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Réincarnation ou résurrection ?
3. Les attraits de la réincarnation

Auteur :
Type : Dossier
Thème : Religions et Croyances
Source : Construire Ensemble
Réf./Date source : 2001
  
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Réincarnation ou résurrection ?
  2. Je crois... la résurrection du corps
  3. Les attraits de la réincarnation
  4. Des chiffres surprenants
  5. Quand un moine bouddhiste devient chrétien...
  6. La résurrection : réflexions à partir de 1 Corinthiens 15
  7. Plus fort que la mort
  8. Résurrection - réincarnation : ils s’en font tout un film !
  9. Qu'est-ce que la résurrection change pour moi, aujourd'hui ?

On peut se demander quelles sont les raisons de l'engouement que suscite la réincarnation auprès de nombre de nos contemporains. Pourquoi cette doctrine séduit-elle tant de gens dont beaucoup seraient par ailleurs plutôt réfractaires à la religion sous ses diverses formes ? Comme toujours, il faudrait constater la convergence de plusieurs facteurs et toute réponse simple s'expose au risque d'être par là-même excessivement réductrice. Il me semble que l'on peut pourtant dégager deux raisons qui peuvent expliquer, au moins en partie, le succès de cette conception.

L'espoir de recommencer

Nos contemporains manifestent de plus en plus un souci de sécurité. Les innombrables recherches de responsabilité, dès que survient un drame, prouvent bien l'idée sous-jacente que normalement, aucun imprévu ne devrait se produire. Ce qui demeure pourtant comme l'imprévu prévisible et refoulé, c'est la mort elle-même. Bien sûr, nous savons tous que nous la connaîtrons un jour, mais notre société manifeste des trésors d'ingéniosité pour se cacher et nous cacher cette perspective inéluctable et souvent angoissante.

Or la réincarnation, dans son interprétation moderne et populaire, est le remède idéal. Après la vie, il y aura une autre vie ; les cartes seront redistribuées et on pourra jouer de nouveau. Pour l'Inde ancienne dans laquelle naît le bouddhisme, la réincarnation représente un cycle quasi infernal dont il nous faut sortir. Mais rien n'est plus éloigné de la pensée de nos contemporains que cette perspective. Recommencer une vie terrestre suffit amplement à leur bonheur et participe à la marginalisation de la mort qui se résume alors à un passage rapide entre deux vies. Penser ainsi suppose un regard optimiste posé sur la vie terrestre et bien souvent une sorte d'incapacité à penser qu'un au-delà de notre monde est possible. Il y a ainsi une approche qui s'accommode fort bien d'un certain matérialisme. C'est au fond avec délices que l'on envisage de rester sur cette terre. La réincarnation est alors comme la manifestation d'un fantasme d'immortalité. Les hommes et les femmes qui vivaient dans la misère, la crainte et la souffrance n'avaient guère envie de recommencer et rêvaient d'autre chose, un ciel, un nirvana, un paradis, qui sous une forme ou une autre serait enfin le repos éternel. Alors que, de nos jours, essayer à nouveau suffit à notre bonheur, un peu comme ces personnages des jeux qui ont un certain nombre de vies. Et cette possibilité est d'autant plus séduisante qu'elle ne relève même pas de la foi...

Faire l'économie de la foi

Nous aurions tendance à penser que certains « croient » à la réincarnation comme d'autres croient à la résurrection. Or là encore, les approches sont très différentes. Un des grands arguments qui peuvent séduire nos contemporains est la présentation rationnelle et presque « scientifique » que l'on fait souvent de la réincarnation. Il n'y a rien à « croire », dira-t-on fréquemment, juste à voir, à accepter des évidences que nous ne remarquons pas parce que notre culture les occulte.

On sait que la réincarnation a, dans nos sociétés occidentales, des racines diverses, mais toutes postulent que la réincarnation s'observe, se prouve.

La conviction de beaucoup est fondée sur des récits qui se présentent comme des témoignages certains, bien que personne ne soit allé les vérifier. Ce pourra être le récit d'une fillette indienne qui parle de l'homme ou de la femme qu'elle a été dans une incarnation précédente, dans une toute autre région du pays. Les informations s'avèrent bien sûr exactes, et comme tout se passe dans un pays qui accepte naturellement la perspective de la réincarnation, c'est cette interprétation qui sera confortée par le témoignage de la fillette. Ce pourra être aussi, de manière plus occidentale, le témoignage de cette personne qui est hypnotisée et qui revient en arrière pour revivre les événements de sa propre vie enfouis dans sa mémoire. Elle revient en arrière, devient enfant, bébé, puis change de voix pour parler d'une autre vie qui s'est déroulée ailleurs, autrefois et où elle était quelqu'un d'autre. Là encore, la loi du genre veut que ces témoignages soient vérifiables et que l'histoire racontée à l'insu du patient corresponde parfaitement avec la vie réelle d'une personne d'il y a quelques décennies, voire plus.

Il arrive également que les récits comprennent des signes physiques qui rappellent la personne décédée. Ce pourra être, dans le cas d'un assassinat par exemple, la trace de la blessure mortelle. Chacun connaît, d'autre part, l'importance que les tibétains attribuent à la reconnaissance par le petit enfant d'un certain nombre d'objets pour discerner la réincarnation d'un maître spirituel. Cette image de l'enfant-lama a souvent été présentée par les médias dans notre culture, particulièrement le cinéma, et la qualité de l'actuel Dalaï-Lama ajoute au caractère convainquant de ces témoignages.

