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La source irremplaçable

Auteur :
Type : Enseignement
Thème : La Bible
Source : Construire Ensemble   
Publié sur Lueur le
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Lors d'une conférence donnée à la Faculté de Théologie Evangélique de Vaux sur Seine en 1997 sur la spiritualité évangélique (Un regard pastoral sur son évolution), le professeur Bénétreau observait :

« A côté d'un réel attachement à la Bible, on peut diagnostiquer une certaine distanciation [...] Les connaissances restent assez superficielles et fragmentaires [...] On constate un certain affaiblissement des convictions confessionnelles ».
La compétence et la cordialité de l'auteur de ces remarques donnent d'autant plus de poids à la discrète mise en garde qu'elles contiennent. A quoi servirait-il en effet d'honorer formellement la Bible comme Parole de Dieu si elle cessait peu à peu de former nos conceptions et de réformer nos comportements ?

Considérons ensemble trois niveaux : le statut que nous attribuons à la Bible, la cohérence que nous lui reconnaissons et l'effort de lecture que nous lui consentons. Car ces trois niveaux correspondent exactement aux risques d'un relâchement insensible diagnostiqués par notre frère : un affaiblissement des convictions confessionnelles au premier, une connaissance fragmentaire des Ecritures au second, une connaissance superficielle au troisième.

Un livre unique en son genre

La Bible demeure le best-seller incontesté même si son autorité est, elle, contestée. Si les conjectures de la haute critique libérale protestante sont moins tenues pour des certitudes scientifiques que naguère, elles gardent néanmoins la faveur de certains cercles (ceux qui souvent attirent l'attention des médias, et peut-être aussi la nôtre à travers ces derniers). Pour ne citer que quelques exemples récents, elles ont ainsi laissé des traces chez le journaliste catholique J. Duquesne 1 et chez le théologien jésuite J. Moingt 2 ou encore chez les intervenants des émissions télévisées Corpus Christi. Les uns estiment qu'on ne peut rien savoir du Jésus « historique », les autres prétendent enfin le découvrir et beaucoup l'opposent au Christ « de la foi ». Or l'histoire de Jésus et la foi en Jésus ont toutes deux une même source : la Bible et particulièrement son deuxième Testament. Les discours pontifiants 3 ne convainquent donc pas qui tentent de séparer ce que les seules sources disponibles unissent : l'homme Jésus et le Christ (c'est plutôt l'optique des évangiles synoptiques), le Fils de Dieu et l'homme Jésus (c'est plutôt l'optique de l'évangile de Jean).

La Bonne Nouvelle que nous sommes commandés (et heureux) d'annoncer est celle de Jésus-Christ, dont nous ne saurions rien sans l'Ecriture Sainte. C'est pourquoi la contestation de l'autorité de l'Ecriture ne peut pas être prise à la légère. A travers l'Ecriture, cette contestation vise le Fils de Dieu/Fils de l'homme et son enseignement qui constituent les fondements mêmes du christianisme : Dieu créateur de l'univers (dont on sait désormais qu'il n'a pas toujours été là mais a commencé), l'homme créé bon mais devenu pécheur (comme on l'observe hélas trop), les deux natures de Jésus-Christ dans une unité de personne, sa qualité de Rédempteur exclusif mais sans exclusive, etc. Le sort fait à l'adjectif fondamentaliste ne doit pas nous décourager : il est presque toujours pris en mauvaise part comme synonyme de fanatique ou d'obscurantiste 4 . Sachons qu'aucun de ces deux faux sens n'est innocent ; ils servent à discréditer des positions trop solides pour être combattues de front et, peut-être aussi, à éprouver notre fidélité et notre persévérance de chrétiens évangéliques. Ne refusons donc pas de nous dire fondamentalistes au sens vrai du terme : attachés à ce qui fonde la foi chrétienne, c'est-à-dire à l'autorité de la source scripturaire.

Il ne faudrait pas d'autre part négliger des signes encourageants comme le besoin de mieux connaître ou même de découvrir le christianisme chez une partie de la population, dont la majorité n'est désormais plus catéchisée. Exprimée ou tacite, cette demande de connaissance existe et appelle, en réponse, une offre explicite d'enseignement des doctrines fondamentales du christianisme. Un pasteur anglican l'a compris Outre-Manche. Il a rempli son église, qui se vidait, en mettant en place des cours du soir de semaine sur ce sujet précisément (Basics of Christianity). Il a en outre pu constater le bien-fondé de l'affirmation que l'Ecriture Sainte devient Parole de Dieu pour le peuple nombreux des croyants parce que, déjà en soi-même, elle l'est.

