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Vues chrétiennes de l'avortement jusqu'à l'euthanasie
5. Euthanasie et foi chrétienne

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Type : Dossier
Thème : Santé & Psychologie
Source : Aimer & Servir
Réf./Date source : 142
  
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Vues chrétiennes de l'avortement jusqu'à l'euthanasie
  2. La vie humaine, objet technique et de consommation
  3. Relativisme dans la vie de l'être humain
  4. Les réponses chrétiennes à l'avortement
  5. Euthanasie et foi chrétienne

Je me tourne maintenant vers l'autre extrémité de vie. Comment pouvons-nous souligner la sollicitude de Dieu pour les anciens, pour ceux qui meurent de pathologies incurables ou dégénératives ?

C'est une question urgente. Une population âgée signifie que le nombre de personnes confrontées aux maladies incurables et dégénératives croît sans cesse. La démence affecterait plus de 20 % de personnes de plus de 75 ans et près de 50 % de personnes au-dessus de 85 ans. Un grand nombre de personnes de notre société moderne sont terrifiées par la mort. Une étude récente au Royaume-Uni a révélé que 67 % des personnes interrogées se déclarent « pétrifiées par la mort. »

Confrontés à tous ces problèmes, il est naturel que nos contemporains cherchent une solution technologique où l'euthanasie et le suicide médicalement assisté représentent un remède technique évident. Ceci est d'autant plus vrai si nous savons persuader les personnes âgées que leur vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Dès lors la fameuse triade se mettra en oeuvre : « Je veux mourir ! Pourquoi pas ? Nous pouvons le faire pour vous. »

Comme nous le savons tous, la législation sur l'euthanasie et le suicide médicalement assisté semble gagner du terrain à travers toute l'Europe. En ce moment même, une commission parlementaire au Royaume-Uni examine ce problème en détail à cause de la proposition de loi intitulée : « Le coût de la mort assistée du patient. » S'il vous plaît, priez pour ce comité et pour le Royaume-Uni.

Il me semble que la force motrice de ce mouvement est la peur. On distingue trois peurs : la peur de la douleur, la peur de la perte de sa dignité, la peur de la dépendance. Nous n'avons pas le temps de les analyser en détail, mais plusieurs d'entre nous y sont confrontés. C'est le cas, en particulier, de ceux qui sont plus âgés ou de ceux qui ont assisté à la lutte d'un être cher contre une maladie en phase terminale ou contre la démence. Peut-être cédons-nous, nous aussi, à la tentation d'être effrayés par notre propre mort ? Avant de mettre en avant les alternatives chrétiennes à l'euthanasie, nous devons ressentir la douleur et les peurs qui incitent ce mouvement à se mettre en place à travers l'Europe.

Et si nous devons nous opposer à ce mouvement lors d'un débat public, nous devons proposer une solution meilleure empreinte d'amour, de dignité et davantage en faveur de la vie. C'est ici que je veux remercier Dieu pour les pionniers de la médecine palliative - pour la plupart chrétiens - qui ont démontré une alternative pratique, compatissante et réussie à l'euthanasie. Mais c'est un moyen coûteux. Un moyen exigeant à la fois adresse technique, compassion humaine, empathie et attention. Un moyen nécessitant des ressources tant financières qu'humaines. La vérité est que l'euthanasie est un remède rapide, facile et bon marché contre les craintes qui entourent la mort. L'excellence en soins palliatifs revient cher en personnel et en finances. Pourtant, je n'ai aucun doute sur le fait que de prendre soin des mourants et des déments peut constituer une manifestation puissante et efficace de l'Evangile pour notre société, un message d'espérance chrétienne au milieu du désespoir.

Il faut que nous réfléchissions sur la conception biblique de la mort. D'abord, la mort est le dernier ennemi, et dans notre pratique médicale, nous sommes appelés à lutter contre elle de notre mieux et avec toute la détermination humaine possible. Cependant, les premiers chapitres de la Genèse nous l'enseignent d'une manière étrange, dans notre monde déchu, la mort peut être une grâce, c'est ce que C.S Lewis appelait une « miséricorde sévère. » Par la grâce de Dieu, la mort peut devenir une certaine forme de guérison, l'entrée dans une nouvelle réalité. Ainsi, en tant que professionnels de santé, nous devons reconnaître le moment où la mort passe de l'état d'ennemie à une certaine forme de guérison. Alors nous pouvons dire « Trop, c'est trop » et permettre à la mort d'intervenir dans ces circonstances. Mais nous ne pouvons pas introduire de façon active la mort dans une situation donnée.

Nous devons nous rappeler que nous ne pouvons pas abolir toute souffrance, même si nous le voulions. « La souffrance n'est pas une question qui requiert une réponse, ce n'est pas un problème qui exige une solution, c'est un mystère qui exige une présence. » La souffrance est un appel à la solidarité humaine, un appel à rester présent, à reconnaître que nous sommes comme une famille humaine attachés ensemble afin de porter les fardeaux les uns des autres. Par contraste, l'euthanasie est une expression de désespérance, de séparation, d'isolement.

