la bonne part qui ne" nous "sera pas ôté", celle de notre vie intérieure et de notre croissance en Christ. Ce capital spirituel nous permettra de tenir bon face aux diverses pressions de notre quotidien, face aux épreuves et aux tentations. Il nous accompagnera dans la vieillesse, et nous permettra d'affronter la mort sereinement, car suffisamment appuyé sur Jésus.

De plus, c'est "aux pieds de Jésus", dans la contemplation et l'adoration, que s'accomplit aussi la sanctification, croissance à la ressemblance au Seigneur. Comme l'écrit l'apôtre Paul : Nous tous qui, le visage découvert, contemplons, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en son image dans une gloire dont l'éclat ne cesse de grandir. C'est là l'oeuvre du Seigneur, c'est-à-dire de l'Esprit" (2 Co 3.18).

Nos activités au service du Seigneur sont une des conséquences de notre conversion à l'Evangile. Mais, elles ne doivent pas se transformer en activisme et prendre la place de ce temps d'intimité à l'écoute du Seigneur. Sinon, nous risquons de devenir des Marthes, courant à droite, à gauche, débordées, stressées, et passant à côté de l'essentiel.

Il y a quelques temps, j'écoutais, à la radio, un sociologue. Il expliquait que, dans le passé, avant la société dite de consommation, la vie des hommes et des femmes comportaient deux phases principales. La première, la plus longue, était celle de l'activité, avec le travail, mais aussi les multiples tâches à accomplir au foyer ou ailleurs. La seconde période était, ce que ce sociologue nommait : "la phase contemplative". Elle était notamment occupée par les fêtes et les événements à caractère religieux. Cette "phase contemplative" tenait une place importante, car c'est elle qui permettait aux hommes et aux femmes de se poser. Ce sociologue termina son exposé en montrant les effets pervers de notre société moderne ou post-moderne, où cette "phase contemplative" est de plus en plus absente, bien que nous ayons d'avantage de temps libres.

Si cette "phase contemplative" est nécessaire au monde, combien, d'autant plus, est-elle vitale aux disciples de Jésus ! Car, le chrétien, soumis aux mêmes pressions que ses contemporains, doit, en plus, faire face au Malin qui déploie mille ruses pour l'éloigner de la "seule chose nécessaire" à son existence : sa relation au Christ ressuscité.

Que le Seigneur nous soit en aide afin que nous puissions repenser nos priorités, pour toujours "choisir la bonne part, celle qui ne" nous "sera pas ôtée" !

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