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Dossier : L'homosexualité

2. L'homosexualité dans la Bible

Texte
Auteur : Pr.
Type de texte : Dossiers
Thème : La sexualité
Source : Construire Ensemble, www.lueur.org

Quand la condamnation et la grâce se rencontrent...

Le lecteur de la Bible ne manquera pas d'être frappé, d'entrée de jeu, par la sévérité de la condamnation dont l'homosexualité fait l'objet dans la Bible, une condamnation qui s'exprime au travers de l'Ancien comme du Nouveau Testament de façon unanime, absolue et péremptoire.

Il a dès lors le choix entre deux attitudes. Soucieux de modernité, il peut tout d'abord chercher à relativiser la portée de ce jugement. En maniant l'arme redoutable de la contextualisation, il tentera de se convaincre que la Bible, contrairement à l'évidence textuelle, ne condamne pas l'homosexualité en tant que telle, mais uniquement telle ou telle forme particulière d'homosexualité, propre à des cultures spécifiques et aujourd'hui dépassées.

Le lecteur de la Bible peut aussi, même et surtout s'il est homosexuel, avoir le courage de faire face à la réalité de cette condamnation, sans chercher à en atténuer la portée. Nous croyons cette seconde attitude beaucoup plus prometteuse que la première, dans la mesure où elle permettra au lecteur de percevoir, conjointement, quelle est l'espérance que l'Evangile de la grâce communique en matière d'homosexualité.

La condamnation biblique

Dans les textes de la Loi (Lévitique 18), l'homosexualité est cataloguée (versets 22 et 29) parmi les comportements qui sont spirituellement les plus répréhensibles, comme l'inceste (7-18), l'adultère (20), les sacrifices d'enfants (21) ou la bestialité (23). Celui qui en est reconnu coupable est même passible de la peine de mort (Lévitique 20.13).

Dans le Nouveau Testament. la même sévérité se retrouve dans les fameux " catalogues de vices " de l'apôtre Paul (1 Corinthiens 6.9,10, 1 Timothée 1.9,10). L'homosexualité est répertoriée, sous la plume de l'apôtre parmi les comportements qui ferment l'accès au Royaume de Dieu et ne sauraient avoir droit de cité dans l'Eglise de Jésus-Christ.

Une définition serait ici nécessaire pour préciser quelle est la nature de " l'homosexualité " dénoncée.

Un indice nous est donné dans le texte : toutes les perversions mentionnées (l'adultère, l'ivrognerie, l'insulte, l'idolâtrie) sont, de toute évidence, des actions, des passages à l'acte, des comportements qui s'inscrivent dans une certaine continuité. L'ivrogne qui ne boit plus, n'est plus ivrogne. L'insulteur, s'il change de discours, ou s'il se tait, n'est plus insulteur. Ce sont des comportements qui sont ici répertoriés. Ce qui porte à penser que l'homosexuel qui est ici tenu à l'écart du Royaume n'est manifestement pas le simple inverti, ou " l'homophile ", mais celui qui s'abandonne aux pulsions qu'il éprouve, celui qui passe à l'acte, et j'ajouterai même : avec une certaine continuité, avec une certaine constance. C'est celui qui se complet dans ce mode de comportement.

C'est pourquoi, dans la pastorale, on ne saurait mettre dans la même catégorie ceux qui souffrent en silence de leur "inversion" et luttent contre elle dans la foi et la repentance et ceux qui, au contraire, vont s'y abandonner sans retenue, voire même, en faire publiquement l'apologie.

Enfin, le texte qui est sans aucun doute le plus important sur la question, c'est Romains 1:18-32, lequel apporte un éclairage théologique à l'interdit de l'homosexualité, en établissant un parallèle symbolique entre homosexualité et idolâtrie. Il est manifeste que s'exprime ici, sous la plume de l'apôtre, une certaine continuité, un certain enchaînement entre le fait d'adorer la créature au lieu du Créateur (verset 25) - c'est la définition même de l'idolâtrie - et le fait, pour deux individus du même sexe, de "s'enflammer dans leurs désirs les uns pour les autres" (versets 26 et 2 7).

Ce parallèle peut surprendre, par sa hardiesse, mais son sens est facilement décelable : l'homosexualité est par définition l'amour du semblable, le déni de l'altérité, tout comme l'idolâtrie est aussi, sur le plan spirituel, l'amour du semblable, l'adoration de la créature au lieu du Créateur.

Afin de ne pas tomber dans le travers homophobe il est aussi important de souligner que Romains 1 est un chapitre qui traite, de façon générale, de l'universalité du péché (tous les hommes sont inexcusables puisque, ayant connu Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme tel, verset 21). Paul parle ici de l'homosexualité comme une des manifestations d'un péché auquel tous participent, comme l'image de la perversion spirituelle dont tous sont atteints. Il n'est pas dit que les homosexuels sont coupables de ce péché plus que les autres, mais que leur comportement montre une forme de dépravation spirituelle qui est le fait de tous les hommes et que l'apôtre appelle l'idolâtrie.

C'est là une précision qui tend non pas à déculpabiliser l'homosexualité, mais à faire de l'homosexuel un pécheur parmi les autres, à faire de l'homosexualité une des formes visibles d'une perversion spirituelle qui traverse, en réalité, tout le genre humain.