En tant que médecins chrétiens, nous sommes appelés à reconnaître et à démontrer que dépendre des autres n'est ni en deçà des capacités humaines, ni une condition indigne. Non, c'est une partie du plan de Dieu pour toute vie humaine. Le fait que Jésus soit venu dans le monde sous la forme d'un bébé sans défense et totalement dépendant nous apprend alors quelque chose sur la profonde dignité de la dépendance.

Et par-dessus tout, en tant que médecins chrétiens, nous sommes là pour témoigner de l'espérance qui transcende la tombe, parce que la vie ne s'arrête pas à la tombe. Par conséquent, nous sommes appelés à traiter les mourants, non pas seulement à cause de ce qu'ils furent jadis - c'est tout ce que l'humaniste séculier a à offrir : le soin aux déments et aux mourants est un exercice qui se déroule dans la nostalgie, traitant les gens avec dignité à cause de ce qu'ils furent jadis - mais à la lumière de ce qu'ils peuvent, par la grâce de Dieu, devenir dans l'ère nouvelle c'est-à-dire restaurés et recréés dans le nouveau ciel et la nouvelle terre. Quand nous traitons les handicapés et les déments avec un profond respect, compassion et empathie, nous nous tournons vers le futur. Nous donnons une démonstration concrète de l'espérance chrétienne.

Par la résurrection physique du Christ, Dieu a proclamé le Oui final au corps humain. Il a affirmé que ce genre de corps, ce genre humain est sujet à transformation, qu'il sera renouvelé.

C'est tout le contraste entre la graine et la plante. Paul dit que notre corps actuel est comme une graine et notre corps ressuscité comme la merveilleuse plante qui en émerge. Cependant, c'est dans la graine que se cache toute l'information, tout l'ADN, qui donnera naissance à une fleur miraculeuse. Ceci est une graine - une banale boule brune - mais c'est une graine de tournesol.

Les deux entités, qui ont l'air tellement dissemblables, partagent pourtant une identité commune. Et Paul affirme qu'il en est de même de notre corps. Cachée dans notre humanité faible, fragile et limitée, se trouve toute l'information qui, par la grâce de Dieu, peut être transformée en une merveilleuse et nouvelle réalité. C'est ainsi que Dieu nous a faits. Il l'a voulu ainsi. Que cette espérance chrétienne brille dans notre pratique clinique quand nous témoignons respect et amour, jour après jour, à ceux qui affrontent la souffrance, le handicap et la mort.

Espérer, c'est prêter attention au message pour le futur.
Croire, c'est le vivre aujourd'hui.

Commentaires (1)

par magov

Bonjour,
c'est au hasard de google sur le thème "Dieu et démence" que je croise cette page (sens de notre vie/mort), suscitant 1000 questions en moi. Je me retrouve dans le cas suivant: une mutation est détectée dans la famille, qui entraine un forme précoce de démence. La maladie dévaste les couples (jeunes), leurs enfants (jeunes), brise une vie et ruine une famille, isole totalement les malades qui n'arrivent plus à penser, souffrent d'hallucinations mais en sont au départ conscients. Le patient pressent qu'il ne pourra plus remplir le role de père jusqu'à la majorité des enfants. Il prie, mais ne parvient plus à soutenir sa pensée dans la prière, de par la maladie, manque de volonté, ou de foi. Il prie, espère un soulagement, ou une guérison qui serait un miracle ; il a honte devant Dieu de le demander par manque de courage et excès de souffrance morale, mais il est aussi absolument convaincu de la réalité de guérisons miraculeuses. Il s'interroge aussi, tant qu'il en a les facultés, de l'à-propos de sa vie (tous les membres de sa famille, tous d'âge égal, semblent simultanément atteints, et ne pourront matériellement, ni mentalement, s'entraider ; les familles sont monoparentales, les parents décédés, les enfants tous mineurs). Financièrement il va épuiser ce qu'il peut léguer à son fils pour ses études, en restant en vie, progressivement dément, durant 5, 10 ans. Il sait raisonner que mettre fin à ses jours est une 'damnation' pour la vie de son fils, et que si son fils est porteur il a aussi un exemple à donner pour toute sa future vie en bonne santé, mais ce raisonnement ne parvient plus à mobiliser son 'affect' qui serait anéanti par la maladie. Le patient (était) scientifique, sa soeur médecin, ns parlons de DFT/ALS/C9ORF72, nous devons remplir au mieux notre mission sur terre, de façon constructive mais aussi dans un grand isolement moral, comme vous êtes aussi médecin, jusqu'où cette mission doit-elle aller et que pouvons-nous accepter pour no

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