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Deux chemins pour traverser la crise sociale

Auteur :
Type : Dossier
Thème : Questions de Société
Source : Aimer & Servir
Réf./Date source : n°100
  
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Deux chemins pour traverser la crise sociale
  2. Le droit et le tordu : les processus sociaux de (dé)valorisation
  3. Ce que le démuni nous donne : le faible comme bouc émissaire
  4. Le Christ, paradigme d'une nouvelle manière de faire
Tiré d'une conférence d'un congrès de l'ASEV "La crise fatalité ou défi ?"

La crise sociale

La crise, aujourd'hui, nous pose question, nous pousse à agir. Elle interroge, parfois, nos choix de vie, nos certitudes. Or, les alternatives auxquelles nous sommes confrontés me semblent pouvoir, en gros, se ramener à l'opposition des deux chemins que nous présente le Christ dans le Sermon sur la montagne : un chemin large et spacieux, un autre étroit et resserré (Matthieu 7/13-14). "Etroit", "resserré" ; en écoutant ces mots me viennent des sensations d'étouffement, d'angoisse. Un coup d'oeil aux dictionnaires m'assure que j'ai bien entendu. Voyons pour l'adjectif stenos (employé pour qualifier la porte étroite) : étroit, resserré, gêné, chétif ; le substantif stenos signifie, pour sa part : anxiété, détresse. Regardons maintenant le verbe tlibô (le texte utilise son participe pour parler du chemin resserré) : serrer, presser, comprimer, resserrer, pressurer, accabler (de charges, d'impôts). Devant nous s'ouvrent deux chemins : l'un, celui du pouvoir oppressif, qui dégage la voie, déblaye, fait du large ; l'autre celui de la faiblesse qui accepte d'en passer par l'oppression subie, la détresse et la souffrance, mais qui sait que la vie se trouve au bout de la route. L'oppresseur vit au large mais meurt dans son confort. Soyons clairs d'emblée, quant à ce que nous mettons en avant. Il ne s'agit pas de rechercher la souffrance, d'inventer un nouveau dolorisme, mais d'accepter la faiblesse.

Ce contraste, entre l'un qui vit au large tandis que l'autre marche en subissant le poids de l'oppression, me ramène en arrière, vers les cours orientales qui environnaient le peuple d'Israël. La splendeur règne en ces lieux. Le roi trône dans sa force et sa beauté. Les courtisans s'empressent pour lui rappeler, chaque jour, que la grâce coule de ses lèvres. Ce pouvoir joue sur la mise en scène, le décor pallie les faiblesses réelles du roi. On le grandit en l'installant sur un piédestal, on le munit d'un sceptre qui donne la force à son bras, on l'entoure d'une garde qui assure son invincibilité. Le souverain doit être, tout à la fois, le plus sage, le plus pieux, le plus fort, le plus beau, et le plus généreux.

Le pauvre, l'homme du commun, émerge sur la toile de fond de ce paysage au titre de bénéficiaire des grâces royales. Le roi protège, dit-on, le droit du pauvre. Si le faible apparaît c'est donc pour se fondre dans un tout harmonieux, où le pouvoir, grand frère, se préoccupe de ses petits frères. L'harmonie règne et le souverain gagne encore en prestige par les libéralités qu'il accorde aux malheureux. Quelle douceur de vivre ! Là-bas il n'y a point de crise. L'ordre règne. Une mécanique bien huilée règle les rouages de la société. Chacun est à sa place. Nulle hostilité ne se fait jour. Une petite nation, cependant, vient déranger ce tableau idyllique. Les cours royales y semblent fort agitées. Des hommes à demi-fous rodent dans les couloirs. Ils se font appeler prophètes et se répandent en invectives. Le climat d'harmonie est brisé. A sa place émerge une vision tragique de la vie sociale. Le roi, prétendent-ils, ne s'occupe nullement du pauvre. Il aggrave, au contraire, sa condition. Les puissants du royaume se livrent à leurs exactions, à leurs expropriations, en toute impunité. L'antagonisme social refait surface là où d'autres voulaient le cacher. La crise est omniprésente.

Il y a deux chemins, deux visions du monde. L'idylle d'un côté, le tragique de l'autre. Tout semble aller bien d'un côté, tandis que les problèmes foisonnent de l'autre. La justice est du côté du pouvoir, ici, alors que l'injustice règne, là. Aujourd'hui, dans la crise que chacun voit, éprouve, subit, nous pouvons choisir deux chemins : celui du rapport de force, ou celui de la faiblesse. Celui qui cherchera à éliminer les gêneurs, ceux qui font tache, les victimes dérangeantes, ou celui qui, rejoignant les faibles dans leur souffrance voudra marcher avec eux, vers la vie.

Alors, pour mieux tracer les contours de ce chemin de faiblesse, je vous propose de nous confronter à ce texte limite, à ce brûlot, à cette bombe en puissance que représente le dernier chant du Serviteur dans Esaïe, aux chapitres 52 et 53. Ma formation de sociologue me conduit à le lire avec un oeil qui m'est propre. Elle me permet d'y discerner des éléments d'une actualité brûlante, d'y retrouver des questions sociales toujours à l'ordre du jour. Ce texte a, en effet, beaucoup à nous dire quant au travail social aujourd'hui, quant à l'approche de la crise à travers la faiblesse (Pour mieux suivre les nuances du texte nous l'avons retraduit, en consultant le texte original ainsi que des traductions existantes. Ce n'est pas le lieu de détailler ici les raisons techniques de nos choix. Nous livrons, à la fin du texte, notre traduction de l'ensemble du passage)

Je discerne, dans ce passage, trois grands niveaux de discours (on pourrait y voir d'autres éléments secondaires). Le dernier d'entre eux a trait au Christ. Il nous renverra à la lecture classique. Nous le garderons pour la fin, d'autant plus qu'il émerge plus fortement dans les derniers versets. Mais, avant d'en venir à cette lecture christologique, je voudrais m'attacher aux deux premiers niveaux de discours: les processus sociaux de valorisation et de dévalorisation, d'un côté, et l'usage social des faibles comme bouc émissaire, de l'autre.

Commentaires (1)

par leblanc_laurent@hotmail.com

je ne voie pas comment cet auteur peu nous aider spirituellement il a une philosophie pas de message de du ST-esprit qu es-qui vient faire ici.

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