Ce statut unique de la Bible, auto-révélation divine en langage humain, permet de la qualifier de Sainte (l'habitude d'imprimer en couverture l'Ecriture Sainte, la Sainte Bible devient moins régulière ; est-on sûr que cette omission est un détail négligeable ?). Car nulle part ailleurs Dieu ne se révèle comme il le fait dans ce livre : nous ne voulons pas dire autre chose en affirmant l'inspiration divine des textes bibliques. Ils ont évidemment été écrits par des hommes et en langage humain sinon comment aurions-nous pu les comprendre ? Mais nous ne pouvons pas dire moins que ceci : si Dieu, qui ne peut pas mentir, se révèle dans ces textes, humains, alors ils ne sont pas trompeurs, quelque variés que soient leurs genres littéraires qui appellent des types d'interprétation adaptés. Ceci étant dit, et cela va toujours mieux en le disant, prenons garde qu'aucune maladresse d'expression ne nous fasse taxer de bibliolâtrie alors que nous prenons seulement au sérieux la seule source qui nous fasse connaître le Dieu unique et tri-personnel auquel va notre adoration.

Dieu est la personne la plus médiatique qui soit (cf. Psaumes 19.1-5, Romains 1.19-20). Par la création, qui est sa Parole visuelle (cf. Genèse 1.3 etc.), il nous donne beaucoup d'informations ; mais leur signification et la pleine révélation de sa personne nous sont données par sa Parole écrite seulement. Nous trouvons là une raison suffisante et impérieuse de ne pas céder à la dépréciation de l'écrit et à la dictature de l'image, car le premier est irremplaçable.

Une cohérence remarquable

On entend quelquefois dire que la Bible serait pleine de contradictions et qu'il y aurait même des incompatibilités entre Nouveau et Ancien Testaments, entre Jean et les auteurs des évangiles synoptiques, entre Jésus et Paul, pour se limiter à quelques exemples. Ce que ressent au contraire quiconque entreprend la lecture de la Bible sans préjugés et avec un minimum de sympathie pour ses textes, c'est le sentiment fort qu'ils révèlent un seul et même Dieu, bref c'est leur unité. Cette constatation est encore plus frappante quand on sait qu'ils ont été écrits par plusieurs dizaines d'auteurs durant plusieurs dizaines de siècles.

Il faudrait pouvoir disposer de l'espace de plusieurs études spécifiques pour montrer que les prétendues contradictions sont très exagérées et, par exemple, combien au contraire la complémentarité des témoignages des apôtres renforce leur véracité, combien la tendresse que l'on voudrait réserver au seul Christ dans le Nouveau Testament est aussi présente chez l'Eternel dans l'Ancien Testament ; inversement la colère de l'Eternel est aussi celle de l'Agneau. Il n'y a rien d'étonnant à cela puisqu'il s'agit dans les deux cas du même Dieu. De même une étude attentive des textes dont Paul est l'auteur et des évangiles montrerait combien l'apôtre, qui n'a pas connu le Christ « selon la chair », est néanmoins imprégné de son Esprit et inspiré par son comportement. On ne pourrait plus douter que Paul soit bien, comme il le revendique, un apôtre légitime de Jésus-Christ.

La cohérence des Ecritures n'empêche pas que tout n'est pas dit tout de suite, qu'il y a une progressivité dans la révélation. Il ne faudrait pas oublier qu'elles forment un livre épais qui, dans nos éditions, comporte en moyenne 1200 pages. Jean 3.16 est certes un beau texte ; cependant Dieu n'a pas réduit sa révélation à ce verset mais a jugé utile de la développer au long des 66 livres bibliques. On y trouve à la fois progression et continuité : tout n'est pas dit tout de suite, mais chaque fois ce qui est dit est vrai et cohérent avec ce qui précède et suit. De cette constatation provient le grand principe d'interprétation selon lequel l'Ecriture doit être expliquée par l'Ecriture.

Les connaissances bibliques risquent d'être fragmentaires si seulement quelques passages favoris de la Bible sont lus ou prêchés et les autres délaissés. L'Ecriture Sainte tout entière est indispensable à la connaissance non seulement du dessein complet de Dieu mais aussi de sa personne. Il est normal que chacun ait des passages préférés, mais il y a danger de s'en tenir à ceux-là seulement ; si une nourriture d'adulte ne succède pas au lait, le risque est grand que la croissance soit compromise. Une lecture sélective et répétitive des cinq ou six mêmes passages fait courir le risque d'un certain simplisme, d'un appauvrissement voire d'un déséquilibre de la foi. Au contraire la lecture de textes favoris sera enrichie après un long détour par d'autres textes. La Bible seule (Sola Scriptura) veut dire toute la Bible car si rien ne doit y être ajouté, rien non plus ne doit en être retranché.

