Comment Martin Luther King est-il devenu pacifiste?

2. Les parents de Martin Luther King

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Type : Dossier
Thème : Personnalités protestantes
Source : Lueur   
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Comment Martin Luther King est-il devenu pacifiste?
  2. Les parents de Martin Luther King
  3. L’Eglise de Martin Luther King, l’Eglise Noire Américaine
  4. Les études de Martin Luther King
  5. De la théorie à la pratique : le pastorat de MLK
  6. Comment passer à la non-violence ?
  7. Martin Luther King et la doctrine de Dieu

Notons tout d'abord l'impact du concret de la vie et de l'enseignement de ses parents et de ses grands-parents. Nous le voyons notamment dans une anecdote qui aura une influence durable sur le comportement de Martin. Tout petit, il avait l'habitude de jouer avec un gamin du voisinage. C'était le fils d'un commerçant du quartier, et tout se passait pour le mieux entre eux, avec les jeux et les chamailleries qui peuvent exister entre tous les copains de cette tranche d'âge. Et jamais Martin n'avait eu l'impression d'une différence entre eux deux. Bien sûr, le gamin en question était blanc, et alors? Qu'est-ce que cela changeait?

Seulement, un jour il a bien fallu que les enfants commencent à aller à l'école. Et c'est alors que les choses ont commencé à se compliquer.

A l'époque, la ségrégation règne dans la société du sud des Etats-Unis, et, à leur grand dam, les deux enfants découvrent qu'ils ne pourront pas fréquenter le même établissement scolaire. C'est un grand désenchantement pour le petit Martin, qui a été élevé dans le milieu relativement protégé de la bourgeoisie noire naissante de l'époque. Mais ce qui est plus dur encore à supporter pour lui, c'est lorsqu'il apprend qu'à partir de ce moment-là, les parents du gamin blanc lui ont purement et simplement interdit de continuer à venir partager ses jeux. Pour ce dernier, c'est sa première expérience concrète de l'injustice au quotidien. Et il en demande des explications à ses parents. C'est alors, que, pour la première fois, ses parents lui parlent des tragédies causées par la ségrégation raciale. Ils mentionnent quelques-unes des humiliations qu'ils ont dû subir, eux aussi. "J'en fus profondément choqué", dira-t-il à ce sujet. Et il se sent envahi par la haine et la fureur. Comment de telles choses peuvent-elles être possibles? "A partir de ce moment-là je résolus de haïr tous les blancs" (3).

Sa mère lui donne pourtant un conseil dont il se souviendra longtemps: "Ne te rabaisse jamais au point de te laisser aller à la haine". Et d'ajouter ensuite: "Ne pense jamais que tu es inférieur à qui que ce soit. Tu dois toujours te souvenir que tu es quelqu'un" (4). Ces paroles reviendront plus tard à l'esprit du jeune Martin et l'aideront à avancer dans sa recherche d'une existence non-violente. Mais en attendant, il ne comprend pas comment il pourrait se faire qu'il puisse aimer ces blancs qui le traitent comme un moins que rien et qui le haïssent. Et plus il grandit, plus cette haine se renforce en lui. Il faut dire que les humiliations sont fréquentes qui déchaînent en lui une rage irrépressible. Un jour qu'il est dans une boutique du Centre Vile, une femme blanche, incommodée par sa présence, lui allonge une claque en le traitant de "petit nègre". Il tremble de colère quand il voit des policiers blancs brutaliser des enfants noirs qui n'ont pour tout tort que d'être là sur leur passage. Il ne supporte pas de voir des hommes faits traités de "boy", "garçon", ou lynchés par des blancs sans que ceux-ci risquent d'être inquiétés.

Soulignons que, dans ce contexte ségrégationniste avec ces injustices constantes et ces humiliations quotidiennes, les parents de King auraient très bien pu tenir un discours de haine et de vengeance, et apprendre à leurs enfants à haïr. Mais il n'en est rien. Au contraire, ils ne cessent de dire à leurs enfants qu'il ne faut pas haïr les blancs, et que, malgré leurs actes indignes, il faut les aimer.

Mais allons un peu plus avant dans notre découverte du contexte familial dans lequel King est élevé. Ses parents se montrent aimants à l'égard de leurs enfants, certes, mais la vie à la maison n'est pas toujours facile pour eux. Le père King est un vrai "pater familias" traditionnel. En théorie, il est partisan du dialogue en famille, mais dans la pratique, il en va tout autrement. Tout le monde doit filer doux devant lui, et Martin a du mal à supporter son autoritarisme qui lui semble étouffer sa personnalité...

Il faut dire qu'il est un jeune garçon intelligent, rempli d'énergie et de volonté, mais aussi ambitieux et volontaire. Tiraillé entre son admiration pour ce père qui ne plie jamais devant les blancs et sa révolte devant ses méthodes d'éducation pour le moins énergiques, il essaye souvent de temporiser, mais il lui faut s'exprimer et dépenser son énergie d'une manière ou d'une autre... Ceux qui le côtoient alors font fréquemment les frais de son sentiment de frustration dans ce domaine. En effet, Martin aime le sport, mais, dans les jeux d'équipe, il fait souvent cavalier seul, ne passant pas la balle à ses coéquipiers au basket-ball, par exemple, et essayant de marquer les paniers tout seul. Physiquement, il est fort, et, quoique de petite taille, il ne s'en laisse remontrer par personne, et il écarte avec violence tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Dans les bagarres entre gamins, comme il y en a souvent à cet âge, il a rarement le dessous, et ses compagnons de jeux se souviendront longtemps des raclées qu'il aura pu administrer à l'un ou l'autre d'entre eux... à tel point que personne n'ose le provoquer dans quelque domaine que ce soit. Martin aime aussi danser, et dès sa plus tendre jeunesse, il collectionne les conquêtes féminines, ce qui flatte sensiblement son ego, mais ne l'empêche pas d'avoir des sautes d'humeur fréquentes et on ne peut plus désagréables pour ceux qui le côtoient quotidiennement.

On voit donc que l'action non-violente et le pacifisme ne seront jamais pour lui une évidence, quelque chose qui fait partie de son tempérament, de sa nature, mais qu'il lui faudra en intégrer intellectuellement le concept d'abord, puis apprendre à le mettre en pratique concrètement dans sa vie, ce qui ne sera pas, nous pouvons l'imaginer, sans grands combats intérieurs.

Avant de terminer ce chapitre des influences familiales sur le cheminement de Martin Luther King, il est peut-être bon de remarquer aussi que son grand-père maternel était né en 1863, soit deux ans avant que l'abolition de l'esclavage ne prenne effet. Il avait été pasteur baptiste, et fut un des membres fondateurs de la branche locale de la N.A.A.C.P. (5) , à Atlanta. Cette "Société pour l'Avancement des Personnes de Couleur" oeuvrait par des moyens légaux, cherchant à obtenir davantage de justice pour la communauté noire. Le père de Martin Luther King était lui aussi très engagé dans cette même association. On peut donc comprendre qu'avec un tel contexte familial, pour le jeune Martin, s'engager à oeuvrer pour la justice semblerait aller de soi.


3 Stephen B. Oates, Let the Trumpet Sound, The Life of Martin Luther King Jr, New American Library, New York, 1982, p.10
4 Richard Deats, Martin Luther King, Jr., Spirit-led Prophet, New City Press, New York, 2003, p.19
5 National Association for the Advancement of Colored People

Commentaires (1)

par Cicero

N'y a pas de doute l'importance de une bonne éducation, c'est a dire, l'importance des notre parents.

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