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Réincarnation ou résurrection ?
6. La résurrection : réflexions à partir de 1 Corinthiens 15

Auteur :
Type : Dossier
Thème : Religions et Croyances
Source : Construire Ensemble
Réf./Date source : 2001
  
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Réincarnation ou résurrection ?
  2. Je crois... la résurrection du corps
  3. Les attraits de la réincarnation
  4. Des chiffres surprenants
  5. Quand un moine bouddhiste devient chrétien...
  6. La résurrection : réflexions à partir de 1 Corinthiens 15
  7. Plus fort que la mort
  8. Résurrection - réincarnation : ils s’en font tout un film !
  9. Qu'est-ce que la résurrection change pour moi, aujourd'hui ?

Après les incestes, procès entre chrétiens, inconduites et autres débordements, on aurait pu penser que c'était fini... Mais Paul semble avoir gardé pour la fin la question qu'il considère comme la plus sérieuse (c'est ce que laissent supposer ses remarques : votre foi est vaine, v. 14 ; ceux qui sont morts en Christ sont perdus, v. 18). À première vue, contrairement aux problèmes des chapitres précédents, c'est plus une question de doctrine que d'éthique qui va être abordée. Mais chacun sait que nos actes sont inspirés par nos croyances, et il y a de bonnes raisons de penser que les comportements décrits dans l'ensemble de la lettre ne sont pas sans rapport avec le chapitre 15 (voir la conclusion " pratique " du v. 58).

Des cadavres reviennent à la vie

Il semble que la pensée d'une résurrection des corps, peut être associée à l'idée d'être soumis au pouvoir destructeur de la mort, ait été à l'origine du problème de certains Corinthiens (1). Pour des esprits aussi spirituels et nobles que ces Corinthiens remplis de sagesse et d'éloquence (non pas tous, mais probablement les plus cultivés et donc les plus fortunés, voir ch. 1 et 2), imaginer qu'il existe une puissance autre que celle du Christ qui domine sur eux (celle de la mort) devait être insupportable ; de même, imaginer que des cadavres puissent se relever pouvait être choquant. Il faut dire que l'air du temps n'était pas à la valorisation de la matière (la pensée greco-romaine valorisait plutôt l'âme au détriment de la matière inutile, voire corrompue, qui l'emprisonnait). Mais il faut reconnaître qu'on serait peut-être hésitants si on nous demandait de passer l'éternité avec notre corps présent... La " résurrection " dont parlent les chrétiens ne serait-elle pas plutôt un renouvellement intérieur effectué par l'Esprit et dont l'âme bénéficierait pour l'éternité ?

Un rappel de la tradition

Dès le début du chapitre, Paul prend soin de montrer l'ancienneté de la tradition à laquelle il se rattache. Certes, tout ce qui est ancien n'est pas forcément juste, mais dans le cas qui nous concerne, les arguments invoqués par Paul sont de poids : la prédication apostolique (15.1), les premières confessions de foi de l'Église (15.3a-5), des témoins nombreux et connus (15.6-8). La réalité de la résurrection est ancrée dans l'histoire. Non, la résurrection n'est pas quelque chose qui a été ajouté, elle n'est pas non plus une " image " ! Oui, elle est fait partie intégrante de la foi des origines ! Mieux encore, elle est conforme aux Écritures (15.4).

Le précédent du Christ

Mais quelle résurrection ? Celle du Christ ! Paul renvoie ses lecteurs au Christ – il est la référence – puis du Christ, il reviendra à la situation des chrétiens – il est le modèle. Sa résurrection, qui devient impossible si on nie la résurrection en général, est un avant-goût de ce qui nous attend (2) Certains Corinthiens semblaient avoir oublié ce secret de la vie chrétienne si cher à Paul : le lien étroit qui unit le croyant au Christ. D'où cet aller-retour : la résurrection du croyant – la résurrection du Christ – la résurrection du croyant. L'événement-Christ est unique, bien entendu, mais en même temps, le chrétien y est associé au point de pouvoir dire : " je suis mort avec lui ", et même " je vais ressusciter comme lui ". Et ce lien est créé avec le Christ au détriment du lien qui associe normalement l'être humain à Adam – et donc à la mort qui est entrée par lui dans le monde (15.22). Le Christ, marchant en premier, a investi le terrain de la mort, l'a vaincue et la détruira définitivement au jour de sa venue, pour le bien de tous ceux qui lui appartiennent (15.23-27).
Paul rappelle en quelques versets (v. 23-28) le plan de Dieu et montre comment l'idée de résurrection se situe pleinement dans la logique de l'intention originelle de Dieu : établir son règne sur l'univers entier. En Christ, Dieu a dévoilé son plan et l'a mis en oeuvre (ce qui avait été impossible en Adam) ; mais ce plan n'a pour l'instant été appliqué jusqu'au bout qu'à un seul homme : il reste à l'appliquer à tous ceux qui appartiennent au Christ.