D'une lecture (apparemment) facile à l'étude approfondie

La simplicité biblique, devenue expression proverbiale, est-elle fondée ? Les évangiles, qui passent parfois pour les écrits les plus simples de la Bible, rendent compte de la fréquente incompréhension des auditeurs de Jésus (Marc 7.18 ; Marc 8.17 et Marc 8.21 ; Jean 8.43) qui s'exprimait pourtant le plus souvent dans un langage imagé (les paraboles) apparemment facile à comprendre. Apparemment seulement, car le Seigneur affirme que ce langage même est destiné à être totalement hermétique aux uns (Matthieu 13.11-13) ! Et il ajoute que la compréhension des mystères du règne de Dieu est toutefois donnée aux autres. Effectivement les apôtres, lents à comprendre antérieurement à la Pentecôte, ont montré ensuite leur grande intelligence du règne de Dieu. Tout chrétien né de l'Esprit de Dieu appartient aussi à la seconde catégorie et trouve, dans le don de comprendre qui lui est promis, non un prétexte à paresser mais la raison de mettre en oeuvre toutes les ressources à sa disposition.

On ne peut pas dire des écrits bibliques qu'ils sont ésotériques ; et c'est pourquoi le bon sens pèse plus que l'instruction pour saisir le coeur de leur enseignement. Toutefois il ne faut pas le cacher, ces écrits ne sont pas toujours faciles. Par exemple dans l'affirmation suivante Jésus emploie un vocabulaire extrêmement simple, mais je serais étonné que quelqu'un puisse dire l'avoir comprise en une seule lecture : Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a (Matthieu 13.12 etc.). Nous supposons avec raison que cette phrase a un sens important que le texte ne livre pas immédiatement, et il en est souvent ainsi avec beaucoup d'autres textes bibliques. Deux conditions me semblent devoir être remplies pour trouver leur sens qui seul finalement édifie : sonder, étudier les textes, ce qui requiert efforts et recherches (l'aide de commentaires bibliques sera très utile et il y en a d'excellents, de ceux de Calvin à ceux publiés par Edifac par exemple) ; ensuite se soumettre au sens objectif (alors et là-bas) des textes avant de les intérioriser (ici et maintenant) trop précipitamment. La vérité n'est certes jamais périmée et reste valable en tous lieux et en tous temps, encore faut-il s'assurer qu'elle est la vérité du texte, et non pas une projection de nos désirs.

Les études bibliques en commun représentent une autre ressource mise à notre disposition pour éviter une lecture superficielle. Celles-ci, et la prédication, ne sont-elles pas les moyens par lesquels toute église persévère dans l'enseignement des apôtres, premier des quatre piliers qui constituent ses fondations (cf. Actes 2.42) ? L'enseignement des apôtres vient en premier car il est le fondement de la suite : la communion fraternelle, le culte rendu à Dieu et la prière qui clôt légitimement le tout parce que l'enseignement qui porte sur Dieu, une personne vivante, ne serait pas exact s'il se limitait à parler de Dieu et ne conduisait pas à parler à Dieu pour le louer et pour lui exprimer confiance. Combien de fois le substantif enseignement (ou doctrine) et les verbes correspondants se rencontrent dans la Bible et notamment dans le Nouveau Testament ! Le Seigneur même, dans les jours de sa chair, ne fut-il pas un Maître enseignant inlassablement avec une pleine autorité (Marc 1.22) et interrogeant : Avez-vous compris toutes ces choses ? (Matthieu 13.51) En effet Dieu attend de nous que non seulement nous croyions mais aussi que nous comprenions (cf. Es 43,10). Car, nous ayant créés, il sait que nous vivons seulement ce que, par sa grâce, nous avons enfin compris.



1. Auteur de Jésus, Desclée de Brouwer Flammarion, 1994.
2. Coauteur de La plus belle histoire de Dieu, Seuil, 1997. Après avoir qualifié R. Bultmann de « très grand exégète de ce siècle », J. Moingt reconnaît toutefois : « Cependant, aujourd'hui, les exégètes sont beaucoup moins sévères que Bultmann quant à la vérité des faits rapportés par les évangiles ».
3. Dans Corpus Christi notamment.
4. Par excès ou maladresses, quelques chrétiens évangéliques ont pu prêter le flanc à cette double accusation, mais il n'y a pas moins d'abus à la généraliser.

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