Lueur.org - Un éclairage sur la foi

Faire un don Facebook Twitter RSS

Comprendre les dérèglements nutritionnels
2. L'anorexie : causes et effets

Auteur :
Type : Dossier
Thème : Santé & Psychologie
Source : Aimer & Servir
Réf./Date source : 107-109
  
Publié sur Lueur le
Partager
Sommaire :
  1. Comprendre les dérèglements nutritionnels
  2. L'anorexie : causes et effets
  3. La boulimie : causes et effets
  4. L'obsession de manger ou la compulsion alimentaire
  5. Le contexte familial
  6. Relations entre troubles du comportement alimentaire et sexualité
  7. Témoignage de Helena WILKINSON
  8. La décision de changer
  9. Le processus de guérison

Pourquoi une personne peut elle se contraindre à perdre toujours plus de poids, jusqu'à une maigreur extrême, et même jusqu'à la mort ? (10 % des anorexiques meurent effectivement). Mon vécu, à la fois d'ancienne anorexique et de thérapeute dans ce domaine, m'a fait découvrir un champ commun à tous ces patients, qui s'applique également aux autres états de dépendance.

Chaque patient est unique, ainsi que les circonstances propres de son vécu, mais découvrir des points communs entres ces cas particuliers peut être très utile.

Marylin Lawrence, auteur de plusieurs livres sur le sujet, a écrit une phrase capitale : "L'anorexie n'est pas le problème, mais la solution". Que vous souffriez de cette affection, ou que vous désiriez aider quelqu'un, il vous faut bien comprendre cette affirmation ; l'anorexie sous tend en fait une série de problèmes, auxquels elle devient en quelque sorte la solution.

Gestion de la souffrance et de la colère

Un de ces domaines problématique est la gestion de la souffrance et de la colère. L'anorexie devient une protection contre la souffrance, de quelque origine qu'elle soit. Face à des blessures affectives infligées à l'école, à la maison ou face à un sentiment de solitude par exemple, la réaction de l'anorexique sera : "Je m'arrête de manger".

Cela coexiste avec un besoin désespéré de cacher ses blessures intérieures ; en se repliant sur elle-même, et en se focalisant sur la nourriture, l'anorexique pense être moins vulnérable. Etre anorexique, c'est regarder dans un tunnel : on ne voit rien des sentiments, mais seulement le comportement.

L'anorexie est donc un système qui permet d'affronter la souffrance par un comportement de privation de nourriture et de perte de poids qui dispense d'avoir à faire face à ce que l'on ressent.

L'anorexique a un type de personnalité qui gère avec difficulté les sentiments ; en particulier, ceux qui sont vécus comme négatifs, telle la colère. Dans un conflit, elle n'a qu'un désir : l'évitement, la fuite. La famille dont Sandra était issue avait souvent de grandes difficultés dans ce domaine ; un message y transparaissait : "La colère ne doit pas être dirigée contre d'autres personnes". On la dirige donc contre soi même ; ne plus manger peut devenir la seule manière d'exprimer cette colère. Ce sentiment peut être aussi remplacé par une autre émotion : la honte, la culpabilité; on se sent mal dans sa peau, rien ne va.

Identité

La personne va lutter pour s'accepter elle même, tant individuellement qu'au sein du groupe; les problèmes d'identité ont plusieurs origines, mais le plus souvent ces dernières sont familiales. Par exemple: la communication dans la famille va aboutir à l'attente de ce que la personne adopte l'opinion commune au détriment de la sienne propre. Un manque d'identité apparaît aussi lorsqu'un enfant est trop "bridé" ; on découvrira que le contrôle est très important dans l'anorexie ; la personne qui en souffre se crée une identité qui lui donne l'impression de contrôler elle même sa vie plutôt que d'être contrôlée par d'autres.

L'anorexie se développe en général pendant l'adolescence, lorsque les jeunes se posent des questions telles que "Qui suis je ? Pour qui est ce que je compte ? Qu'est ce que la vie ? Suis je aimée) ?". Ce sont des questions normales à cet âge. Mais la différence, chez la personne qui développe une anorexie, est qu'elle a le sentiment qu'il n'y a pas de réponses à ses questions, et qu'elle doit donc créer les siennes propres. L'anorexie devient alors cette réponse.

Indépendance

C'est un autre facteur important ; il se produit une crise lorsque d'autres ont déterminé qui je devrais être ; apparaît alors un manque d'individualité aboutissant à une soumission excessive. Des difficultés surgissent pour prendre des décisions, formuler une opinion. L'enfant qui devient anorexique veut être conforme à son modèle familial, éviter tout conflit, être poli. Il désire son indépendance, mais la craint également. Il a peur de grandir. Le mécanisme de l'anorexie devient plus clair ainsi celle qui refuse de manger devient très forte, elle déclare son indépendance. Mais si on observe son corps, on voit une personne qui régresse jusqu'à l'enfance : elle n'est plus femme, elle perd ses hanches, sa poitrine, ses sentiments sexuels, et affectivement aussi, redevient comme un enfant. Ainsi un immense combat s'installe en elle, qui l'écartèle entre deux directions opposées. C'est pour cela qu'il faut aimer l'anorexique ; elle pourra vous décevoir profondément, être difficile, refuser obstinément de manger, et, superficiellement on pourrait croire qu'il suffirait de peu pour qu'elle change de comportement. Mais à l'intérieur, la bataille fait rage. Ce manque d'autonomie va s'étendre plus loin, au niveau de ses amitiés.