Pas de résurrection, pas de sens

Mais finalement, et concrètement, pour des gens comme nous – les chrétiens – qui répètent que la foi donne du sens à leur vie, la vie chrétienne ne serait-elle pas absurde sans résurrection des corps ? Pourquoi supporter la souffrance ? Pourquoi consacrer son énergie à l'avancement du royaume ? Pourquoi s'occuper des malades ? Pourquoi encourager les artisans des pays en développement ? Paul place ses lecteurs devant un choix : d'un côté une pratique chrétienne cohérente, une conception globale du salut, un souci de l'être humain dans sa totalité (3), le tout alimenté par la conviction qu'il existe une continuité au-delà de la mort ; d'un autre côté, au pire une pratique chrétienne " athée " (" mangeons et buvons, car demain nous mourrons ", 15.32), au mieux, une conception sélective du salut, les corps étant exclus du processus de rédemption. Or la rédemption est cosmique, et rien n'échappe à la victoire du Christ (4). Dieu ne rejette pas son oeuvre, il ne la détruit pas, mais il la juge, la sauve et la transforme. Le corps que Dieu nous a donné pour entrer en contact avec lui, avec les autres et avec le monde ne va pas disparaître – comme si le salut conduisait à une réduction de ce que nous sommes. Il a un avenir et cela nous donne peut-être une idée du programme de l'éternité.

Un corps nouveau pour tous

Il faut reconnaître, à la décharge des Corinthiens, qu'il est difficile de comprendre ce qu'est un " corps ressuscité ". Nos corps sont tellement marqués par la faiblesse qu'on peut avoir du mal à leur imaginer une place dans la nouvelle création. Paul sent bien cette difficulté. D'où les images variées et surprenantes de " corps " qu'il utilise (animaux, planètes, ... 15.37-41) Le corps " incorruptible ", qui est promis aux croyants, est aussi indescriptible, ou en tout cas n'est pas à la portée des mots habituels. L'effort de description de Paul pourrait être aussi une invitation à un effort d'imagination de notre part. Nous ne pouvons pas imposer des limites à Dieu à cause des limites de notre intelligence (" Insensés ! ", 15.36). La résurrection est l'événement qui fait le lien entre le corps présent faible et le corps à venir incorruptible. Un événement fait de continuité et de nouveauté, un événement de permanence et de transformation, comme lorsqu'on passe un vêtement nouveau (15.53-54), comme lorsque la graine devient plante (15.37) C'est ce paradoxe qui est difficile à décrire : le passage d'un corps régi par la " seule vie naturelle " à un corps régi " par l'Esprit " (15.44, Bible du Semeur), mais qui reste un corps quand même – notre corps – comme celui du Christ.

Last but not least !

La dernière remarque de Paul n'est pas la moins intéressante. L'instant de la résurrection est aussi le moment où morts et vivants se rejoignent (15.51-55). Et si morts et vivants peuvent répondre, en même temps, au son de la dernière trompette (15.52), alors cela signifie que la mort a définitivement disparu. Finalement, c'est ça qui est important... On pourrait d'ailleurs penser que dans ce chapitre, Paul insiste plus sur la défaite finale de la mort que sur la résurrection en elle-même (v. 26, 54-56). S'il est question de défaite finale à venir de la mort, cela signifie que la mort fait encore partie de ces " puissances " (v. 24) qui ont du pouvoir dans le présent. Mais lorsque Dieu aura mené son projet jusqu'à son terme – projet dont il nous a fait la démonstration éclatante en Christ – alors tout sera différent. C'est dans cette attente que nous vivons activement le moment présent (v. 58).


1 Il est difficile de reconstruire précisément les convictions des Corinthiens dans ce domaine. Mais on peut distinguer deux origines (qui peuvent éventuellement être associées) à ce problème de résurrection :
 - Une résistance à l'idée de résurrection du corps ; dans ce cas, la philosophie des Corinthiens les avait conduits à éliminer le corps de l'événement de la résurrection et donc à développer une conception spirituelle de la résurrection. A partir de là, il est évident que la distinction entre le "déjà" (ce qui est réalisé) et le "pas encore" (ce qui relève de notre espérance) devient plus floue... Affirmer qu'on a dès à présent un corps ressuscité, c'est difficile, mais pour l'âme, allez vérifier !
 - La conviction de n'avoir plus à souffrir de l'influence des "puissances", y compris de la mort.
2 Pour bien comprendre le raisonnement de Paul, il faut rappeler que les Juifs percevaient la résurrection dans sa dimension globale, résurrection du peuple, ou des justes (Ez 37.1-14 ; Dn 12.1-3, voir Es 26.19). La résurrection "individuelle" du Christ a donc un caractère "inattendu" (mais voir Es 53.10-12). C'est pourquoi Paul y voit sans hésitation l'annonce d'une résurrection plus globale, comme les prémices le sont pour la récolte (15.20).
3 Ce qui n'exclut pas la distinction (biblique) entre "homme intérieur" et "homme extérieur". L'être humain, contrairement à ce qu'on entend souvent aujourd'hui, n'est pas seulement matériel.
4 Ce qui ne signifie pas que le salut est universel...

Commentaires (1)

par Aline

Bonjour,
Pourriez-vous m'éclairer sur le sens du mot incorruptibilité : "Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu de l'incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu de l'immortalité".
Etant donné que l'incorruptibilité est le fait, pour un cadavre, de ne pas se putréfier. Donc, le corps deviendra immortel ?
Mais qu'en est-il de notre âme ?
Au verset 52, il est écrit : " en un instant, en un clin d'oeil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés".
Est-ce que l'état de l'âme juste avant la dernière trompette (par exemple une âme qui pêche toujours par égoïsme, orgueil, et autres...) sera comme par magie changée en une âme pure ?
Ou bien sera-t-elle toujours comme elle était avant la dernière trompette, tout en ayant un corps incorruptible ?

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