Ce qui semble fréquent aujourd'hui, c'est une sorte de thérapie par retour aux vies antérieures. La personne n'est pas vraiment sous hypnose puisqu'elle reste consciente, mais elle est guidée par quelqu'un pour discerner ce qui a été une vie antérieure. Des phobies ou autres blessures psychiques peuvent ainsi être guéries par cette sorte de psychanalyse des vies antérieures.

Que penser de ces témoignages ?

Que faut-il penser de toutes ces approches qui semblent d'un grand poids à beaucoup ? Là encore méfions-nous des raccourcis excessifs. Souvenons-nous d'abord que nous avons normalement affaire à des gens sincères qui trouvent la réincarnation moins difficile à croire que la résurrection.

Le fait qu'une conviction soit une sorte de réponse à une angoisse naturelle comme la peur de la mort ne prouve rien, ni dans un sens ni dans l'autre.. Discerner un lien entre notre situation et cette espérance particulière peut tout au plus expliquer le succès actuel mais ne saurait rien apporter en positif ou en négatif au débat de fond qui porte sur la vérité possible de ce phénomène.

Les témoignages peuvent en revanche être mieux examinés car ils se veulent arguments sinon preuves. Que la croyance en la réincarnation repose d'ailleurs sur des témoignages ne devrait pas en soi nous dépayser. Si l'Église de tous les temps donne une telle place à la résurrection, c'est parce qu'elle repose sur le témoignage des premiers chrétiens qui avaient « vu et touché » Jésus ressuscité. Et nous croyons sur la foi de leur témoignage sans avoir pu vérifier mais parce que ce témoignage tel qu'il nous est transmis nous semble crédible.

Disons pour commencer que nous n'avons, me semble-t-il, pas de raisons de mettre en doute systématiquement la sincérité des témoignages présentés. Que beaucoup en rajoutent sous le coup de l'enthousiasme, c'est probable, comme dans des milieux qui nous sont plus proches en ce qui concerne miracles et guérisons. Mais cela ne suffit pas pour nier globalement le sérieux de tous les témoignages.

Il faut cependant remarquer que les récits de souvenirs venant de petits enfants semblent bien n'apparaître que dans des cultures qui sont comme prédisposées à les recevoir à cause de leur croyance en la réincarnation. Mais nous devons admettre également que de tels témoignages seraient peut-être refoulés ou cachés dans d'autres cultures qui ne présenteraient pas d'interprétations disponibles mais qui risqueraient d'y voir l'effet d'une possession par exemple. Combien de ces récits reposent sur des faits vraiment sérieux ? Il serait difficile de le dire. Chercher à vérifier demanderait un investissement extraordinaire et généralement, seuls ceux qui défendent une cause sont prêts à le donner. On peut cependant noter qu'en voulant prouver certains récits prouvent trop. En effet si, comme le pense le bouddhisme le soi n'existe pas, ces témoignages d'une transmission de mémoire d'une « incarnation » à l'autre, et parfois même de signes physiques, ne cadrent pas avec la doctrine.

Il semble d'autre part que les récits de régression vers des vies antérieures correspondent assez facilement à des clichés (chevalier, soldat romain, princesse etc.) qui pourrait bien venir de la mémoire inconsciente du « patient ».

Ce qui me semble plus important, c'est de dissocier les faits qui nous sont présentés de la réincarnation qui n'est qu'une interprétation possible de ces phénomènes. Or, à supposer que certains de ces témoignages s'avèrent exacts, il serait sans doute possible d'avancer d'autres interprétations, naturelles ou surnaturelles. Certains peuples d'Afrique par exemple connaissent des phénomènes semblables mais les interprètent autrement. Il s'agirait d'une influence, d'une sorte de possession de la personne décédée qui, sans quitter le royaume des défunts, devient alors protectrice de la personne vivante (1). D'autres ont suggéré d'autres interprétations comme la communication de pensée, une mémoire extra-sensorielle, voire l'accès à une mémoire collective etc.

C'est généralement parce que le phénomène se produit dans une culture ou dans le cadre d'un groupe qui acceptent la réincarnation qu'il est immédiatement interprété dans ce sens. La question est de savoir s'il s'agit effectivement de preuves ou si, comme on peut le suggérer, il s'agit plus simplement de phénomènes qui doivent ensuite être interprétés, la réincarnation devenant alors une question de foi et non un phénomène qui s'impose à l'observateur impartial. Ce que nous pouvons affirmer, c'est le caractère illusoire du fondement scientifique de la réincarnation. Il s'agit simplement d'une des grandes interprétations religieuses de l'après-vie. Y croire relève de la foi, au même titre que croire en la résurrection et le choix entre les deux s'inscrit dans la conception du monde qui devient alors la nôtre à partir de cette foi. Le fait que cette interprétation paraissent à beaucoup plus rassurante et plus économique que la résurrection qui suppose la foi en Christ explique sans doute son succès, mais ce n'est que le succès d'une croyance souvent coupée du fondement religieux qui lui donnerait sens et que nos contemporains seraient beaucoup plus réticents à accueillir. Nous ne devons ni balayer d'un revers de main à la manière rationaliste des témoignages qui nous dérangent, ni leur accorder plus de crédit qu'ils ne le méritent. Il reste sans doute tout un travail à accomplir qui supposerait vérification et tentatives d'interprétation de certains phénomènes à partir d'un examen sérieux des faits et de la révélation de Dieu en Jésus-Christ.


1 Pascal Thomas, La réincarnation, oui ou non ?, Le centurion, Paris 1987, pp. 38-40

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