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Vues chrétiennes sur l'avortement et l'euthanasie
4. Les réponses chrétiennes à l'avortement

Auteur :
Type : Dossier
Thème : Santé & Psychologie
Source : Aimer & Servir
Réf./Date source : 142  
Publié sur Lueur le
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Sommaire du dossier :
  1. Vues chrétiennes de l'avortement jusqu'à l'euthanasie
  2. La vie humaine, objet technique et de consommation
  3. Les réponses chrétiennes à l'avortement

Comment répondrons-nous en tant que médecins chrétiens ? Nous devons reconnaître la douleur et l'anxiété humaine qui se cachent derrière ces problèmes complexes. Au lieu de nous ériger en juges contre ceux qui font des choix que nous désapprouvons, nous sommes appelés à comprendre, à nous identifier et à entrer dans l'expérience humaine. Et nous sommes appelés à trouver le moyen d'accompagner ces parents en accord avec la révélation chrétienne.

La façon dont nous devons nous traiter mutuellement vient finalement de la manière dont nous sommes faits. L'éthique chrétienne prend sa source dans l'anthropologie chrétienne. Ainsi, au coeur de l'éthique médicale, se trouve la question : « Que veut dire être un être humain ? »

Aussitôt surgit la réponse selon la Genèse : un être humain est une personne unique créée et conçue à l'image de Dieu. Les être humains sont des créatures faites à l'image de Dieu. Des entités créées sur la planète, seuls les êtres humains sont créés pour refléter l'être de Dieu, le caractère de Dieu. Et nous sommes des personnes uniques, des pièces maîtresses pour symboliser l'amour.

Pour le biologiste évolutionniste, les êtres humains sont des primates avec une petite substance extra-corticale, comparés aux chimpanzés. Pour le technologue, ce sont des machines à traitement d'informations, faites de carbone au lieu de silicone. Mais pour le chrétien, selon la Bible, les êtres humains sont des pièces maîtresses uniques qui reflètent le caractère de Dieu, leur Créateur : créés à partir de la poussière - de la même matière que tout le reste - créés dépendants et fragiles, mais tout de même à l'image de Dieu.

Comme nous sommes faits pour refléter l'image de Dieu, nous ne pouvons nous expliquer par nous-mêmes. On ne peut apprendre ce que veut dire être un être humain en étudiant le génome humain ou le développement de l'embryon ou en comparant le comportement humain à celui des animaux. Non, ce que nous sommes, provient de l'extérieur, du caractère de Dieu qui nous a créés, afin que nous le représentions.

Supposez qu'une super intelligence étrangère située dans la galaxie Andromède doive recevoir une image de la planète terre. Vous pouvez imaginer les étrangers super intelligents examinant en détail chaque point de cette image, essayant de comprendre sa signification, jusqu'à ce qu'ils réalisent que c'est une représentation d'une autre réalité, - en fait, une image du métro londonien - ils ne pourront jamais comprendre. L'image est la représentation d'une autre réalité, la configuration d'une trame de tubes enfouie sous terre, dans un endroit particulier. A moins que vous ne considériez ce fait fondamental, vous ne pourrez jamais comprendre cette image. Elle ne s'explique pas par elle-même. Il en va de même des humains.

Alors, comment pouvons-nous comprendre la formation du foetus et du bébé dans le ventre de sa mère ? Pour le biologiste du développement, le processus est en premier lieu une question de déterminisme. Une cellule, deux cellules, quatre cellules, huit cellules, seize cellules. Clic, clic, clic -la machinerie moléculaire tourne à toute vitesse. Mais en même temps, Dieu appelle un individu unique à l'existence. Et chaque fois que Dieu appelle, Il appelle par un nom, comme une personne unique. Comment ces deux réalités peuvent-elles être vraies simultanément ? Je ne sais.

Cependant, la théologie biblique nous enseigne souvent que nous devons considérer l'immatériel et le concret en même temps. Jésus est pleinement humain et pleinement divin. Les mots de la Bible sont des mots d'humains et pourtant, ce sont aussi les mots de Dieu. L'embryon n'est qu'une boule de cellules, qu'une entité d'une machinerie cellulaire et cependant, en même temps, Dieu appelle une pièce maîtresse unique à l'existence.

Alors, à quel moment du développement humain parle-t-on d'une personne, d'un être à l'image de Dieu que nous avons le devoir de protéger ? Bien entendu, cela fait l'objet d'une douloureuse controverse entre chrétiens depuis la première église. Je ne peux vous donner que ma propre conclusion. Il me semble qu'essayer d'utiliser la biologie pour déterminer à quel moment une personne existe est une erreur. Nous ne pouvons attendre de la biologie qu'elle révèle le moment où commence l'alliance de Dieu envers un individu.

