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Comprendre les dérèglements nutritionnels
4. L'obsession de manger ou la compulsion alimentaire

Auteur :
Type : Dossier
Thème : Santé & Psychologie
Source : Aimer & Servir
Réf./Date source : 107-109
  
Publié sur Lueur le
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Sommaire :
  1. Comprendre les dérèglements nutritionnels
  2. L'anorexie : causes et effets
  3. La boulimie : causes et effets
  4. L'obsession de manger ou la compulsion alimentaire
  5. Le contexte familial
  6. Relations entre troubles du comportement alimentaire et sexualité
  7. Témoignage de Helena WILKINSON
  8. La décision de changer
  9. Le processus de guérison

C'est probablement un des troubles du comportement alimentaire les moins compris. L'anorexie, puis la boulimie ont été décrites, mais beaucoup ignorent cette affection ; peu savent qu'elle fait partie des troubles du comportement alimentaire. On catalogue ces personnes souvent comme gourmandes, sans comprendre qu'il existe chez elles un problème affectif réel. Il y a certainement beaucoup plus de mangeurs compulsifs que d'anorexiques et de boulimiques. En ingurgitant des monceaux de nourriture, le mangeur compulsif peut exprimer un besoin de posséder davantage, non seulement d'aliments, mais de tout ce dont il se sent privé à ce moment-là (affection, attention, sollicitude, temps...). L'obsession de manger est le revers de la médaille de l'anorexie; tout ce qui a été dit, à propos de cette dernière ou presque, s'applique à la compulsion alimentaire ; seulement le comportement y est inversé.

Problèmes affectifs sous-jacents

Le mangeur compulsif peut souffrir d'une profonde solitude, car aimer la nourriture paraît plus sécurisant que d'aimer les gens. Lorsqu'on souffre, la nourriture est toujours là, sous la main, mais pas les gens. La nourriture ne se venge pas, n'exige rien en retour, mais les gens, si... Il s'agit donc de problèmes relationnels et non pas alimentaires. Manger aide alors à cacher les difficultés, et à refouler les sentiments indésirables. Manger peut servir à nier le fait que la vie est décevante, se consoler de blessures affectives, cacher la partie de soi vulnérable, fuir ses responsabilités, neutraliser ses frustrations, et obtenir une certaine sécurité. La solution du mangeur compulsif à la souffrance est d'avoir quelque chose dans la bouche ; c'est ce qui le réchauffe, le sécurise, et lui permet d'oublier ses blessures. J'ai eu à conseiller une jeune femme dans cette situation ; elle avait subi de graves traumatismes dans son enfance ; elle avait été maltraitée par ses parents, violée par quatre hommes. Elle souffrait beaucoup, était très craintive ; mais n'avait absolument pas fait la relation entre son comportement alimentaire et ses blessures affectives. Il lui fallait toujours avoir quelque chose à la bouche : nourriture, boisson, pouce, collier, etc. Elle vivait dans la terreur d'être vide.

Ces personnes mangent après n'importe quelle émotion : agréable ou désagréable : qu'elles soient tristes ou heureuses, qu'elles soient déçues, qu'elles s'ennuient ou qu'elles fêtent quelque chose. Comment savoir s'il s'agit alors d'une compulsion alimentaire ? Ce pourrait être seulement de la gourmandise ! Non. Il s'agit de compulsion alimentaire lorsque la nourriture est utilisée comme moyen d'affronter la vie et ses difficultés. Vous pouvez manger du céleri de manière compulsive ! Ce n'est pas le fait de manger que nous avons à considérer ; mais ce besoin impératif de nourriture à satisfaire à tout prix et immédiate ment. Il s'agit là d'un comportement de dépendance addictive.

Soulagement

C'est ce que ce comportement procure ; le mangeur compulsif tolère mal ses sentiments négatifs ; face à eux, il recherche un soulagement immédiat. "Je souffre, donc je dois trouver très vite quelque chose qui me soulage". Or il n'y a rien de plus rapide à trouver que la nourriture. Cette attitude est souvent acquise dans l'enfance ; c'est peut être le cas aussi en France, mais je sais qu'en Angleterre, lorsqu'un enfant se fait mal, ses parents lui donnent un bonbon pour le consoler. En grandissant, ces enfants associent les sucreries avec le soulagement de la douleur. Lorsque je conseille ces personnes, j'essaie de les aider à vivre avec la souffrance plutôt que de courir tout de suite vers le frigo, car nous grandissons par la souffrance. C'est une réaction naturelle que de chercher à échapper à la souffrance, et la nourriture peut agir comme anti-douleur. Lorsqu'on mange, le cerveau sécrète des substances au potentiel antalgique, qui amènent un état de détente et de plaisir. Cet état est physiologique, mais le mangeur compulsif peut en devenir dépendant.