Responsabilités

Etre adulte responsable exige des capacités que l'anorexique pense ne pas posséder: en particulier la confiance en soi. Lorsqu'elle perçoit les attentes des autres, elle les trouve trop exigeantes ; elle ne prendra pas de décisions propres, et attendra que les autres le fassent pour elle ; pire encore : devoir prendre une décision va bientôt être vécu comme une torture ; simplement choisir d'acheter un vêtement par exemple. Pour la plupart d'entre nous, ce sont nos besoins qui déterminent nos choix ; mais ce dont l'anorexique a besoin ne la préoccupe que très peu, car elle est convaincue de ne rien mériter, donc de n'avoir besoin de rien.

L'anorexique jeune est de caractère très sensible ; elle prend tout très au sérieux et personnellement. Dans une famille où il y a plusieurs enfants, c'est en général elle qui a le plus le sens des responsabilités et qui souhaite rendre la vie meilleure aux autres. Il n'est pas rare ensuite de trouver des anorexiques dans les professions de santé.

La perfection

Les anorexiques sont perfectionnistes, mais c'est un peu plus complexe; ce n'est pas tellement le désir de bien faire qui les motive plutôt que celui d'atteindre la pureté, d'être débarrassées de cette impression d'être mauvaises. Elles pensent alors que si elles peuvent se débarrasser de la graisse qui est à l'extérieur, elles seront également libres du mal qui est à l'intérieur. Il est donc clair que l'anorexie n'a finalement rien à voir avec la nourriture et le poids ; le véritable problème se situe à l'intérieur de la personne.

On décrit couramment une échelle de valeurs dans la vie ; d'un côté l'échec, de l'autre la perfection. Pour la plupart d'entre nous, il existe différents niveaux intermédiaires par exemple : très mauvais, mauvais, bon, très bon. Mais pour l'anorexique, les niveaux ont disparu, il ne reste que les deux pôles. Cette déviation de la pensée s'accentue encore avec la perte de poids. Plus elle cherche la perfection, plus son sentiment d'acceptation par les autres grandit, mais, malheureusement, jamais elle n'atteint un niveau suffisant pour elle. Un médecin posait un jour la question suivante à une jeune femme : "Quel est votre poids idéal ?" Elle énonça un chiffre; puis elle réalisa, après l'avoir atteint, que son idéal était en fait de 7 kilos inférieur. Lorsqu'elle atteignit ce deuxième objectif, elle s'en fixa un autre encore inférieur de 7 kilos. Cela se produisit une troisième fois ! En d'autres termes, son idéal était... zéro. Parce qu'au fur et à mesure, elle avait l'impression de réaliser quelque chose. On peut ainsi dire que l'anorexie est une forme de suicide lent, où le but consiste à se débarrasser de quelque chose que l'on déteste.

Contrôle

C'est en fait le domaine majeur de cette affection ; il donne à la personne qui en souffre un sentiment de puissance, dans une vie qui ne comporte que des luttes vécues dans l'impuissance. On peut vivre cela pour de nombreuses raisons : être la cible de moqueries, l'objet de l'indifférence, ou bien encore avoir subi une situation gravement traumatisante par exemple. Lanorexique qui ressent profondément cela va alors trouver un sentiment de puissance en se privant de nourriture. C'est la raison pour laquelle il est très difficile d'attendre qu'elle change simplement de comportement; parce que se priver de nourriture constitue un acte significatif pour elle, qui l'aide à affronter les situations.

C'est au sein de la famille que s'installe souvent une lutte pour le contrôle. Les parents veulent contrôler l'enfant, mais l'enfant veut se contrôler lui même. Ce dernier pense également qu'il ne peut pas maîtriser les circonstances ; alors il choisit de se maîtriser lui même au sein des circonstances, et l'anorexie est le seul moyen qui lui permette de contrôler les choses. La perte de contrôle est vécue alors comme un échec . D'ailleurs, cela ne concerne pas seulement la nourriture et le poids, mais tous les domaines de la vie. Si je présente un goûter au chocolat à une anorexique, elle va penser ainsi : "J'aime ce genre de gâteau. Mais si j'en goûte un, je risque d'en prendre un deuxième, puis un troisième, et de perdre le contrôle jusqu'à en manger des tas. Et si je perds le contrôle de ces gâteaux, je risque de perdre le contrôle d'autres choses encore ? De mes émotions par exemple ; je risque d'être envahi par les sentiments d'autres personnes, émotionnellement, sexuellement même ?". La culpabilité agit comme un rappel de la mémoire selon laquelle : "Se laisser aller, c'est mal". Perdre du poids, c'est la preuve qu'elle est capable d'exercer sa volonté sur les points les plus désirables de sa vie. Cela se manifeste non seulement en refusant des gâteaux au chocolat, mais également en déclarant qu'elle n'a besoin de rien : ni de nourriture, ni de personne. Elle considère la nourriture comme un aliment physique, les personnes comme un aliment affectif, et même Dieu comme un aliment spirituel. Au fond d'elle même, elle est avide de toutes ces choses qu'elle se refuse. Cela montre encore l'intensité du combat intérieur.

Commentaires (0)

Ajouter un commentaire

Merci de ne mettre que des commentaires cordiaux et constructifs. Tout commentaire abusif sera supprimé et le compte bloqué.
Pour ajouter un commentaire, connectez-vous.
Reste 2000 caractères