Nous distinguons les personnes uniquement par amour, en trouvant l'humanité de chacune d'elles à travers l'interaction et l'engagement. Mais si vous examinez sous tous les angles votre développement en tant que foetus à l'embryon unicellulaire, il n'y a aucun moment où vous puissiez dire : « Ca, ce n'est pas moi ». C'est ce à quoi vous ressembliez à l'âge de quatre jours.

Dieu vous connaissait, vous, l'unique personne qu'il voulait que vous deveniez. Il vous aimait. Il s'était engagé envers vous et vous appelait à l'existence.

Ainsi, même si nous ne pouvons être certain que chaque embryon se développera en un enfant - l'implantation pourrait échouer et l'embryon être perdu - ma propre conclusion est que nous devrions donner à chaque embryon le bénéfice du doute. Nous devrions traiter chaque embryon avec respect et le protéger jusqu'à ce que nous découvrions si Dieu appelle cet individu unique à vivre ou non.

Et quand Dieu pénètre dans l'histoire humaine, comment le fait-Il ? Vient-il comme le souverain du monde, en dictateur suprême pour réclamer son héritage ? Non, Il vient comme un foetus dans le ventre de sa mère. En fait, Il vient comme un embryon. Vous êtes-vous jamais demandé à quoi pouvait bien ressembler Jésus quand Il était sur terre ? Eh bien, je peux vous le dire : Il ressemblait à un embryon tout comme pourrait le montrer une photo de foetus

Jésus a expérimenté chaque étape de la vie humaine comme nous. Il n'y a pas une étape du processus humain que nous traversons par laquelle Jésus ne soit pas passé. Comme le disait un écrivain : « Il était dans le ventre de sa mère comme Il sera avec nous dans la tombe. » Parce que Jésus a été un foetus, chaque foetus est unique. Parce que Jésus a été bébé, chaque bébé est unique. Parce que Jésus était un homme mortel, tous les humains ont de la valeur aux yeux de Dieu.

Comment pouvons-nous donc traduire ce que nous venons de voir en termes de soins pratiques ? Ma propre conclusion est que la destruction délibérée de la vie des embryons ou des foetus - même pour les meilleurs motifs, même pour malformation ou maladie foetale sévère - est, en fin de compte, un acte « subchrétien ». Il me semble qu'il devrait y avoir un moyen de démontrer l'attention et l'amour de Dieu dans cette situation tragique. De nombreux parents ne souhaitent pas réellement une interruption de grossesse, mais ils pensent souvent qu'il n'y a pas d'autre alternative - les soins aux enfants handicapés et à leurs familles sont insuffisants et la société peut se montrer très cruelle envers les handicapés. N'est-ce pas faire preuve de bonté et de responsabilité que de mettre fin à la vie d'un handicapé plutôt que de le transporter dans ce monde cruel ?

Il y a un meilleur moyen, mais c'est un moyen coûteux. C'est celui de l'amour altruiste et du soutien délicat, de la compassion, de la proposition d'alternatives réalistes à l'avortement, du soutien pratique pour prendre soin d'un enfant handicapé ou en fin de vie, ou peut-être un service chrétien d'adoption d'enfants. En tant que chrétiens, chaque fois que nous disons que quelque chose est mauvais, nous devrions toujours simultanément proposer une alternative à ce que nous avançons. C'est la meilleure solution. Un des plus merveilleux développements dans de nombreux pays est représenté par un réseau de centres gérés par des chrétiens qui procurent conseils et soutien pratique à des hommes et femmes qui vivent une grossesse critique. Avez-vous un tel groupe dans votre ville auquel vous pouvez adresser les femmes qui ont une grossesse à problème ? Pouvez-vous contribuer au lancement d'un tel centre ?

En guise d'exemple, j'aimerais vous raconter l'histoire de Christopher, né d'amis proches à Londres, Alan et Verity. Lorsque Verity fut enceinte, nous étions tous au comble de la joie, mais les tests de dépistage à vingt semaines de grossesse ont conclu au syndrome d'Edwards, la trisomie 18. Presque tous les conseils médicaux préconisaient de recourir à une interruption de grossesse. A quoi cela pouvait-il servir de poursuivre la grossesse, sachant que l'enfant n'était pas viable ?

Plusieurs philosophes ont argumenté que, dans ce genre de cas, « les parents ont le devoir moral d'avorter. C'est une vie qui ne vaut pas la peine d'être vécue. »
Mais après avoir pris conseil auprès d'amis chrétiens, Verity et Alan ont décidé de poursuivre la grossesse. Au terme prévu, Christopher est né et dès sa naissance, présenta tous les signes objectifs du syndrome d'Edwards, mais, fait surprenant, il sembla ne pas devoir mourir immédiatement. Alan et Verity l'ont ramené à la maison et emmené régulièrement à l'hôpital local ainsi qu'à notre église où il a touché le coeur de nombreuses personnes. C'était un petit bébé fragile qui semblait capable de susciter l'amour de chacun. Il a vécu six mois et quand, finalement, il est décédé paisiblement à la maison, il avait presque le même poids qu'à sa naissance. Des centaines de personnes sont venues à ses funérailles, rendre hommage au bébé minuscule et malformé qui avait touché tant de coeurs. Un des amis d'Alan lui a dit : « Même si Christopher était incapable de grandir, il a aidé d'autres personnes à grandir. » Car Christopher aussi, à sa manière, était une pièce maîtresse unique, une pièce maîtresse défectueuse.