Cette précision permet également de comprendre l'importance, quasi mythique, que revêt dans la Bible le jugement de Sodome et Gomorrhe (Genèse 19.1-13) … un jugement auquel il est fait référence à de nombreuses reprises, au travers de l'Ancien comme du Nouveau Testament (jusque dans l'Apocalypse - cf. 11.8), comme à un châtiment exemplaire, emblématique des jugements que Dieu prononcera contre les impies de tous les temps.

Le triomphe de la grâce

Qualifier l'homosexualité de péché est donc une nécessité pour souligner qu'elle s'inscrit en rupture par rapport à l'ordre de Dieu et la vocation que revêt à ses yeux la sexualité humaine. Mais la qualifier de péché, c'est dire aussi, et surtout, que celle-ci est placée par l'Evangile sous le signe d'une espérance, qu'elle est réversible par les vertus de la croix et la résurrection de Jésus-Christ ! Dans cette optique, l'homosexualité n'apparaît pas comme une fixation irréversible, qui serait fermée à la rédemption. Elle n'est pas rejetée hors du champ d'action de la grâce divine.

Bonne et mauvaise pastorale

En conséquence, il apparaît que la bonne pastorale de l'homosexualité, dans l'Eglise, c'est celle de la grâce, la mauvaise pastorale, celle de la complaisance.

Comme a dit quelqu'un. " L'Eglise faillit à ses devoirs, lorsque ses membres hétérosexuels refusent de se repentir et de leur hostilité. Ainsi, l'Eglise pousse le croyant ayant des tendances homosexuelles à chercher refuge ailleurs, le plus souvent dans des communautés d'homosexuels pratiquants, c'est-à-dire des lieux où, de nouveau, la grâce est tragiquement confondue avec la complaisance qui n'édifie pas ! "

Dans ces milieux, le sens donné à la " libération " de l'homosexuel n'a rien de commun avec celui qui se dégage d'une vision biblique ! Il ne s'agit plus, en effet de libérer les homosexuels de leur penchant homosexuel, mais plutôt de leur sentiment de culpabilité, et surtout du jugement négatif que l'opinion publique ou les Eglises instituées porte sur eux, les libérer de l'intolérance et des sentiments de rejet dont ils ont souffert.

Avec Jésus, qui dit à la femme adultère : "je ne te condamne pas" cette pastorale s'abstient de condamner les homosexuels, mais, à la différence de Jésus congédiant cette femme en lui disant " va et désormais ne pèche plus ", cette pastorale dit aux homosexuels : " Allez, vous n'avez pas pêché " !

Jésus n'a pas déculpabilisé la femme adultère, au sens moderne du terme, mais il lui a pardonné !

Le "déjà" et le "pas encore" de la libération homosexuelle

Ceci dit, la plus grosse difficulté, dans la pastorale de la grâce, c'est le fait que la libération promise à l'homosexuel par l'Evangile demeure pour lui, dans le temps présent, un objet de foi. Le croyant en goûtera certainement les premiers fruits, il en connaîtra les prémices. Mais elle restera tout de même pour lui, en grande partie, " assurance des choses qu'il espère, et démonstration de celles qu'il ne voit pas " (pour reprendre la définition de Hébreux 11.1).

Sauf miracle, qu'il plaît à Dieu d'accorder parfois, il continuera, au sein même de la foi, à mener un certain combat contre son inclination homosexuelle.

Les plus mauvaises conseillères en la matière sont les théologies triomphalistes qui condamnent certains homophiles croyants à vivre des formes de schizophrénie spirituelle ou de double vie, une dissimulation qui conduit soit à l'hypocrisie soit à la névrose.

Dans la libération de l'homophile croyant, il y a tension entre un "déjà" et un "pas encore", et toute la difficulté de sa condition présente réside, précisément, dans la gestion de cette tension, qui est une source de souffrance intérieure et même parfois d'épuisement psychique dont beaucoup de chrétiens "normaux" ne mesurent pas l'importance.

C'est pourquoi, lorsque des pastorales de l'homosexualité en viennent à admettre certains "compromis", celles-ci ne sauraient être jugées trop rapidement ou sévèrement.

Comme l'a écrit un éthicien protestant, "Il ne faut pas que la foi qui sauve soit fondée sur la ruine de toute possibilité morale. […] L'exigence de l'éthique est d'oser travailler cette énorme marge qui n'est ni la morale parfaite d'être biens, ni l'immoralité, en montrant qu'il y a du moins et du pire. Il faut que la pastorale aille jusqu'à constituer des sujets qui se tiennent et qui soient responsables d'eux-mêmes ".

Il s'agit de développer une éthique de responsabilité, qui certes ne coïncide pas toujours de façon immédiate avec la morale idéale, mais qui a néanmoins la valeur de permettre au sujet de vivre dans le présent et de se reconstruire, de cheminer vers un renouveau par étapes successives, et d'assumer ses responsabilités sociales présentes de la façon la plus constructive.

De toute évidence, c'est d'une longue convalescence dont il s'agit, laquelle doit être vécue au quotidien devant Dieu, et avec Dieu, avec beaucoup de patience et de persévérance. Le plus important, dans la pastorale, c'est que l'homophile convalescent réalise qu'il est aimé de Dieu tel qu'il est et accompagné par Lui au quotidien dans ses combats.

Michel JOHNER, Professeur d'éthique à la Faculté Libre de Théologie Réformée d'Aix-en-Provence

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