La colère

La gestion de ce sentiment revêt une importance majeure dans tous les troubles du comportement alimentaire, mais je l'ai mentionné dans l'obsession alimentaire car beaucoup de ces patients souffrent de dépression, d'un sentiment de perte, derrière lesquels se cache souvent une colère refoulée. Le comportement qu'elles ont choisi est une forme non dangereuse d'expression de la colère. Au dedans d'eux, il peut y avoir une irritation extrême, due par exemple à de graves évènements subis ; mais cette personne va choisir de la refouler à l'aide d'aliments, ce qui la rendra extérieurement agréable à vivre. Selon un médecin attaché à une clinique traitant ces troubles aux U.S.A., nombre de leurs patients sont très en colère d'avoir pris du poids! Mais il est moins douloureux d'être en colère contre son poids, que de l'être contre les causes réelles de celui ci, car il a le plus souvent deux origines : les traumatismes affectifs, et le péché. Ces deux choses sont très douloureuses ! Le poids du mangeur compulsif est aussi utilisé comme une forme de protection contre la colère des autres. La partie qui souffre est à l'intérieur, c'est le coeur, et les couches de graisse peuvent donner l'impression d'un matelas protecteur entre ce dernier et les autres gens.

Il faut noter que tous les obèses ne sont pas forcément mangeurs compulsifs ; certains sont de bons vivants qui ne prennent pas assez d'exercice, d'autres souffrent d'affections médicales. A l'inverse, certains mangeurs compulsifs ne sont pas obèses, car ils compensent leur comportement par un régime sévère, ce qui aboutit parfois à un cercle vicieux de succession d'ingestion compulsive d'aliments et de régimes stricts.

La peur

Le mangeur compulsif peut se révolter contre la société ; les médias nous serinent : "Soyez mince !" Nous pouvons théoriquement choisir d'entendre ce message ou non, mais le mangeur compulsif se dit : "Je n'y arriverai jamais" et adopte un comportement qui est une révolte contre l'image parfaite. Le mangeur compulsif souvent ne s'aime pas. Comme les anorexiques et les boulimiques, il estime n'avoir que très peu de valeur. Il peut y avoir en lui. Le sentiment d'être deux personnages : l'un obèse, et l'autre, à l'intérieur mince, et perçu comme le véritable. Ce personnage mince est perçu comme capable, doué ; mais en attente de se manifester. Le mangeur compulsif qui se voit dans la glace se dit : "Je n'ai rien à voir avec ce gros". La graisse contient alors les aspects détestés de la personnalité. Certains mangeurs compulsifs ont peur de maigrir. C'est plus difficile à comprendre que la peur de grossir de l'anorexique.

Le vide

Le vide est alors le sentiment majeur dans cette affection. Etre vide physiquement peut être vécu comme affreux, car c'est la prise de conscience du vide affectif. Lorsqu'une personne utilise la compulsion alimentaire pour refouler un traumatisme affectif, elle fera la relation entre faim physique et affective. Une jeune femme dans ce cas avait eu un père malade mental, ce qui l'avait fait énormément souffrir dans l'enfance. Devenue adulte, elle mangeait sans arrêt, ne s'autorisant jamais à ressentir la moindre petite impression d'appétit. D'ailleurs elle ne se souvenait même pas d'avoir jamais éprouvé cette sensation. Si elle se le permettait, elle perdrait du même coup conscience des évènements douloureux de l'enfance. L'important est de trouver pour ces personnes, une autre manière de gérer leur vie, pour abandonner leur comportement actuel.

De nombreux mangeurs compulsifs se sentent seuls, parfois depuis des années, sans que leur entourage le réalise. Cela remonte même à la petite enfance dans certains cas, où des problèmes ont surgi qui leur ont fait prendre du poids vers l'âge de 5 ou 6 ans. Les moqueries des camarades n'ont rien arrangé. La solitude diminuera d'intensité lorsque le mangeur compulsif se laissera approcher par d'autres, mais à ce stade, la réaction de rejet ne se fera pas attendre, pour protéger le domaine douloureux à l'intérieur de lui même.

En conclusion de cette partie, j'insiste encore sur l'importance pour ces personnes d'avoir à découvrir une autre manière de gérer leur vie qui consiste à affronter leurs problèmes avant de s'attendre à une normalisation de leur comportement alimentaire. Sinon, le risque de dépression est grand.

Commentaires (3)

par bazeth78

la solitude voila le fond du problème même bien entourée même heureuse je me sent seule
et comment s'en sortir je sais que dieu est avec moi que seul il peut décider si je vaux son amour ou pas
oui je sais mais .....
je boucle et je mange
psychologue du travail j'accompagne les autres mais aujourd'hui mon doute vient peser dans cet accompagnement
savoir n'est pas suffisant comment dépasser ce stade?
merci d'être là

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par luneverte

Merci Helena de partager autant d'éléments explicatifs. Cela m'éclaire beaucoup sur les processus conduisant à l'obsession. Serait-ce possible d'en savoir plus sur la découverte d'autre manière à gérer sa vie? Comment affronter les problèmes? Cela m'aiderait encore un pas de plus. :)

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par Denis-Louis

Bonjour, Je suis un mangeur compulsif. j'arrive par hasard chez vous, après avoir tapé "consolations non alimentaires" sur Google. Je suis énormément soulagé et heureux de ce que j'ai lu. Admiratif devant tant de justesse, de tranquillité et d'intelligence. Merci, grand merci. Maintenant, il reste à savoir ce qu'il faut faire pour en sortir. Bien sûr, quand je suis en Dieu et qu'il est en moi, je ne succombe pas à la tentation et je suis délivré du mal, bien sûr... Mais on peut souffrir de la crasse sans penser à entrer dans la salle de bains. Nous sommes une pauvre mécanique...
Merci, Helena Wilkinson.

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