Etrange mystère : parfois, ce n'est pas dans les échantillons humains parfaits, tels l'athlète olympique ou le lauréat du prix Nobel, que nous voyons l'image de Dieu, mais nous voyons Christ dans les affligés, les malformés, les imparfaits. C'est un des exemples du mystère de Pâques. Dieu ne s'est pas révélé à travers une majesté glorieuse, mais sous les traits d'un homme brisé, au corps sanglant cloué sur une croix.

Bien sûr, ce n'est pas une solution facile pour les parents, mais je crois que nous devons trouver les moyens d'encourager et soutenir les parents qui refusent l'interruption de grossesse, prêts à accepter leur enfant, quel que soit le sort que l'avenir leur réserve. Quand nous proposons l'interruption de grossesse pour foetus malformé, nous envoyons un message de rejet. « Ce foetus n'est pas assez bien. Il est de qualité inférieure. C'est une vie qui ne vaut pas la peine d'être vécue. »

Par contraste, j'aime la définition de l'amour chrétien selon Joseph Pieper : « L'amour est un moyen de dire à une personne : c'est bien que tu existes, c'est bien que tu sois venu au monde. »

En tant que parents modernes, nous avons tendance à être des maniaques du contrôle. Nous voulons nous assurer que nos enfants auront les meilleurs résultats et nous savons ce qu'il y a de mieux pour eux. La technologie de la reproduction a un rôle à jouer dans cet esprit de contrôle. Elle semble offrir la possibilité de contrôler le processus de reproduction, afin que nos souhaits soient accomplis.

Mais il me semble que la conception chrétienne, sur le fait d'être parent est tout à fait différente. Nos enfants ne sont pas notre propriété et nous ne pouvons les contrôler. Nos enfants sont des êtres vivants mystérieux et merveilleux, des personnes humaines à part entière avec leurs propres droits.

Gilbert Meilander a écrit : « Nous sommes très réticents quant à laisser percer le mystère de la personnalité - semblable en dignité à la nôtre - de nos enfants... Il nous faut réaliser que les enfants qui viennent après nous ne sont pas simplement un produit que nous devons mouler à notre convenance. »

Quand les Pères de l'Eglise ont cherché à définir la relation entre le Fils et le Père, ils ont statué que Christ a été « engendré et non créé. » Ce que nous créons est un produit selon notre volonté et se trouve donc sous notre contrôle. Ce que nous engendrons provient de notre être et est semblable à nous. Le Fils n'était pas créé par le Père, Il est issu de Sa personne.

De la même manière, nous ne créons ni ne contrôlons nos enfants, nous les engendrons. Parfois, nous utilisons la technologie de la reproduction pour faciliter la conception d'un enfant, mais je crois qu'il est faux d'essayer de faire de notre enfant un produit de notre volonté à contrôler et à manipuler.

Ceci s'applique aussi au problème des soi-disant jumeaux sauveurs - où un enfant est sélectionné pour avoir le génotype qu'il faut pour agir comme un donneur d'organes pour un jumeau vivant. Bien sûr, on peut comprendre le désespoir des parents qui les conduit à recourir à n'importe quelle solution devant une maladie incurable. Mais utiliser la technologie afin de contrôler et manipuler le génotype d'un enfant dans l'intérêt d'un autre et forcer un petit enfant à agir comme un donneur d'organe, me semble aller un peu trop loin. Il doit exister de meilleures solutions. Et bien entendu, il y en a - même si les publicités des media ne le soulignent pas - il existe d'autres méthodes pour trouver des donneurs d'organes compatibles, en créant par exemple des bases de données génétiques suffisamment importantes pour pouvoir identifier les donneurs adultes répertoriés. N'est-ce pas une meilleure solution ?

Dans notre quête éthique, il nous faut de la créativité pour trouver d'autres solutions aux pressants dilemmes cliniques. Et c'est bien souvent là que nous, chrétiens, ne sommes pas à la hauteur. Nous ne manquons pas de bonne volonté, ni de foi, ni d'intérêt pour autrui, ni d'amour. Non ! Ce qui fait souvent défaut, c'est la créativité qui nous permettrait de mieux démontrer la compassion du Christ. Puisse Dieu nous donner toute la créativité, l'ouverture, l'inspiration afin de trouver les solutions nouvelles qui nous font défaut.

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